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COUPLE FRANCO-POLONAIS - Renaud et Renata

Par Sandrine Lebot | Publié le 25/10/2018 à 00:00 | Mis à jour le 25/10/2018 à 08:49
RRRoussel

Lepetitjournal.com/Varsovie est allé à la rencontre de Renata et Renaud Roussel, un couple franco-polonais, qui après des allers-retours entre la France et la Pologne s’est installé depuis 3 ans à Varsovie. De Dunkerque, leur port d’attache à Saska, leur quartier de résidence, ils nous livrent quelques confidences sur leur vie et la vie quotidienne au sein d’un couple biculturel.

 

Lepetitjournal.com/Varsovie : Pouvez-vous nous parler brièvement de votre parcours ?

Renata : Je suis polonaise, j’ai suivi une formation en Lettres Modernes françaises à Katowice et avant de rencontrer Renaud, je travaillais dans une société française à Varsovie en tant que traductrice. La France m’a toujours beaucoup attirée, d’ailleurs, je suis partie, très souvent, en tant que jeune fille au pair dans ce pays. Aujourd’hui, je reprends des cours le week-end, à l’université de Varsovie pour compléter mon diplôme en traduction et interprétation. 

Renaud : Je suis diplômé de l’école des Mines et après avoir voyagé pendant 2 ans entre la Guyane,, la Martinique et la Guadeloupe, il était absolument temps que j’effectue mon service militaire, j’avais 26 ans et je faisais partie du dernier contingent CSN. Je n’avais plus le choix et c’est en Pologne, plus précisément à Varsovie que je suis parti l’effectuer en 2000. En 2003, je suis entré dans le groupe Bouygues et j’y suis toujours. 

 

Quand et comment vous êtes-vous rencontrés ?

Renata : Je travaillais pour la société française dans laquelle Renaud a fait son service militaire, j’étais traductrice. Pendant 2 années, nous avons tissé des relations amicales et c’est juste 2 mois avant la fin de son contrat que nous nous sommes rendus compte que nous étions plus, que de simples collègues….

Renaud : Et le début de notre histoire a commencé. A la fin de mon service militaire en 2002, je suis rentré en France pour retaper notre future maison dans le Nord et pendant une année, nous avons entretenu notre relation amoureuse à distance. Renata me retrouvait environ tous les 3 mois et continuait à travailler à Varsovie. Elle est venue s’installer définitivement en France et nous nous sommes mariés en 2004, sont ensuite nés nos 2 enfants Roman et Radek. 

 

Renaud, avais-tu des à priori sur la Pologne avant de venir ici ?

Je ne connaissais pas bien la Pologne avant de venir et j’imaginais un pays où il fallait faire la queue dans les magasins pour trouver à manger et aussi où il faisait froid et comme j’arrivais en octobre, j’ai acheté 2 paires de collants Damart molletonnés et des sous-pulls avec de longues manches pour affronter la rudesse de l’hiver ; je ne les ai jamais portés même au ski ! De plus, quand je suis arrivé, comme je ne parlais pas un mot de polonais, j’ai cru que le mot « Dziękuję », qui était inscrit sur les poubelles du Mac Do signifiait « poubelle » ! 

Une autre anecdote, lorsque je suis arrivé en CSN à Varsovie c’était un dimanche à 17h, je me souviens que ce sont mes 2 colocs français qui m’ont accueilli à l’aéroport et ils m’ont amené directement au pub Lolek, c’est là que pour la première fois que j’ai mangé des saucisses polonaises ! Ce lieu reste aujourd’hui un endroit mythique où nous aimons aller en famille. 

 

Renata, tu as vécu en France, avais-tu des à priori sur la France ? 

Comme j’ai fait des études de langue française et que je suis souvent partie comme jeune fille au pair en France je connaissais bien ce pays et cette culture. Mes relations avec les Français, qui n’étaient que professionnelles, étaient bonnes mais je me suis toujours dit que jamais je n’en épouserai un ! Il y avait un vécu différent entre nos 2 pays, la France était plus libertine et les Français nous paraissaient, à nous polonais, très hautains. Je les trouvais parfois un peu trop conquérants et fiers même si j’aimais beaucoup cette langue et la culture. Je ne voulais pas épouser un Français, de surcroît, je n’appréciais guère les hommes aux cheveux longs et barbus… le comble c’est que Renaud avait tout ça et j’ai eu tout ce que je n’avais pas voulu !! Mais rien, je ne regrette rien… 

 

Comment votre famille a-t-elle vécu cette union mixte ? 

Renata : Ma mère ne souhaitait pas que j’étudie les Lettres Modernes françaises car elle avait une image des Français assez légère et cela ne lui plaisait pas trop. Lorsqu’à 19 ans, je suis partie comme jeune fille au pair, elle n’était pas rassurée et sa seule vision de la France, pour elle qui n’avait jamais voyagé (à l’époque ils n’avaient pas de passeport), c’était le Moulin Rouge et la frivolité des Français ! Je suis quand même partie et ses craintes se sont dissipées par la force des choses. On peut dire que Renaud a été très bien accepté par ma famille et la première année, il a eu droit à son bizutage le jour de Noël par ses beaux-frères, qui se sont chargés de faire partager la convivialité polonaise en accueillant avec du pain, du sel et plusieurs verres de vodka … le petit français qu’il était…

Renaud : Ca a été plus difficile pour Renata qui a quitté son pays et ses proches et devait reconstruire sa vie sociale et professionnelle en France  Mes parents ne sont pas très « famille » à la base. Ma mère adorait mon ex-copine et pour cette raison cela a été peut-être un peu compliqué pour Renata. Mais cela n’a pas duré longtemps et le fait qu’elle soit Polonaise n’a jamais été la raison du manque de chaleur familiale. En revanche, tous nos amis, mes grands-parents lui ont réservé, un accueil chaleureux instantanément. 

 

Quelle langue leur parlez-vous à la maison ?

Renata : J’ai toujours parlé polonais à mes enfants même quand nous vivions en France. J’ai gardé toute ma famille en Pologne et je souhaitais qu’ils puissent communiquer avec eux. En revanche, ils ne me répondaient en français alors qu’ils auraient été tout à fait capables de le faire en polonais. Pour l’anecdote, je leur mettais des dessins animés de mon enfance pour entretenir leur niveau de langue or au bout de 6 mois, je me suis aperçue que dans ce dessin animé il n’y avait aucun dialogue ! Lorsque nous sommes partis à Poznań, nous avons décidé de les inscrire dans une école polonaise et ils ont très rapidement, rattrapé leur niveau. Ils y ont acquis toutes les bases grammaticales de la langue polonaise et aujourd’hui, nous pouvons dire qu’ils sont totalement bilingues. Malgré tout, ce qui est drôle c’est que lorsque nous sommes tous les 4, nous adoptons la langue française pour communiquer alors que Renaud parle aussi polonais. 

 

Quel est le trait de caractère proprement français, et proprement polonais que vous aimez et/ou que vous détestez ?

Renaud : Ce que j’aime le moins c’est « l’in-anticipation », tout se fait au dernier moment et celui que j’aime encore moins c’est leur manque de sens commercial, ne pas avoir envie de se mettre en 4 pour un client. Par contre, le point fort, c’est que les Polonais sont travailleurs et respectent les règles. Ils ont souvent plusieurs métiers et beaucoup suivent des cours du soir ou le WE et ça, j’admire. 

Renata : J’aime leur liberté et leur ouverture d’esprit (sur l’homosexualité, immigration notamment) même s’ils restent très chauvins. Peut-être, que certains Français qui vivent ici depuis longtemps ne font pas assez d’efforts pour s’intégrer, surtout d’un point de vue culinaire ! (rires de Renaud : « normal nous avons la meilleure cuisine, le meilleur vin, les meilleurs fromages»). Ils  sont aussi un peu trop critiques et c’est ce que j’apprécie le moins chez eux. 

 

Une expression, un dicton que vous avez appris dans les deux cultures et qui vous fait sourire ?

Renaud : « kombinować » c’est un verbe qui était typiquement utilisé par les Polonais. Ils ont inventé ce mot qui va bien avec ce léger manque d’anticipation. Y’a un problème, on va « kombinować » c’est-à-dire qu’ils vont essayer de régler le problème sans être sûr du résultat. Et j’aime aussi « załatwić » quand il y a un problème on peut être sûr qu’il sera réglé, on ne saura pas par quelle manière mais l’issue sera positive. 

Renata : En France, j’ai souvent entendu une expression que je n’aime pas : « saoul comme un Polonais ». Trop c’est trop, alors j’ai commencé à expliquer les origines de l’expression : pendant les guerres napoléoniennes, les Polonais combattaient auprès des Français et lorsque les veillées étaient très arrosées, les Polonais se battaient malgré tout vaillamment le lendemain, ce qui pouvait énerver les Français. A l’issue d’une de ces batailles, Napoléon aurait dit à ses troupes françaises « Alors Messieurs, sachez être saouls comme des Polonais ! ». 

Une expression française « rigolote » c’est –« ca va ? ». Avec ces deux mots on peut faire toute la conversation ! Ma famille l’a vécu en venant en France et cette expression les a faits sourire, ils se sont rendus compte que les Français l’emploient dans n’importe quelle  situation. 

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