

Elle se démocratise. Elle se banalise. Longtemps rêvée, elle devient une réalité. Pourtant, elle reste l'objet de toutes les convoitises : fantasme, passeport pour un monde moderne, symbole de réussite sociale, elle est tout cela à la fois. Lepetitjournal.com enquête sur cette passion indéfectible des Polonais pour leur automobile [archive 2011]
48% des Polonais possèdent actuellement une voiture, d'après une étude réalisée par Consumer Monitor. La même étude avance le chiffre de 16 millions de voitures enregistrées dans le pays ; elles étaient 10 millions il y a à peine dix ans. La Pologne, avec un certain retard il est vrai, lié en partie à son passé communiste, roule donc sur les traces de ses voisins occidentaux où l'automobile est depuis déjà plusieurs décennies un objet de consommation de masse. D'après le rapport "L'observateur auto 2011" de la banque BNP Paribas, en Grande-Bretagne 77% de ménages possèdent une voiture ; ce chiffre est de 83% pour la France, 80% pour l'Italie, 78% pour l'Espagne et 53% seulement pour la Pologne. Les Polonais attachent-ils, pour autant, la même importance au fait de posséder une voiture, que leurs voisins moins fraîchement motorisés ?
Epater la galerie
Contrairement à nombre de pays occidentaux, où la voiture en tant que marque de réussite sociale commence à être concurrencée par d'autres merveilles de technologie comme le téléphone portable et l'écran plat, la Pologne tient bon : rien de tel qu'une belle bagnole pour épater la galerie. "Comment va Machin ? Très bien, il roule en BMW"; ce mini-dialogue, véritable "tranche de vie polonaise" en dit long sur la position qu'occupe toujours l'heureux propriétaire d'une voiture haut de gamme dans la hiérarchie sociale.
Ils se déclarent aussi fin prêts à mettre la main à la poche pour le carburant et les pièces détachées (54% et 47%) tandis qu'ils s'avouent plus pingres en ce qui concerne l'achat de nourriture de bonne qualité (30%) ou le suivi d'un régime approprié (15%). Ajoutons à cela le fait que, dans les années 90, beaucoup de jeunes Polonais qui commençaient à peine à gagner de l'argent, habitaient toujours chez leurs parents mais n'hésitaient pas à prendre un crédit pour l'achat d'une voiture, et le tableau sera complet.
Tandis que les hommes préfèrent les blondes, les Polonais préfèrent les grosses (voitures, s'entend). Manque de moyens mis à part (car, soyons honnêtes, encore peu de Polonais peuvent s'offrir une voiture neuve, encore moins une monture de rêve), ils se ruent sur les 4x4 dont les ventes en 2010 ont augmenté par rapport à l'année précédente de 24,2%*. C'est clair, nous ne sommes pas en France où le malus écologique et la hausse du prix de l'essence ont fait leur effet. Question marques, ils plébiscitent toujours autant les voitures allemandes, Mercedes et Audi, un peu moins BMW. Le marché des voitures de luxe, contre toute attente, se porte aussi très bien en Pologne : d'après l'Inventaire central des véhicules et des conducteurs (Centralna Ewidencja Pojazdów i Kierowców), ont été enregistrées au bord de la Vistule : 12 Maybach, 28 Lamborghini, 80 Aston Martin, 110 Ferrari, 136 Rollce-Royce, 174 Bentley et 2 exemplaires de Bugatti Veyron, la voiture la plus chère au monde (8 millions de zlotys). Mais redescendons sur terre, c'est-à-dire sur les routes polonaises.
L'Europe ralentit, la Pologne accélère
L'automobile, surtout la grosse, y règne en maître. "Le Polonais derrière le volant se transforme en supporter agressif doublé d'un chevalier qui lutte pour le bien de sa famille. Il traite la route comme un champ de bataille, il court là où il ne faut pas", dit le sociologue Tomasz Szlendak. Et il ajoute : "En Pologne, la vie ne cesse d'accélérer et dans les grandes villes les gens passent la majeure partie de leur temps en voiture. [...] Les grandes agglomérations européennes, Amsterdam ou Copenhague, ralentissent. Les gens marchent plus, font du vélo". La structure de la société joue aussi un rôle important et génère des comportements différents : "Les Polonais, ces post-paysans, ne traitent pas la voiture de façon utilitaire mais comme un symbole de réussite sociale. Et c'est un symbole très visible". Ingvar Kamprad, le propriétaire d'Ikea qui a l'habitude de se déplacer en autobus, passerait en Pologne pour un doux dingue.
"Les Polonais aiment les voitures", remarque l'écrivain anglais habitant depuis quelques années en Pologne Jamie Stokes. "La première chose à laquelle ils penseront quand ils seront super riches, ce sera l'achat d'une voiture plus grande et plus rapide. Les mamies polonaises sortiront leur Maserati Grand Turismo pour aller faire des emplettes". Comme l'état des routes en Pologne est très mauvais, il suggère au gouvernement "de construire un énorme circuit autour du pays. Alors les Polonais pourront courir aussi vite que possible sans but précis, ce à quoi ils sont d'ailleurs déjà habitués". Ce que Jamie Stokes ne sait pas, c'est que les Polonais courent ainsi après l'Europe...
Anna Kryst (www.lepetitjournal.com/varsovie) mardi 18 octobre 2011
*IBRM Samar







