

Ouvrir et fermer son robinet fait partie de ces automatismes encrés dans nos vies quotidiennes auxquels nous ne prêtons guère attention. Mais sommes-nous réellement conscients de ce que ce geste implique ? Pour le savoir, lepetitjournal.com/Varsovie s'est adressé à Saur, entreprise française, leader sur le marché privatisé du traitement de l'eau en Pologne. Tout en évoquant les habitudes de consommation polonaises, Michel Fourré, directeur de Saur à l'international, aborde plus largement le « cycle infernal » de l'eau et les enjeux géopolitiques de cette précieuse ressource naturelle menacée.
Quelle est la valeur ajoutée d'une entreprise française dans le domaine du traitement de l'eau en Pologne et notamment celle de Saur ?
Il faut rappeler qu'il existe une excellence française historique dans le domaine de l'eau depuis 1853, date d'un décret de Napoléon III qui donna naissance à la Société Générale des eaux à Lyon. L'objectif était de généraliser l'alimentation et la distribution de l'eau potable à tous les habitants des villes. Aujourd'hui, les leaders mondiaux dans ce domaine sont toujours des Français (3 des 10 plus grands groupes mondiaux du secteur sont français), au point qu'on parle d'une « école française de l'eau », capable de dimensionner des réseaux, construire des infrastructures, gérer les exploitations, les entretenir, etc.
Saur a, quant à elle, été créée en 1933 et est présente aujourd'hui dans 7 pays du monde dont la Pologne depuis 1992, dans le cadre d'un partenariat long terme avec la ville de Gda?sk pour la gestion du cycle total de l'eau, de la production jusqu'au traitement. Saur Neptun Gda?sk, figure en tête des références du Groupe.
Pouvez-vous nous expliquer brièvement le parcours de l'eau de sa source naturelle jusque dans nos robinets ?
L'eau est généralement pompée dans les nappes phréatiques, dans les rivières (c'est le cas en Pologne et en France), ou bien dans la mer (comme par exemple au Moyen-Orient ou dans certaines villes d'Espagne) pour être acheminée vers une station de potabilisation afin d'y subir un traitement physico chimique et micro biologique qui la rend consommable. Le système d'acheminement de l'eau jusqu'au robinet du consommateur est extrêmement complexe. Il se fait à travers un réseau de tuyaux enterré dans la plupart des cas et à diamètres variables pour lequel la pression injectée (nécessaire à l'acheminement de l'eau) fait l'objet d'un pilotage continu. Une pression excessive ferait exploser les tuyaux ? Puis vient la phase de l'assainissement. Une fois utilisée, c'est de l'eau usée qu'il faut de nouveau traiter pour la rendre au milieu naturel.
Les normes polonaises comme européennes obligent à rendre l'eau à son milieu naturel dans des caractéristiques le plus proche de ce qu'elles étaient à l'origine du cycle. L'assainissement des eaux usées est une procédure qui ne cesse de se complexifier nécessitant toujours plus d'investissements, lesquels se répercutent dans le prix à payer par le consommateur.
Justement, cela nous amène à parler des enjeux relatifs à l'eau aujourd'hui. Quels sont-ils selon vous ?
Le premier est environnemental. L'eau est un enjeu majeur de la protection de l'environnement et de la préservation des ressources. Le cycle de l'eau, de sa captation à son retour en milieu naturel n'est pas un fleuve tranquille et peut s'avérer être un cercle « infernal ». Or, la qualité de l'eau de captage se dégrade de plus en plus. Par exemple, des régions où l'élevage est intensif comme la Bretagne sont confrontées à des pollutions au nitrate des nappes phréatiques qui rendent compliquée et parfois impossible la consommation d'eau potable venant du robinet. D'un autre côté, une ville comme Marseille dont l'eau vient des Alpes ne connaît pas (encore) de problème de qualité ni de quantité d'approvisionnement. Bien souvent, lors des saisons estivales, Marseille vend de l'eau à Barcelone (par tanker) qui ne peut faire face à la très forte demande estivale mais aussi à des ressources hydriques parfois déficitaires selon les saisons.
Enfin, on s'aperçoit que la qualité des eaux à traiter est de plus en plus complexe. On retrouve toutes sortes de produits contaminants selon les quartiers des villes où sont réalisés les prélèvements qui vont des antibiotiques aux anti-inflammatoires en passant par les produits chimiques les plus divers (solvants, additifs, carburants...).
C'est la raison pour laquelle les normes de traitement de l'eau évoluent constamment et sont de plus en plus exigeantes car elles cherchent à s'adapter à cet état de fait.
A ces facteurs de dégradation s'ajoute une autre difficulté : à la fin du processus de traitement de l'eau, il reste des boues. Pendant des années, on a permis qu'elles soient épandues en agriculture. Mais les boues ne trouvent plus preneurs et sont orientées vers des usines d'incinération aux coûts d'exploitation bien supérieurs à l'épandage.
L'eau est également un facteur dégradant des conditions économiques et politiques de la planète. En effet, l'eau n'est pas naturellement une ressource abondante équitablement répartie sur la planète. Mais alors que plus d'un milliard d'hommes n'a pas accès à l'eau potable (chaque jour 3.000 personnes meurent pour avoir consommé de l'eau polluée), d'autres disposent de cette ressource en abondance (le Canada par exemple).
La croissance démographique et les besoins en produits agro-alimentaires ou industriels qui l'accompagnent provoquent des tensions entre les capacités de production d'eau et la demande sur certains territoires. L'une des problématiques réside aussi dans l'acheminement et le stockage.
Revenons maintenant à la Pologne. Boire l'eau du robinet, est-ce chose courante ? Quelles quantités sont consommées pour le simple usage domestique?
Un Polonais en consomme chaque jour 120 litres environ. Chaque Français en consomme 180, un Japonais 2, un Américain 295 et un Canadien 320.
Les Polonais ne boivent pas d'eau du robinet. C'est d'abord lié à un contexte politique et économique car le traitement de l'eau ne faisait pas partie des priorités du régime post transition démocratique. Il faut ajouter à cela le lobbying des entreprises d'eau en bouteille qui est très fort. A Gdansk aujourd'hui, alors que l'eau du robinet est excellente, notre challenge est d'en convaincre les consommateurs, car le coût de l'eau du robinet est en plus extrêmement économique. En effet, 1m3 d'eau vaut entre 6 à 10 zlotys (assainissement compris) alors qu'une bouteille d'eau minérale d'1 litre et demi vaut en moyenne 3 à 6 zlotys !
Propos recueillis par Laura Giarratana (lepetitjournal.com/Varsovie) - Jeudi 11 février 2016
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