Lundi 25 octobre 2021
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FOOTBALL - Legia-Wisła, histoire d'un classique polonais

Par Corentin Gastard | Publié le 07/03/2018 à 00:00 | Mis à jour le 07/03/2018 à 00:00
Legia_Warszawa_-_Wisła_Kraków_(2-2)

Le 18 mars le Wisła Cracovie se rend à Varsovie pour affronter le Legia dans une confrontation considérée comme le classique du championnat de football polonais. Cette rencontre est l'occasion de rencontrer des fans invétérés et surtout connaisseurs du Legia Varsovie et d’entendre ce qu’ils ont à nous dire sur la rivalité entre les deux clubs.

 

Stanislaw, fan du Legia depuis presque 20 ans est formel : "le Legia Varsovie et le Wisła Cracovie sont les deux clubs les plus détestés de Pologne". Quand on lui en demande la raison, il sourit, boit une gorgée de bière et désigne simplement sur son téléphone le palmarès des deux clubs. Ces institutions du football polonais sont ultra titrées : 12 championnats remportés par les Légionnaires du Legia contre 14 pour le Wisła Cracovie. Costaud.

 

Balle de cuir, balles de plomb

 

La rivalité qui existe entre les deux clubs ne vient pas seulement de leur glorieux passé. Fan absolu du Legia et abonné depuis près de 20 ans à la bouillante tribune de la Zyleta -le Rasoir en version française, surnom évocateur- Stanislaw voue une passion à ce club. Entre deux coups d'œil à la télé du bar qui diffuse un match d'Ekstraklasa, il revient sur son histoire. À ses origines, en 1915, le Legia Varsovie, qui ne portait pas encore de nom, était l'occasion pour de jeunes soldats de troquer le temps d'un match les fusils contre un ballon : "Pendant la première guerre mondiale, les soldats qui revenaient du front avaient l'habitude de jouer au football. Le Legia a été créé par des militaires qui aimaient jouer au foot et qui faisaient ça pour éviter de penser à la guerre. Ce qui est marrant c'est que beaucoup de joueurs de cette équipe venaient d'autres équipes connues de Pologne, et notamment du Wisła par exemple". Le Wisła Cracovie, quant à lui, était dirigé pendant la période communiste par la milice citoyenne, l'opposant donc directement au Legia, historiquement lié à l'armée polonaise.

 

"Les Polonais chantent à s'en arracher les poumons"

 

Malgré les changements politiques des années 1990, la ferveur et l'hostilité que se portent le Legia et le Wisła sont restées inchangées et ce match est aujourd'hui considéré comme un classique. Stanislaw continue : "Ce match c'est aussi l'affrontement entre le nord et le sud. Cracovie… C'est Cracovie, la province quoi ! Ici nous sommes dans la capitale, la ville la plus importante de Pologne. Cracovie a été capitale de Pologne je crois, il y a longtemps. Aujourd'hui ils nous envient un peu ce statut je pense". En effet, Cracovie a été capitale de la Pologne pendant près de 600 ans. Une rivalité sportive, mais aussi régionale donc, qui ferait penser à un bon vieux classique à la française entre l'Olympique de Marseille et le Paris Saint-Germain.

Dans les tribunes aussi ce match est important. Julien, fan français du Legia Varsovie, a déjà assisté à un Legia-Wisła et l’ambiance l’a stupéfait : "C'est un euphémisme de dire que les fans des deux clubs ne s'apprécient pas. L'ambiance, déjà excellente en temps normal, devient exceptionnelle lors de ces confrontations. Les tribunes polonaises sont un monde à part. La puissance vocale lors des chants est quelque chose qui m'a frappé et qui me frappe toujours". Il conclut: "Lors de ce genre de match, les Polonais chantent à s'en arracher les poumons". Tout simplement.

 

Le Wisła en souffrance, le Legia presque au top

 

"Le Legia est le plus grand club de Pologne et tout le monde nous déteste. Évidement, il y a une rivalité avec le Wisła Cracovie, mais en ce moment c'est une équipe moyenne. Il n'y a donc pas de tension particulière entre nous". Aleksander, lui aussi abonné à la Zulyta depuis plusieurs année, est d'humeur taquine et conclut par un cinglant "je pense que le Wisła est une équipe comme les autres". Tacle limite, pourrait-on penser, mais les résultats récents du Wisła lui donnent raison : alors qu'entre 1999 et 2011 l'Etoile Blanche de Cracovie remporte 8 fois le championnat, depuis lors le club ne gagne plus rien, excepté un championnat de Pologne en 2015. Pendant ce temps le Legia Varsovie enchaîne les victoires et rafle le titre en 2013, 2014, 2016 et 2017. Aujourd'hui le Wisła semble avoir perdu son statut de favori au profit de son rival, mais malgré la différence de niveau entre les deux équipes ce match reste toujours autant animé. D'un point de vue français, la rencontre fait donc d'autant plus penser au classique OM-PSG.

Au classement, le Legia se retrouve actuellement deuxième avec 48 points, juste derrière le Jagiellonia Bialystok, équipe contre laquelle les Légionnaires ont d'ailleurs perdu lors de la 25ème journée. "On a eu un petit passage à vide post-trêve hivernale" explique Julien "mais ça reste très serré et le système de play-off fait que tout se jouera très certainement lors de la dernière journée". Le Legia a encore toutes ses chances selon lui : "on se dirige vers un nouveau duel pour le titre face à Bialystok. Poznan et le Korona Kielce ont encore une petite de gagner le titre". Plus loin au classement, le Wisła patine : 8ème, l'Etoile Blanche n'a gagné qu'une fois lors des cinq derniers matchs, ce qui ne présage rien de bon 11 jours avant le classique contre Varsovie. Vu son niveau cette saison, l'équipe de Cracovie a d'ailleurs depuis longtemps fait un trait sur la victoire finale.

Mais que donne ce classique polonais sur la pelouse cette saison ? Le 22 octobre lors de leurs dernières retrouvailles, le Legia a gagné par le plus petit écart au terme d'un match âpre, tendu et défensif. À part l'engouement des supporters qui ont fait trembler le Stade Henryk-Reyman de Cracovie, la rencontre n’a pas marqué les esprits. Espérons pour le spectacle que leur prochain match sera plus spectaculaire sur le terrain. Pour ce qui est de l'ambiance nul besoin d'espérer : les supporters du Legia réservent une atmosphère étouffante aux joueurs cracoviens. Comme d'habitude.

 

 

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Corentin Gastard

Etudiant en Master Journalisme à l'Université Lyon 2, je travaille depuis février 2018 pour lepetitjournal.com à Varsovie
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