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COMMEMORATION- L'insurrection de Varsovie

Par Marie-Line Naves | Publié le 26/07/2018 à 00:00 | Mis à jour le 26/07/2018 à 00:00
Destroyed_Warsaw,_capital_of_Poland,_January_1945

Varsovie, 17h. Les voitures s’arrêtent, les klaxons et les sirènes d’alarme de la ville résonnent. Dans la rue, les Polonais brandissent drapeaux et fumigènes. Pendant une minute, le temps semble s’arrêter. Puis les passants applaudissent et entonnent des chants à la gloire de leur patrie et de leurs aînés. Un vibrant hommage à l’insurrection de Varsovie, que l’on revit tous les premiers août.

 

L’insurrection de Varsovie : le début de la fin

74 ans plus tôt, à la même heure commençait l’insurrection de Varsovie. Depuis le 28 septembre 1939, la ville est occupée. Mais, en 1944, la fin de la guerre approche et l’Armée Rouge aussi. La même année, l’Armia Krajowa (Armée Intérieure), plus grand mouvement de résistance en Pologne, enclenche l’opération tempête (opération Burza) dont le but est de récupérer les territoires occupés avant l’arrivée de l’Armée. Elle est connue grâce à deux évènements symboliques, l’insurrection de Vilnius (Wilno) et celle de Varsovie.

La libération est proche et l’insurrection de Varsovie plus politique que militaire. Il s’agit d’envoyer un signal fort aux Russes. On veut leur signifier l’indépendance de la Pologne et sa capacité à choisir son régime politique après la guerre. « Nous voulons être libre et devoir notre liberté à nous-mêmes » déclare le 1er septembre 1944 le délégué du gouvernement de la République de Pologne et vice-premier ministre, Jan Stanislaw Jankowski.

Les premiers jours du mois d’août, Hitler ordonne de détruire totalement Varsovie avec ses habitants. 20 000 SS suréquipés font face à entre 50 000 insurgés dont seulement la moitié était armée. Une gigantesque bataille urbaine s’engage alors. Sans l’aide de l’Armée Rouge qui laisse les nazis écraser le mouvement, ce qui lui simplifiera la tâche pour prendre la ville plus tard, et avec un appui limité des Alliés, les insurgés sont laissés à eux-mêmes.

 

Un lourd tribut

Après 63 jours de combats, plus de 80% de la ville est détruite, plus d’une dizaine de milliers d’insurgés et civils sont morts et des centaines de milliers de personnes sont déportées. Les massacres n’ont pas épargné les civils, qui sont presque 200 000 à avoir péri.

Le 2 octobre 1944, Polonais et Allemands signent un cessez-le-feu. Les insurgés doivent rendre les armes et se faire prisonniers. Les civils sont évacués et déportés, pour la plupart dans le camp de Pruszków.

Ce n’est que le 15 janvier 1945 que l’Armée Rouge entre dans la capitale. Commence alors une nouvelle domination pour la Pologne.

 

Un symbole national controversé

La nécessité de cette insurrection, synonyme de catastrophe pour une nation, à la fois provoquée et consentie, est parfois attribuée à une forme de romantisme irresponsable polonais et donc remise en cause. Pour autant, l’enjeu de cette insurrection était l’indépendance et la souveraineté politique et territoriale polonaise après la guerre. Même si elle n’atteint pas son but, elle reste un symbole fort pour les Polonais, signe de résistance et d’indépendance. 

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Marie-Line Naves

Etudiante en histoire et en arabe à Paris-Sorbonne, amoureuse de la Pologne, j'ai rejoint Lepetitjournal.com en juillet
3 Commentaire (s)Réagir
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E G Sledziewski ven 03/08/2018 - 19:31

Cette année comme les précédentes, la presse française n'a guère donné d'écho à la commémoration de l'insurrection d'août 1944. C'est que seule compte en France l'évocation du soulèvement des survivants du ghetto, seize mois plus tôt (19 avril-8 mai 1943), où furent massacrés, après une résistance héroïque, 13 000 à 15 000 juifs parqués sur place par l'occupant après la déportation des habitants du ghetto pendant l'été 42. Mais cette tragédie a injustement occulté dans la mémoire française l'insurrection de la capitale pendant l'été 1944, malgré ses proportions beaucoup plus importantes en termes tant de durée (1° août-2 octobre) que de nombre de victimes (entre 200 000 et 250 000 morts) et d'impact militaire et politique. L'insurrection de Varsovie eut en effet un enjeu stratégique significatif dans le dénouement de la II° Guerre mondiale en Europe. D'abord, et cela pourrait intéresser les Français, parce que c'est pour éviter un second Varsovie que De Gaulle et Leclerc obtinrent des Américains qu'ils libèrent Paris insurgée, au lieu de contourner la capitale comme ils l'avaient prévu. Par ailleurs, l'insurrection de l'été 1944 fut un moment crucial d'une part en tant que bataille où les troupes du Reich laissèrent leurs dernières forces, alors qu'elles reculaient sur tous les fronts, d'autre part en tant que premier face à face indirect entre la résistance polonaise et l'"allié" russe défaillant, prélude à l'imminente soviétisation du pays. À ce propos, l'Armée rouge a libéré Varsovie... ou du moins ses ruines le 17 janvier 1945 et non le 15 !

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E G Sledziewski mer 01/08/2018 - 18:09

Cette année comme les précédentes, la presse française ne donnera guère d'écho à la commémoration de l'insurrection d'août 44. C'est que seule compte en France l'évocation du soulèvement des survivants du ghetto, seize mois plus tôt (19 avril-8 mai 43), où furent massacrés, après une résistance héroïque, 13 000 à 15 000 juifs parqués sur place par l'occupant après la déportation des habitants du ghetto pendant l'été 42. L'insurrection de la capitale pendant l'été 44 (1° août-2 octobre), qui fit entre 200 000 et 250 000 morts, eut, quant à elle, un enjeu stratégique significatif dans le dénouement de la II° Guerre mondiale en Europe. Ce fut d'une part une bataille importante où les troupes du Reich laissèrent leurs dernières forces au moment où elles reculaient sur tous les fronts, et d'autre part un premier face à face indirect entre la résistance polonaise et l'allié russe défaillant qui lui avait cyniquement promis son aide, prélude à l'imminente soviétisation du pays. À ce propos, l'Armée rouge a libéré Varsovie... ou du moins ses ruines le 17 janvier 45 et non le 15.

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SASSI jeu 26/07/2018 - 16:38

Merci pour cet article clair et concis. Je suis français et mon épouse, d'origine polonaise, française aussi à la naissance. Nous nous sommes installés définitivement à Varsovie en mars 2018 et sommes retraités, après avoir fait de nombreux séjours en Pologne depuis 2004 et préparé pendant de longs mois notre départ définitif de France. Savez qu'en France, on ne parle jamais de l'insurrection de 1944, la plupart l'ignorent. On ne connait que le ghetto de Varsovie, qui est capital, mais il y aussi l'insurrection et le massacre des officiers polonais par les russes à Katyn au début de la guerre, et j'en passe. Les souffrances du peuple polonais , qui n'a jamais cédé, sont méconnues (et c'est bien triste) de la part de la plupart des pays européens. Pourtant, à Varsovie, nous sommes près d'eux , à quelques petites heures d'avion, parfois moins. Encore bravo pour cette réminiscence et diffusez-là largement !

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