Édition internationale

8 AVRIL - La question Rom en Pologne

Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

 

Avec 12 millions de personnes réparties dans toute l'Europe, les Roms sont la minorité la plus nombreuse et la plus pauvre du continent. En Pologne les faits divers sordides impliquant les "Cyganie" se succèdent.  A l'occasion de la Journée internationale des Roms, LePetitJournal.com republie un article qui se penche sur cette coexistence difficile... [archive 2011]

(Photos Christophe Quirion, reportage sur les Roms en Europe centrale)

Fin octobre, dans le village de Krosnica, une maison rom est attaquée au cocktail molotov. Début novembre, un réseau rom organisant un trafic d'êtres humains depuis la Pologne vers le Royaume-Uni est démantelé. En juillet, à Limanowa dans le sud du pays, une altercation entre une famille rom et ses voisins a failli tourner au lynchage. En janvier, on apprend qu'à Poznan certains bars interdisent formellement l'entrée à tous les membres de cette communauté. Fin 2010, on signale un cas d'extorsion d'une famille rom par un gang local.

L'épisode le plus grave remonte à 1991 : le pogrom de Mlawa. Suite à un accident causant la mort d'un jeune homme, des violences ethniques éclatent. Le jeune Rom à l'origine de l'accident s'étant enfui et caché auprès des siens, les habitants de la ville s'en prennent aux domiciles de cette communauté et détruisent 17 maisons.

Une minorité visible...

Pourtant le nombre de Roms vivant en Pologne est minime. Si en Bulgarie 5% de la population est rom, la proportion est 100 fois moindre en Pologne. Officiellement la communauté rom compterait moins de 20.000 membres (mais probablement plutôt 30.000). La grande majorité d'entre eux vivent au sud du pays en Silésie et surtout dans la Petite-Pologne (notamment à Bukowina Tatrzanska et Nowa Huta).

La première mention de Roms en Pologne remonte à 1401 mais il faut attendre la fin du 18e siècle pour que les Roms bénéficient des droits citoyens. Dans les années 1930, ils sont près de 50.000 en Pologne, mais la moitié d'entre eux sera exterminée par les nazis (au total entre 250.000 et 1,5 millions de roms européens moururent durant ce génocide). Enfin après la guerre, l'Etat communiste s'efforce de sédentariser les Roms et beaucoup émigrent.

La communauté possède aujourd'hui le statut de minorité ethnique. Mais entre les Roms polonais (ou Roms des plaines), les Roms Bergitka (ou Rom des montagnes), les Lowara ou Kalderasze (originaires de Moldavie et orthodoxes alors que les autres groupes sont catholiques), elle reste très divisée. En plus de l'hostilité persistante des polonais, les antagonismes entre différents clans roms affaiblissent leurs luttes pour la reconnaissance.

Une communauté dynamique
Depuis 2000, les Roms polonais sont représentés officiellement par l'Union des Rom Polonais et son président Roman Chojnacki. Sans compter une multitude d'associations locales actives à travers le pays. Le gouvernement les soutient en versant chaque année 10 millions de zlotys pour l'intégration de cette communauté.

Depuis 1979 les Roms ont aussi leur section au Musée cantonal de Tarnów. Chaque année ils organisent le Festival International de la Chanson et Culture Rom à Ciechocinek et les Rencontres Internationales des Groupes Tziganes à Gorzów Wielkopolski. La communauté rom édite également ses propres mensuels. ?Les Roms polonais ont par ailleurs leur représentante dans la littérature, en la personne de Bronislawa Wajs-Papusza, dont les poèmes ont été traduits et publiés dans plusieurs langues, y compris le français.?

Enfin depuis 2007, ils ont leur manuel scolaire " Miri szko?a ? Romano elementaro" rédigé dans l'un des dialectes rom par Karol Parno Gierlinski, une autre personnalité Rom. Il a été également adapté dans un autre dialecte l'année suivante.

Et pourtant...

Le haut-commissariat aux droits de l'homme des Nations unies dénonce en Pologne "une marginalisation sociale continue" et une "discrimination contre les Roms, spécialement dans les domaines de l'éducation, de l'emploi et du logement".

D'après un rapport de novembre 2008, leur situation reste la plus difficile de toutes les minorités ethniques de Pologne. Dans certaines régions à fort taux de chômage, jusqu'à 95% des Roms vivent des aides sociales.

Les métiers traditionnels des Roms (chaudronnier, vannier, maquignon, maréchal-ferrant, sellier ou palefrenier) sont de nos jours obsolètes. Par ailleurs près de 30% des enfants roms ne sont pas scolarisés et les raisons sont multiples : la différence des valeurs traditionnelles roms, la non-maîtrise de la langue polonaise ou encore la crainte d'une stigmatisation au sein de l'école. Un seul établissement dans tout le pays enseigne dans l'un des dialectes roms (Polska Roma).

20% des enfants roms sont envoyé dans des écoles "spéciales". Ils constituent parfois plus du tiers de ces classes pour enfants sensés souffrir d'un handicap. Pourtant les deux tiers d'entre eux ne devraient pas y être et auraient seulement besoin d'une remise à niveau en polonais

La délinquance touchant particulièrement ce milieu marginalisé, même la notoriété de certaines personnes publiques ? comme la chanteuse Edyta Gorniak, d'origine rom ? ne corrige pas leur image déplorable dans le pays. 70% des Roms polonais se disent encore victime de discrimination. Les récents incidents sont là pour confirmer que le chemin vers l'intégration ou au moins une coexistence pacifique est encore long...

AR, CQ (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) jeudi 24 novembre 2011

lepetitjournal.com varsovie
Publié le 8 avril 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
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