Mardi 20 novembre 2018
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

TOUSSAINT- Au gré d'une balade au cimetière Powązki

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 01/11/2018 à 00:00 | Mis à jour le 01/11/2018 à 00:00
IMG_20151106_114211

Bien qu'il soit d'usage d'honorer les défunts au quotidien en Pologne, bien plus que dans d'autres pays européens, la journée de la Toussaint (Wszystkich świętych en polonais) est marquée d'une ferveur particulière. Les célébrations dans les églises sont nombreuses et les cimetières s'illuminent de lanternes qui se comptent par milliers, car personne ne laisse une tombe éteinte, même inconnue. Et c'est à la tombée de la nuit que la magie opère... Alors laissez-vous tenter par une promenade en famille dans les allées du cimetière Powązki, qui est à Varsovie ce que le cimetière du Père-Lachaise est à Paris. Cette nécropole, la plus prestigieuse de Pologne, offre une balade parmi de nombreux "résidents célèbres". Loin d'être un lieu macabre, une charmante mélancolie se dégage de sa végétation entremêlée aux sculptures funéraires. 

 

Situé au 14 rue Powązkowska, le cimetière de Powązki (Stare Powązki) est connu de tous les Polonais. Sur ses 44 hectares, gisent de grands citoyens de Varsovie, héros de guerre, artistes, politiciens ou anonymes. Ce cimetière civil forme avec ceux avoisinants, juif, protestant, musulman, et militaire, la plus grande et prestigieuse nécropole de Pologne. Varsovie Accueil nous emmène parmi les pierres tombales à la découverte de ce véritable musée en plein air, où se cachent des trésors de l'art sculptural et architectural dont la beauté nous rappelle le cimetière du Père-Lachaise.

 

Créé en 1790 d'après le projet de Dominik Merlini, architecte en titre de la cour du roi Stanisław August Poniatowski, Stare Powązki est le cimetière le plus ancien du pays. Il était situé en dehors de la ville, près d'un petit village portant le même nom. A cette époque, les sépultures n'étaient pas ornées de sculptures, les défunts étaient simplement enterrés. C'est seulement à la fin du XIXème siècle, avec l'avènement du romantisme, que les pierres tombales ont vu le jour.

 

Les célébrités inhumées à Powązki

Nous pénétrons dans le cimetière par l'entrée à droite de l'Eglise de Saint Charles Borromeus. Parmi les célébrités, qui reposent au cimetière de Powązki, Nina Andrycz, actrice et écrivaine. Figure importante du théâtre et du cinéma polonais du XXème siècle, elle mourut en 2014 à l'âge de 104 ans. Pour les amateurs de cinéma, vous pourrez observer la pierre tombale d'un grand réalisateur, Krzysztof Kieślowski. Son monument est reconnaissable par la statue de mains formant un cadre, faisant notamment référence à la manie du personnage autobiographique de son film Amator, obsédé par l'envie de filmer tout ce qu'il voit.

Enfin, les célébrités les plus incontournables sont celles liées à Frédéric Chopin. Ses parents, Nicolas et Justyna Chopin, reposent en ce lieu. D'abord enterrés dans les catacombes, ils seront déplacés dans une sépulture particulière en 1948. Puis, tout près, on peut trouver Józef Elsner, le professeur de Frédéric, à Varsovie entre 1926 et 1929. La statue qui orne sa tombe est très évocatrice. La lyre nous indique qu'il s'agit d'un génie de la musique dont le visage exprime la tristesse, celle de voir un musicien quitter le monde des vivants. A la mort de Józef Elsner, ses amis musiciens ont organisé une chorale à 300 voix pour financer cette sculpture.

 

 

Les monuments dédiés aux enfants

Sur notre chemin, nous découvrons que de nombreux enfants sont inhumés dans ce cimetière, témoins d'une époque où la mortalité infantile était élevée. Deux monuments funéraires qui leur sont dédiés retiennent particulièrement notre attention tant ils sont touchants. Le premier est consacré à un petit garçon et son grand frère. Taillés dans la pierre, les deux chérubins se regardent. D'un air rassurant, le plus âgé semble expliquer quelque chose à son benjamin, sûrement la mort. Un unique détail symbolise la mort, la fleur fanée. La seconde sépulture représente un ange de la mort tenant sur ses genoux deux enfants, les défunts en question. En tendant de sa main droite le sablier, symbole de l'écoulement du temps, il semble que l'ange veut montrer qu'il n'est pas coupable de la mort de ces deux jeunes.



Les grandes familles polonaises

Prestigieux, le cimetière de Powązki héberge en son sein les sépultures de grandes familles varsoviennes. Trois concessions funéraires de familles nobles varsoviennes attirent particulièrement notre regard. La première est celle de la famille des barons Kronenberg. Leur tombeau est orné d'un ange sculpté dans la pierre rouge, oeuvre d'art de Mieczyslaw Landsberg. Sur la deuxième concession funéraire appartenant à la famille Lilpop est érigée une immense chapelle en fonte bleue. Elle constitue un véritable point de repère dans le cimetière tant elle atteint une hauteur incommensurable. Cette oeuvre architecturale a été édifiée en l'honneur de cette famille de riches industriels.  Pour décorer sa concession, la troisième famille a fait appel à un grand sculpteur polonais, Henryk Kuna, dont une oeuvre est exposée au Park Skaryszewski. Il s'agit du monument de la famille Herse, des créateurs de haute-couture considérés comme le « Dior polonais ». Cette oeuvre représente un ange agenouillé qui prie, les courbes du personnage celles d'un mannequin féminin.

 

Les catacombes

Les catacombes sont situées là où, avant la Seconde Guerre mondiale, se tenait le mur d'enceinte du cimetière, preuve d'un agrandissement spectaculaire de la nécropole. Ce bâtiment aujourd'hui est un columbarium pourvu de niches où sont conservées les urnes contenant les cendres des personnes incinérées.

 

Vous serez surpris de lire quelques inscriptions en français. En effet, certains soldats de Napoléon et leur famille sont venus à Varsovie, et ont donc été enterrés à cet endroit. Au sein du columbarium, on trouve également un mausolée dédié aux camps de concentration de la dernière guerre.  A la Libération, des urnes contenant les cendres de déportés ont été retrouvées à Berlin. 112 d'entre elles ont réussi à regagner leur famille, et les 400 restantes ont été placées ici. 

 

 

Les belles histoires

Depuis plusieurs générations, de belles histoires sont racontées au sujet de certaines tombes du cimetière de Powązki. Par exemple, sur celle de Stanislaw Lasocki et sa sculpture nommée « La libération ». Les Varsoviens disent qu'il s'agit d'un homme qui aurait sauvé une jeune femme de la noyade. Or, dans cet acte de bravoure, celui-ci perd la vie. En guise de remerciements, la famille de la rescapée l'enterre ici, et, ignorant son identité, demande à ce que son portrait soit sculpté. Ils avaient l'espoir que quelqu'un finirait pas le reconnaître. Ce fut effectivement le cas, sa demi-soeur se serait un jour baladée parmi les allées de Powązki, et l'aurait reconnu après l'avoir perdu de vue depuis des décennies. C'est ainsi que son identité aurait été révélée

 

 

Une statue incontournable

Notre guide attire notre attention sur une statue réalisée à Milan, qu'elle considère pour son dynamisme comme l'une des plus belles sculptures du cimetière. Le fantôme d'une jeune femme sort de ce sarcophage de pierre, celui de Lucia Raciborowska, inhumée ici, décédée à 18 ans. Voulant devenir chanteuse, on raconte que lors de son premier concert, elle aurait succombé à son coeur qui s'était emballé. Ce monument est de qualité puisqu'il n'a été rénové que dans les années 70. Cependant, il n'a pas été épargné des fréquents vols dont sont victimes les pierres tombales de ce cimetière. Une lanterne aurait été dérobée, dont on peut en voir la trace sous le pot de fleurs rouges

 

 

La richesse en art sculptural et architectural du cimetière de Powązki fait de lui un lieu incontournable de la capitale. En revanche, il est difficile pour un étranger de se rendre compte à quel point certains noms inscrits sur les tombes sont adulés de tous les Polonais. Ainsi, cette visite vous donne maintenant la possibilité de connaître quelques célébrités nationales. L'orientation dans ce cimetière n'étant pas chose aisée - même notre guide craignait sans cesse de se tromper de route ! - nous déplorons notre incapacité à vous procurer un itinéraire précis pour cette visite. Pour autant, la simple  flânerie est de mise en un tel lieu, et maintenant que vous connaissez ses trésors, n'hésitez pas à vous y aventurer !

  

Remerciements à Varsovie Accueil & à notre guide. 

 

Jeanne Sirot (lepetitjournal.com/Varsovie)

Article publié également le 1er novembre 2016

Inscrivez-vous à notre newsletter gratuite !

Suivez-nous sur Facebook

0 Commentaire (s)Réagir

Actualités

Marée de drapeaux à Varsovie pour les 100 ans de l'indépendance

Une marée de drapeaux rouge et blanc a envahi dimanche les rues de Varsovie lors des cérémonies du centenaire de l'indépendance de la Pologne, célébré sous haute surveillance policière en raison de...

Sur le même sujet