Édition internationale

MUSEE DE L’INSURRECTION - A la mémoire des insurgés

Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 21 janvier 2016

De tous les musées de la capitale, il y en a bien un incontournable pour comprendre l'Histoire de la ville : le musée de l'Insurrection. Objets d'époque, témoignages, et autres installations interactives sont mis en scène et portés par une atmosphère particulière se voulant à la fois réaliste et théâtrale. Bienvenue dans une Varsovie insurgée? 

Sous l'ère communiste, il n'a pas été facile pour les Polonais de rendre hommage à ses résistants animés par la volonté de recouvrer leur indépendance. C'est pourquoi le musée de l'insurrection n'a vu le jour qu'en 2004, soit 60 ans après les combats sanglants entre civils et nazis. Avec près d'un demi-million de visiteurs en 2013, ce musée est aujourd'hui un haut-lieu du devoir de mémoire de la Seconde Guerre mondiale, et rappelle par-dessus tout que les Polonais furent prêts à tout pour leur nation.

Une Pologne affaiblie ?  
Dans ces anciens locaux de la centrale électrique pour les tramways du début du 20ème siècle, le sol pavé à l'instar de celui de la Vieille Ville nous invite à revivre les moments forts de Varsovie sous l'invasion nazie. Afin de mieux saisir l'affaiblissement des Polonais, d'où germera leur volonté insurrectionnelle, quelques cartes rappellent la situation du pays en 1945. Le 1er septembre, c'est tout d'abord l'armée allemande qui attaque la Pologne selon la stratégie nazie de la « guerre éclair », la Blitzkrieg. Le 17 septembre, c'est au tour de l'Armée rouge de franchir les frontières polonaises. La Pologne ne trouvera  de soutien qu'auprès des Alliés, quand la France déclare la guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939. Ce jour-là, nous raconte le guide, quelques milliers de Varsoviens se réunissent près de l'ambassade de France pour chanter la Marseillaise.

? dont le gouvernement subsiste


Si le débarquement de l'armée allemande  signifie la fin de la paix à Varsovie, ce n'est pas la fin de son gouvernement. Un véritable Etat souterrain polonais constitué des trois pouvoirs, exécutif, législatif, et judiciaire, continue d'exister. Une partie s'exile et trouve refuge en France, à Angers. Mais l'aile armée de ce gouvernement secret, l'Armia Krajowa (armée de l'intérieur), reste sur place. Composée de 250.000 à 350.000 soldats en 1944, elle s'organise pour former un des plus importants mouvements de résistance en action de la Seconde Guerre mondiale: l'Insurrection de Varsovie. Une vitrine expose leurs brassards rouges et blancs, dont certains encore tâchés de sang, sur lesquels les initiales WP sont inscrites, signifiant « Armée polonaise ».

Comprendre l'Insurrection, comprendre l'impossible ?
L'Insurrection de Varsovie éclate le 1er août 1944 à 17h dans les rues de la capitale, et se terminera le 9 octobre. Plus nous avançons dans ce musée, et plus nous nous rendons compte à quel point cette lutte était menée à forces inégales. Malgré les ateliers clandestins où les insurgés fabriquaient leurs propres armes, l'Armia Krajowa  manquait terriblement d'artillerie face aux chars d'assauts nazis. Notre guide nous explique que pour un bataillon de 300 personnes, il n'y avait que 15 pistolets, 2 mitrailleuses et 100 grenades.  L'armée rouge interdisant tout atterrissage des forces alliées, Londres n'a autorisé que le parachutage de quelques vivres et armes aux insurgés. Dans une salle du musée, un bombardier de 33 mètres d'envergure et de 20 mètres de longueur rend d'ailleurs hommage aux 200 pilotes de la Royal Air Force morts pendant ces opérations. Le musée a aussi reconstitué un circuit à travers des égouts, rappelant aux visiteurs la position insoutenable à laquelle était réduite l'Armia Krajowa, celle d'une armée qui ne peut circuler que sous terre.   

Ces 63 jours ont été très sanglants ; environ 200.000 soldats y ont perdu la vie. Un grand mur est dressé sur plusieurs étages du musée sur lequel sont inscrits, un à un, les jours pendant lesquels se déroula ce triste épisode de l'Histoire et duquel émane le son d'un battement de c?ur oppressant, émouvant.


Mais pourquoi les Insurgés se sont-ils lancés dans une telle bataille ? La « germanisation » de la ville par les nazis humilie quotidiennement les Polonais, nous raconte le guide. Les noms des rues sont changés, comme le montre la reconstitution de certains panneaux. La rue du 3 mai, date à laquelle la Pologne a été le premier pays d'Europe continentale à adopter une constitution, devient Bahnhofstrasse (la rue de la gare en allemand). Certaines places sont interdites aux Polonais.  Ce soulèvement a donc pour but premier de réaffirmer l'identité nationale, mais c'est aussi, une dernière tentative de préserver la souveraineté de la Pologne face à l'avancée de l'Armée rouge et à la position ambiguë des Alliés occidentaux vis-à-vis des intentions de l'Union soviétique. Un véritable esprit collectif se forme autour de cette lutte dont la signification est de montrer que cette guerre n'est pas vaine. Les insurgés s'attachent à la philosophie de Rousseau selon laquelle être vaincu et ne pas se soumettre est une victoire ; vaincre et se reposer sur ses lauriers est une défaite.

Une ville de ruines
L'Insurrection de Varsovie a été durement réprimée par les nazis, à tel point que deux mois suffirent pour y mettre un terme. Les insurgés sont traqués jusqu'à travers les égouts et les sanctions imposées à la population sont radicales : pour un officier allemand assassiné, une centaine de Polonais se fait massacrer. La capitale n'est plus qu'une ville fantôme qu'Hitler décide de raser avant de retirer ses troupes. Varsovie est donc détruite à 90%. Une photographie de la ville post-guerre prise depuis Praga a permis la réalisation d'un court-métrage en 3D « City of ruins », diffusé dans une petite pièce du musée, mettant en scène un avion qui survole la ville, ou plutôt ce qui en reste. Des images impressionnantes, surtout lorsqu'on connaît Varsovie aujourd'hui, qui font prendre la mesure du lourd tribut payé à la guerre par la capitale polonaise.  

Après 1945, seuls 1.000 « Robinsons » vivent dans les ruines de la ville. Une aubaine pour les troupes de Staline qui débarquent sur la rive gauche le 17 janvier 1945 et profitent d'un Etat souterrain désormais quasi-inexistant pour faire de la Pologne un pays satellite de l'URSS. C'est pourquoi on dit que « la Pologne gagna la guerre mais perdit la paix ». En 1945, la lutte des Polonais pour un pays indépendant n'est donc pas terminée. La Kotwica, ce sigle mêlant un P avec un W et signifiant « Polska Walczaca » (« Pologne combattante »), sera d'ailleurs autant utilisée pour signer les actions des insurgés que celles des organisations antisoviétiques.

Quand la visite touche à sa fin, notre guide conclue sur l'importance pour les Polonais que le monde connaisse les souffrances de Varsovie. Selon lui, beaucoup se souviennent d'Hiroshima, mais trop de personnes oublient que les nazis ont semé la terreur dans la capitale de la Pologne? et surtout que certains ont tenté de leur résister. 

Remerciements à Varsovie accueil & à notre guide ! 

© Photo extérieur du musée et avion : Creative Commons/Wikipédia 
© Autres : Jeanne Sirot

Jeanne Sirot (lepetitjournal.com/Varsovie) - Jeudi 21 janvier 2016

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Publié le 20 janvier 2016, mis à jour le 21 janvier 2016
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