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LITTÉRATURE - Romain Gary et la Pologne (Episode 1)

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 13/02/2018 à 00:00 | Mis à jour le 14/02/2018 à 09:12
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Si vous rentrez en France en cette période de vacances scolaires, vous en profiterez peut-être pour aller au cinéma. Et peut-être aussi, votre choix se portera-t-il sur La Promesse de l’Aube, adaptation cinématographique de la vie de Romain Gary (1914-1980), écrivain français d’origine polonaise et lauréat du Prix Goncourt à deux reprises. Cela tombe bien, car voilà une occasion de vous dire quelques mots sur ce film mais surtout de revenir les années polonaises de Romain Gary et leur influence sur son oeuvre.  

La Promesse de l'Aube

Sous les ordres d’un réalisateur, Eric Barbier, plus connu pour des polars oubliables que pour de longues fresques romanesques comme La Promesse de l’Aube, le gringalet Pierre Niney incarne un Romain Gary à la fois étudiant, héros de guerre et fils adoré de Charlotte Gainsbourg, qui joue une Mina Kacew à l’accent franco-russe à couper au couteau. Long de plus de deux heures, le film s’attache à présenter un joli catalogue des épisodes marquants de la vie de l’écrivain français d’origine russe, le tout dans des décors soignés et des détails visuels bien sentis. Néanmoins, La Promesse de l’Aube version filmique semble d’un autre côté s’éloigner excessivement d’une relation mère-fils absolument fondamentale dans le récit originel – et dans la vie de Romain Gary, accessoirement - pour se focaliser d’avantage sur des tranches de vie dont Romain Gary lui-même ne semblait lui-même pas attacher énormément d’importance: nommons, par exemple, les exploits militaires du capitaine Gary durant la Seconde Guerre mondiale.

Etant à la fois tancé pour son côté académique et son absence de portée émotionnelle mais aussi salué pour la prestation de ses acteurs et le foisonnement luxueux des reconstitutions historiques, La Promesse de l’Aube d’Eric Barbier suit parfaitement l’exemple de son personnage principal : il partage les opinions. Difficile, donc, de conseiller aveuglément d’aller voir ce film au cinéma. Consolons-nous néanmoins en affirmant que cette version de l’autobiographie de Gary fait bien mieux que sa grande-sœur empoussiérée du même nom, réalisée par Jules Dassin en 1970. Et même si cela ne suffit sans doute pas à vous convaincre, il vous reste toutefois la découverte des années polonaises de Romain Gary que nous vous proposons de découvrir.

Romain Gary et la Pologne

L'écrivain vécut en effet entre 1921 et 1927 en Pologne, un pays qui occupera une place importante dans ses oeuvres, notamment dans son premier roman Education Européenne, publié en 1945. Mais alors que la biographie officielle évoque à juste titre l'âme russe de Romain Gary, quel impact eurent ses années polonaises sur lui ? Et quels lieux de Varsovie portent encore la trace de l'écrivain? Enquête.

Roman Kacew, dit Romain Gary, est né le 8 mai 1914 à Vilnius et mort le 2 décembre 1980 à Paris. Compagnon de la libération, romancier, aviateur, diplomate et cinéaste, il fut également connu pour la grande mystification littéraire qui le mena, vers la fin de sa vie, à signer plusieurs romans au style très moderne sous le pseudonyme d'Émile Ajar. Il est le seul romancier à avoir jamais reçu deux fois le prix Goncourt, sous son nom de plume habituel en 1956, et sous celui d'Émile Ajar en 1975. Ce n'est qu'après sa mort que le public apprit que lui et Ajar n'étaient qu'une seule et même personne.

               Enfance en Pologne

Mina Owczyńska, sa mère, est actrice dans un théâtre français de Moscou. Son mari Lejba, propriétaire d'un magasin de fourrures, est peu présent dans la vie du foyer. C'est une « francophile enragée » (Cf Sources, entretien avec André Bourrin) qui voudrait que son fils naisse en France... Enceinte, elle entreprend le voyage mais doit s'arrêter dans sa famille à Vilna (nom Russe de Vilnius) et c'est là que Roman Kacew naît en mai 1914. Peu de temps après, la Première Guerre mondiale éclate et au lieu du départ vers la France, c'est le rapatriement de force vers les steppes de Russie, en tant que Juifs, soupçonnés en groupe par le Tsar de collaborer avec les Allemands... Survivant successivement à la guerre, à la révolution bolchévique,et enfin à la guerre soviéto-polonaise, Roman, Mina et Lejba Kacew se rejoignent en 1921 à Wilno (nom polonais de Vilnius), en Pologne.

En 1926, le père Lejba abandonne définitivement le foyer. Mina et Roman partent seuls pour Varsovie. Le jeune Roman fréquente l'école polonaise Michal Kreczmar rue Wilcza, 41. A la presse, il dira plus tard qu'il est allé au lycée français, par respect pour sa mère, qui ne put y financer les études de son fils. On sait que Roman et sa mère habitaient au n° 22 de la rue Poznańska, chez le frère de celle-ci, l'avocat Boleslaw Owczyński. Ces bâtiments n'existent plus aujourd'hui. A Varsovie, sous l'influence de sa mère, il découvre le théâtre, la littérature polonaise, il « apprend le polonais à fond » (Cf Sources, entretien avec André Bourin) et découvre un certain sens de l'humour, celui de cette Pologne juive et cosmopolite. Il écrit ses premiers poèmes en polonais. Il suit assidûment la chronique humoristique hebdomadaire du poète Antoni Słonimski dans Wiadomości Literackie (hebdomadaire libéral et satirique très apprécié dans les cercles de l'intelligentsia varsovienne) et continuera à se faire envoyer le journal une fois en France.

« De cette manière encore aujourd'hui je reste sous le charme de l'humour polonais, du moins de celui spécifique de la Varsovie d'avant guerre, volapük polono-juif, qui jusqu'à maintenant reste ancré dans ma mémoire; » (Cf Sources, entretien avec Kolodziejczyk)

            De la Pologne à la France de la résistance

Mais la Pologne n'était qu'une étape. En 1928, Roman et sa mère arrivent en France et s'installent à Nice, où Mina devient hôtelière. Roman devient Romain. Nouveau pays, nouvelle langue. Après son bac philosophique obtenu principalement grâce à une très bonne note en français, Romain étudie le droit à Paris tout en passant ses étés à suivre des cours de langues slaves à Varsovie où il « vivait pour rien », logeant chez ses cousins de la rue Nalewki. Naturalisé Français en 1935,  il renonce à la nationalité polonaise. Il passe le plus clair de son temps à écrire, et un premier roman est refusé par les éditeurs.

En 1938, il est appelé au service militaire, et est en poste à Bordeaux quand la Seconde Guerre mondiale éclate. D'abord officier de liaison entre les armées française et polonaise il s'évade de Bordeaux vers Alger pour rejoindre la France de Londres. Pendant ses années de résistance, il fréquente les pilotes polonais de la Royal Air Force, connus pour avoir les meilleures statistiques de combat. Dans La Promesse de l'Aube (1960), il raconte comment l'un d'eux le provoque en duel, et se gardant bien de montrer qu'il a vécu en Pologne, il leur déclame finalement avec un parfait accent varsovien ce qu'il pense d'eux, sauvant l'honneur de la France et de la Pologne en même temps.

Retrouvez le second épisode de Romain Gary et la Pologne dans notre édition de demain

Sources: 
Entretien en polonais avec Leszek Kolodziejczyk, novembre 1980, texte inédit en français.
Entretiens avec André Bourin : Le nomade multiple - Les Grandes Heures Ina / Radio France,1969

Romain Gary et la Pologne - Mathieu Rubio (Article publié le 29/06/2015)

La Promesse de l'Aube - Hervé Lemeunier des Graviers 

 

 

 

 

 

 

 

 

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