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DECOUVRIR L’UKRAINE - Lviv : si polonaise…

Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 juin 2013

Si "semper fidelis" est la devise (non officielle) de Lviv, l'histoire mouvementée de la ville semble contredire celle-ci. Lemberg autrichienne, Lwów polonaise, Lviv ukrainienne ou Lvov russe, la ville est à l'image de son passé, loin d'être uniforme, ce qui lui a valu l'inscription au patrimoine mondial de l'humanité. Pourtant, si elle est ukrainienne depuis maintenant bientôt 70 ans, les traces polonaises y sont encore nombreuses. Une raison parmi tant d'autres de tenter l'excursion en Ukraine.

Eglise de la dormition et tour hôtel de ville

Même si le périple est loin de s'apparenter à une sortie dans la jungle, quelques précautions d'usage ne sont pas de trop. L'Ukraine n'étant pas membre de l'Union Européenne ni de l'espace Schengen, le passeport est obligatoire pour y entrer, même si aucun visa n'est réclamé pour les ressortissants de l'Union. Il est également nécessaire d'avoir sur soi l'adresse de son hôtel ukrainien, afin de la présenter au (long?) contrôle frontalier. Notez que les ukrainiens parlent difficilement anglais, le russe ou le polonais étant à privilégier. Passées ces modalités, les autorités devraient vous laisser tranquilles ! 

                                                                         Rynok

La découverte de la capitale de la Galicie nécessite un petit week-end (2 jours environ), la ville n'étant pas des plus étendues. Marquant l'entrée de la partie la plus ancienne de la ville se dresse l'opéra, ?uvre de Zygmunt Gorgolewski, construit en 1900 dans un style classique. Il sert d'ouverture à l'avenir Svoboda (Liberté), laquelle mène jusqu'à, symbole de l'histoire polonaise de la ville, la place Adam Mickewicz, où se dresse fièrement une statue de l'auteur. En remontant au nord vers la place centrale (Rynok) et l'hôtel de ville se trouvent d'autres bâtiments laissant à méditer sur l'identité de la ville. De la cathédrale catholique, aux messes en polonais, à la résidence de Jean Sobieski (Palais Korniakt) en passant par les inscriptions en polonais sur les vieilles maisons, la Pologne n'est jamais très loin.


Cathédrale St Georges

Reste que la ville est ukrainienne, comme en témoignent les nombreuses Eglises orthodoxes dont la plus impressionnante est sans conteste la Cathédrale Saint-Georges. Siège de l'éparchie (équivalent orthodoxe du diocèse) de Lviv de l'Eglise grecque-catholique ukrainienne, ce monument baroque installé sur les hauteurs de la capitale galicienne, domine la vieille ville. En contrebas de la Cathédrale, la riche vie culturelle est de son côté représentée par l'Université Ivan-Franko, du nom d'un célèbre écrivain de langue ukrainienne, décédé dans ce qui était alors Lemberg en 1916. 

L'identité ukrainienne de la ville est aussi portée par le Musée Historique, retraçant l'histoire tourmentée d'une ville qui en 100 ans, aura connu 6 nationalités. Autrichienne jusqu'en 1918, puis capitale de la République Populaire d'Ukraine occidentale, elle devient polonaise jusqu'en 1939 avant que le Pacte Molotov-Ribbentrop ne l'annexe à l'URSS. Rattachée au Gouvernement Général par les nazis en 1941, la ville est libérée par l'Armée Rouge en juillet 1944, avant de devenir la 7ème plus grande ville de l'Ukraine indépendante en 1991. A peine plus de 20 ans après l'indépendance, et alors que la Russie garde un ?il sur l'Ukraine, rien d'étonnant donc à ce que le pays cherche à affirmer son indépendance et son identité, quitte à forcer le trait sur certaines dissensions entre Ukrainiens, Russes et Polonais après la première guerre mondiale. 

Des dissensions qui tendent à s'apaiser, comme le montre la restauration du monument des combattants polonais du cimetière Lychakiv. Construit en 1930 pour honorer les soldats polonais morts durant les guerres Polono-ukrainienne et Russo-polonaise de 1918-1921 dont Lviv avait été un théâtre majeur (et le lieu d'un sinistre pogrom contre les juifs et les orthodoxes à l'automne 1918), le lieu avait été laissé à l'abandon jusqu'au début des années 2000. Il a été totalement réhabilité à partir de 2005. La visite du site permet de découvrir le cimetière Lychakiv, où reposent de nombreuses personnalités ukrainiennes et polonaises.

                                                                                                                                          Université Ivan Franko

La ville présente donc avant tout un visage Ukraino-polonais, mais les influences qui parcourent Lviv sont bien plus nombreuses. Le bâtiment de l'université est ainsi un modèle de l'architecture autrichienne en Galicie, tandis que subsistent quelques traces de l'histoire juive de Lviv, où près de 25% de la population parlait Yddish avant 1941. Enfin, signe de son passé soviétique, la ville est également dotée de barres d'immeubles à proximité immédiate du centre, mais sur lesquelles personne n'ira véritablement s'attarder.

S'attarder à table est en revanche possible à Lviv, où les restaurants sont assez nombreux et relativement bon marché pour les étrangers, mais malheureusement pas pour les ukrainiens (d'où des restaurants vides, donc plutôt tristes, en dehors des périodes touristiques). Enfin, la Manufacture de Chocolat de Lviv (Rynok) est un incontournable pour les gourmands, de même que passer à Lviv implique de goûter la liqueur locale (Horilka) qui n'a rien à envier à la vodka polonaise?

Même si les façades délabrées et l'allure des transports urbains ne trompent pas sur la situation économique de la ville comme de l'Ukraine dans son ensemble malgré l'organisation récente de l'Euro de football, la richesse culturelle et historique de Lviv valent bien un détour en Ukraine. Si Lviv est bien une ville ukrainienne, elle n'en demeure pas moins une clé pour comprendre la Pologne.

Charles Hubert (www.lepetitjournal.com/varsovie) - vendredi 7 juin 2013

INFOS PRATIQUES

Malgré la proximité de la frontière (70 km), la patience est maître-mot pour se rendre dans l'ancienne Lwów. Une solution possible consiste à prendre un train jusqu'à Przemy?l (via Cracovie, 8h), puis après une pause pour visiter cette charmante ville-frontière, reprendre le bus de Przemy?l à Lviv (2 à 3h selon la durée du contrôle frontalier). Des trains (de nuit avec changement à Rzeszów à 23h) et des bus directs (arrivée tôt dans la matinée en général) existent également depuis Varsovie. La plupart des bus s'arrêtent à la gare centrale (un monument autrichien ?uvre d'un architecte polonais), d'où des tramways mènent au centre-ville (environ 2,5km).

 

Photos : LPJV / 1- e, 2- , 3- , 4-

 

 

 

lepetitjournal.com varsovie
Publié le 9 juin 2013, mis à jour le 9 juin 2013
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