Tandis que L'Oréal se retrouve au centre de l'actualité en France, une PME espagnole, Favidema, s'est récemment retournée contre le groupe français, pour des raisons purement commerciales. Après plus de 50 ans de collaboration, le fabricant de cosmétiques a en effet stoppé toute sous-traitance avec cette entreprise madrilène, condamnée à la fermeture. C'est ce qu'a révélé Le Monde Diplomatique, dans un article publié début juillet
"L'Oréal et Favidema c'était plus de 50 ans de collaboration : en tant que décorateur de l'ensemble des flacons de parfum, puis en tant que sous-traitant de produits cosmétiques et parfums. Tout au long de ces années, une relation de confiance basée sur la proximité s'est établie entre les deux entreprises", explique-t-on depuis Favidema, à Madrid.
Mais, lorsqu'en 2009, L'Oréal envisage de fermer son site d'Albesa (usine de produits de maquillage dans la proximité de Madrid), dont la production devait être rapatriée en France, le sous-traitant espagnol voit son carnet de commandes se vider brutalement. Favidema se retrouve pour la première fois cette même année avec un déficit de 700.000 euros, "imputables à 100% à l'Oréal '', selon la même source. Contacté par nos soins, L'Oréal réplique : "Albesa est devenue un client de Favidema en 2001, seulement sur l'axe sous-traitance".
L'affaire a été ébruitée par Le Monde diplomatique, qui indiquait le 2 juillet dernier que Favidema était mis au bord de la faillite "par l'arrêt brutal de relations contractuelles".
La pilule a du mal à passer
"Favidema a demandé à la direction générale de L'Oréal de lui laisser du moins deux ans d'activité afin de lui permettre de survivre à la crise, d'amortir ses investissements et de chercher de nouveaux partenaires", souligne le sous-traitant. Mais le fabricant de produits de beauté, arguant de la crise, n'aurait pas donné suite à la demande. Chez Favidema, où plus de la moitié du personnel travaillait pour le groupe français, la pilule a du mal à passer : "Le personnel a fait preuve d'efforts et d'abnégation : travail le week-end, la nuit, les jours fériés, report des congés annuels... Afin de privilégier la flexibilité des horaires de travail pour aider L'Oréal. Par ailleurs, Favidema a toujours été aux côtés de L'Oréal, en faisant des efforts d'adaptation et en n'hésitant pas à engager des investissements, pour pouvoir répondre à ses demandes", rappelle-t-on. L'Oréal répond : "[Nous avons] respecté absolument toutes [nos] obligations découlant du contrat jusqu'au moment de sa finalisation".
"Nous considérons avoir été parfaitement loyaux"
Fin juin, Favidema a annoncé la fermeture de l'entreprise. Les 84 employés, avec une moyenne d'âge de 45 ans, sous le choc, ont manifesté dans Madrid, sans succès. La direction a quant à elle porté l'affaire devant les tribunaux, reprochant à L'Oréal d'avoir rompu abusivement la relation commerciale. Le tribunal de grande instance d'Alcobendas, suite à l'audience tenue le 17 juin, a rendu à la fin du mois sa sentence : le juge a donné raison a L'Oréal, en se basant sur les teneurs du contrat qui unissait les deux entreprises. Déboutée, l'entreprise Favidema a fait appel. En période de consultation et de négociation avec les syndicats et le comité d'entreprise, Favidema attend l'accord de l'administration pour la fermeture définitive. Laura Latorre, responsable de la communication chez L'Oréal conclut pour sa part : "Nous considérons avoir été parfaitement loyaux vis-à-vis de Favidema et le tribunal a d'ailleurs relevé dans son jugement la qualité du comportement de L'Oréal vis-à-vis de ses fournisseurs à l'issue de la décision de fermeture du site industriel ''.
Vincent GARNIER (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mercredi 21 juillet 2010







