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ADOLFO BLANCO - "L'industrie espagnole du cinéma doit s'inspirer de ce qui se fait en France"

Écrit par Lepetitjournal Valence
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 21 novembre 2012

Adolfo Blanco est un des fondateurs d´A Contracorriente, l´une des maisons de distribution les plus cohérentes et dynamiques du panorama cinématographique espagnol. Etablie à Barcelone, elle a pour but de montrer un cinéma sensible et de qualité. A Contracorriente occupe une position privilégiée dans le cinéma européen et en particulier français. Grâce à ses responsables, nous avons pu voir en Espagne, Intouchables, le plus grand succès cinématographique de l´année dans le monde. Mais, ce n´est pas tout. D´ici peu, Adolfo Blanco nous prépare de belles surprises

lepetitjournal.com : "Intouchables" représentera la France aux Oscars. Selon la presse américaine, le film figure parmi les favoris du Meilleur film étranger. Quel est votre pronostique ?
Adolfo Blanco (Photo lepetitjournal.com) : Je considère que l´Oscar est déjà gagné compte tenu des millions de spectateurs qui ont vu le film dans le monde. D´habitude, les prix sont imprévisibles. C´est sans doute un des meilleurs films fait dans le monde entier mais, je ne sais pas? Quelques fois, ceux qui donnent les prix ont d´autres valeurs. Par exemple, ils peuvent se dire : "Donnons le prix à un film qui n´ait pas eu autant de succès". Intouchables arrive un peu tard, un an et demi après sa sortie au festival de Saint-Sébastien de 2011. Je ne sais pas si ce facteur pourrait lui porter préjudice mais pour moi, c´est le meilleur film de l´année. Il devrait, d´ailleurs, se présenter comme le meilleur film de l´année et pas seulement dans la modalité de film étranger. François Cluzet et Omar Sy devraient être nommés pour l´Oscar au meilleur acteur.

Comment est né A Contracorriente ?
L´entreprise est née il y a quatre ans. C´est un "spin off" de Notrofilms, une autre société. L´équipe actuelle d´A Contracorriente était déjà ensemble chez Notrofilms, fondée en 2003. Postérieurement, nous avons été achetés par un groupe qui s´appelle Vertice 360, d´où nous sommes sortis pour créer A Contracorriente et avec l´idée d´importer des films ayant une orientation très concrète.

Vous êtes un des plus grands importateurs de cinéma français en Espagne. D´où naît cette "vocation" ? Est-ce un hasard ?
Le hasard n´existe pas. Quand nous avons commencé notre projet, nous avons visé du cinéma européen de type commercial et il se trouve qu´aujourd´hui le cinéma européen commercial est en train de se faire en France, fondamentalement. Il est donc normal que le cinéma français soit très important dans notre orientation. Je pense que la cinématographie la plus puissante et la plus proche du public est précisément la française. De plus, je crois que le cinéma français possède un style à la fois très personnel et élégant. C´est un cinéma qui a de la classe et de la personnalité avec une énorme capacité de connecter avec le public latin. Pour certains publics plus urbains et adultes des grandes villes d´Espagne, ce cinéma français est très proche. Je crois que c´est normal que ça soit beaucoup plus facile pour les Espagnols de connecter avec un film commercial français qu´avec un film commercial scandinave, que nous avons, par ailleurs, aussi eu dans notre catalogue.

Comment voyez-vous les industries cinématographiques espagnole et française ?
Je crois que l´industrie cinématographique espagnole doit se réinventer. Il faut oublier ce qu´elle a été et regarder comment on fait dans d´autres pays, comme par exemple, en France. Il faut analyser l´industrie cinématographique française et voir comment elle a été capable de s´approcher autant du public, non seulement du point de vue de la manière de travailler, de l´attitude, du talent mais aussi en tant qu´industrie qui a su mettre à disposition des distributeurs des outils de marketing. En Espagne, nous avons provoqué, entre tous, que les gens perçoivent le cinéma comme quelque chose de peu attirant et trop cher, ce qui a empiré, de plus, avec la hausse de l´IVA (Impôt sur la valeur ajoutée). Mais, du moment que cela est un fait, une réalité, ça ne sert à rien de se lamenter. Je pense que le gouvernement est conscient qu´il faudrait baisser l´IVA mais il ne peut pas le faire maintenant. Alors, pourquoi perdre le temps ? Chaque fois qu´on dit aux média que le cinéma est cher à cause de la hausse de l´IVA, nous lançons ce message au spectateur: "Ne va pas au cinéma car il est très cher ! " C´est absurde !

Y a-t-il a des différences entre le cinéma qui est fait en Catalogne et celui du reste de l´Espagne ?
Non. Je pense que chaque cinématographie en Espagne a son identité, sa personnalité, mais je ne crois pas qu´il y ait une différence qualitative. De fait, il y a des films comme "Blancanieves" ("Blanche neige") où le talent de beaucoup de professionnels du cinéma de différentes régions d´Espagne s´est fusionné pour créer un film qui est en même temps catalan, profondément  andalou et  a, de plus, un réalisateur basque. C´est un produit 100% espagnol ! Non, franchement, je ne crois pas qu´on fasse un meilleur cinéma dans une région ou une autre. C´est assez équilibré : vous pouvez trouver de très bons acteurs ou réalisateurs partout en Espagne.

Est-ce qu´il y a un rapprochement particulier entre le cinéma catalan et le français ?
Oui, il se peut qu´il y ait un rapprochement particulier. La langue catalane est très proche de la française et nous sommes voisins. D´ailleurs, le cinéma français est très apprécié depuis beaucoup d´années à Barcelone. Il est vrai qu´il peut y avoir un petit peu plus de rapprochement culturel entre la Catalogne et la France qu´entre d´autres  régions et la France. Mais je tiens à préciser que le voisinage culturel entre la Catalogne et le reste des régions espagnoles est beaucoup plus important qu´entre la Catalogne et la France. Si on cherche la région d´Espagne ayant le plus de points communs avec la France, alors d'accord, on trouve la Catalogne plutôt que l´Andalousie ou les Canaries.

Parlez-nous de vos prochains film qui vont sortir d´ici peu dans les salles...
"Le Festin de Babette" : c´est un film qui n´a pas vieilli. Il a vingt-cinq ans et maintenant, avec la copie restaurée, la qualité de la projection va être meilleure. Il y a une génération de spectateurs qui étaient trop jeunes il y a vingt-cinq ans et qui vont être conseillés par un public plus adulte qui l´a déjà vu. Mais, en plus, il se peut que ce public plus adulte ait vu le film dans le passé avec quelqu´un qui ne soit pas la personne qui partage leur vie maintenant. Ce spectateur peut bien vouloir revoir le film avec la personne qui l´accompagne actuellement. En attendant la sortie, nous avons aussi "Fly me to the moon" de Pascal Chaumeil, un très bon film, dans le style de "L´arnacoeur" (du même réalisateur) qui va devenir le film français le plus important de l´année. En France, il sort avec 700 copies ! La vedette Dany Boon est le protagoniste. Je crois fermement en ce film.

Quelques grands succès d´A contracorriente:
"L´arnacoeur", 2010 ("Los seductores"): Comédie romantique réalisée par Pascal Chaumeil qui remporta un grand succès de public en France et en Espagne. Editée en DVD.
"Les petits mouchoirs", 2010 ("Pequeñas mentiras sin importancia"): Comédie dramatique réalisée par Guillaume Canet, qui est aussi acteur et producteur. Ce fut également un énorme succès de public. Disponible en DVD.
"Intouchables", 2011: Le plus grand succès commercial du cinéma français à l´étranger. Il vient de sortir en DVD-Blu ray (voir l´article du Petitjournal.com sur l´hommage de l´Ambassade de France à Olivier Nakache et Eric Toledano, réalisateurs du film).
"Monsieur Lazhar", 2011 ("Profesor Lazhar"): Ce superbe film québécois, dirigé par Philippe Falardeau est une réflexion sur l´ éducation et la tolérance. Il sortira en DVD, en Espagne, à Noël.
"La Délicatesse", 2011 (La delicadeza): Comédie réalisée par les frères Foenkinos et interprétée par Audrey Tautou qui sortira, de même, en DVD à Noël.
"L´Italien", 2010 ("Quiero ser italiano"): Kad Merad interprète une histoire amusante sur les problèmes d´identité des immigrants en France. En DVD à Noël.

Films d´A contracorriente qui vont sortir prochainement:

"Le festin de Babette", 1987 ("El festín de Babette"). Ce film danois, inspiré d´une nouvelle de Karen Blixen, sort à nouveau sur les écrans espagnols, avec une copie restaurée. Vainqueur de l´Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1988, il est interprété par Stéphane Audran (muse de son mari Claude Chabrol). Un film exceptionnel où la gastronomie française tient une place clé. A ne pas rater. Il sort à Madrid le 16 novembre.
"Comme un Chef", 2012 ("El Chef"): Une comédie très amusante de Daniel Cohen avec Jean Reno (acteur d´origine espagnole, dont son vrai nom est Juan Moreno) et Michaël Young qui aborde avec ironie le sujet de la haute cuisine et des chefs étoilés. Au cinéma, le 5 décembre.


Carmen PINEDA (www.lepetitjournal.com - Espagne) Vendredi 2 novembre 2012
Collaboratrice comme critique de cinéma dans plusieurs magazines : "Estrenos", "Interfilms" et "Cinerama". Envoyée spéciale à des festivals de cinéma en France pour les journaux "Diario 16" et "El Mundo". Jury du Prix du CEC (Círculo de Escritores Cinematográficos) au Festival international de Cinéma de Madrid (1997). Actuellement membre du CEC et critique dans cinecritic.biz et lepetitjournal.com

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Publié le 2 novembre 2012, mis à jour le 21 novembre 2012
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