Lundi 20 septembre 2021

INTERVIEW - Michel Thiriet et la révolution

Par Lepetitjournal Tunis | Publié le 11/01/2012 à 00:00 | Mis à jour le 05/01/2018 à 08:30

Retraité militaire, Michel Thiriet s'est installé en Tunisie en 2004, après avoir été contacté par un grand groupe hôtelier, intéressé par son cursus et sa grande expérience du management. Après cette collaboration, il a opté pour l'autonomie et a créé sa société de consulting orientée conseil aux voyageurs ainsi qu'aux professionnels ou particuliers désirant s'installer en Tunisie

Lepetitjournal.com - Comment avez vous vécu les 29 jours de la révolution ?

Michel Thiriet : Après une courte phase d'observation, il m'est apparu clairement que la Tunisie se positionnait, par l'action de son peuple, vers un tournant de son histoire.

La place privilégiée de résident en Tunisie, associée aux contacts établis au cours des 7 années passées dans ce pays, m'ont permis de suivre avec un grand intérêt l'évolution de la situation, en comprenant l'inéluctabilité de l'issue.

J'ai eu alors une forte prise de conscience : j'étais en train de vivre un moment exceptionnel, excitant et historique du pays dans lequel je résidais, et j'ai ressenti de fortes émotions, me sentant encore plus proche de la Tunisie que par les années passées.

Quand avez-vous compris que la révolution était inéluctable ?

Fin décembre, le mouvement qui s'était enclenché ne pouvait plus faire raisonnablement machine arrière. Quand, au 21e siècle, un Chef d'Etat fait tirer sur son peuple le point de non retour est franchi.

Comment avez vous appris la fuite de Ben Ali, et quelle a été votre réaction ?


Après le discours du 13 janvier, il était clair qu'il n'y avait plus au niveau du pouvoir de position de rechange et d'alternative, d'autant plus qu'il n'annonça aucune mesure répondant aux attentes de son peuple. Il est resté sur ses positions générales, solidaire de son environnement et il ne revint pas clairement sur les actions criminelles commises depuis le 17 décembre.

De plus, résidant à proximité du Palais à ce moment là, j'ai pu constater la mise en place impressionnante du dispositif de sécurité sur l'itinéraire et les carrefours donnant accès au Palais, il était évident qu'un fait marquant allait se dérouler, ceci suite au "chant du cygne du 13 janvier" ; tout indiquait donc que sa fuite était imminente.


Quel a été l'impact des changements post révolution sur votre vie quotidienne et professionnelle ?


J'ai senti globalement les gens plus libres en apparence, mais également qu'il était toujours difficile pour les Tunisiens de sortir des réflexes du passé, d'arriver à s'exprimer en public sans regarder autour de soi, sans avoir la crainte d'un regard inquisiteur ou d'une oreille indiscrète.

Ce fut pour moi une grande prise de conscience du poids des interdictions qu'ont subi deux générations, à savoir ceux nés sous l'ère Ben Ali dont l'esprit et l'attitude ont été formatés dès la naissance, et les quarantenaires qui eux ont été en quelque sorte "modelés" pour survivre à cette dictature.

Professionnellement, la fébrilité et les craintes des Européens ont provoqué la chute du tourisme qui constitue le fait le plus négatif sur les contacts et les perspectives économiques.

Comment voyez-vous l'avenir ?

Tout d'abord, pour moi la Tunisie n'a pas connu une réelle révolution, mais plutôt un mouvement de désobéissance nationale réussi.

Cette révolution n'a pas abouti pour deux raisons : le peuple n'a pas fêté la révolution et savouré sa liberté enfin gagnée. Le climat d'insécurité, de rumeurs, de règlements de compte qui a suivi le 14 janvier a entraîné une retenue alors que le peuple aurait dû faire exploser sa joie dans toutes les régions, toutes les villes et les villages, à grand renfort de chants et youyous.

Puis la vie a repris son cours normalement et très rapidement, comme s'il suffisait que Ben Ali soit parti pour que tout danger soit écarté.

Je ne veux pas être pessimiste car j'ai confiance dans le peuple tunisien. Cependant, il doit faire preuve de clairvoyance et être le gardien du respect du processus démocratique, être conscient que seule l'expression démocratique pourra permettre de modifier les pouvoirs en place, car désormais il ne peut plus agir soudé contre un clan comme il a su le faire pour gagner cette première étape vers la démocratie, mais se confronter à d'autres Tunisiens.

Le peuple tunisien est un peuple de paix qui a su dire NON et je suis certain qu'il saura rester solidaire et attentif pour parvenir au réel changement qu'il a tant attendu.


Isabelle Enault (www.lepetitjournal.com/tunis.html) mercredi 11 janvier 2012

 

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