Dimanche 19 septembre 2021

Exposition à Tokyo : Shoji, l'ombre de l'encre

Par Isabelle Vansteenkiste | Publié le 21/06/2021 à 03:14 | Mis à jour le 21/06/2021 à 03:37
Exposition SHOJI L'OMBRE DE L'ENCRE

Du 18 au 31 juin, vous pouvez découvrir l’exposition de calligraphie

Shoji, l’ombre de l’encre à Tokyo. À cette occasion, l’artiste Yukako Matsui a accepté de répondre à nos questions.

 Votre parcours en quelques mots ?

Je suis professeure de calligraphie à L’Atelier Shodô que j’ai créé il y a dix ans à Tokyo. Les débutants ou les personnes avancées de tout âge peuvent venir, c’est très libre. J’ai aussi développé une carrière artistique après des études en France. La nature, l’art et la littérature m’inspirent. J’explore de nouvelles techniques de création et réalise aussi des performances en public dans de grands musées en Europe. Après « Cliographies » qui sont des œuvres mêlant la calligraphie à l’Histoire et « Ki-graphies » — installations en lien avec les arbres — j’expose à Tokyo mes nouvelles créations dans l’exposition « Shoji, l’ombre de l’encre. » Là, je détourne le support traditionnel du shoji, simple cloison de bois et de papier japonais, en le transformant en œuvre d’art.

Yukako Matsui dans son atelier

Je ne veux pas m’enfermer dans la tradition calligraphique qui limiterait ma liberté et obligerait ceux regardant mes œuvres à toujours chercher un sens.


Junichiro Tanizaki et son « éloge de l’ombre » sont évoqués dans la présentation de l’exposition. Qu’est-ce qui vous inspire dans son œuvre et comment le traduisez-vous en calligraphie ?

Tanizaki est un de mes auteurs préférés depuis longtemps. J’aime les atmosphères qu’il arrive à créer autour de ces personnages. Ils les rattachent toujours à des lieux qui rappellent notre quotidien, mais peuvent aussi faire rêver ou intriguer. Dans « Éloge de l’ombre », les contrastes entre les lumières extérieures et intérieures m’intéressent beaucoup. Ce que les bougies révèlent dans une pièce avec une lueur ondulante me fait penser au mouvement que le pinceau exerce sur une feuille de papier washi. La feuille blanche symbolise la lumière et l’encre l’ombre. En tant qu’artiste, ce que je trace sur le papier peut être une calligraphie, mais aussi des formes qui ne sont pas des écritures. 


L’écriture cherche à donner du sens, à expliquer ou à raconter quelque chose. L’abstraction au contraire cherche à bouleverser les codes, à s’éloigner du sens pour privilégier l’émotion. Comment conciliez-vous les deux ?

Je tente de concilier les deux dans le geste. Que je calligraphie ou que je réalise une œuvre figurative ou abstraite, ma main et mon corps sont habitués à des mouvements et des techniques similaires. Mais je ne veux pas m’enfermer dans la tradition calligraphique qui limiterait ma liberté et obligerait ceux regardant mes œuvres à toujours chercher un sens. Les Japonais en voient un quand ils regardent une calligraphie. Mais si elle est déformée à l’extrême, ils n’ont plus le repère de l’idéogramme, de sa visualisation, de sa signification et de sa prononciation. Et là l’imagination l’emporte. Pour les Occidentaux une calligraphie est automatiquement abstraite s’ils ne maîtrisent pas l’écriture asiatique. Ce qui ne les empêchera pas d’apprécier la structure de l’œuvre, sa dynamique ou son rapport au plein et au vide. Le sens passera après ou même deviendra inutile, chacun pouvant ressentir des émotions sans être guidé. Quant aux formes abstraites, les personnes confrontées à l’inattendu en auront leur propre « lecture ». Ils verront avec leurs yeux ce que leur cœur ressent ou ignore.

œuvre de l'artiste yukako matsui

Nous remercions l’artiste-calligraphe pour ses réponses et espérons que certains d’entre vous auront envie de découvrir son travail.

Infos pratiques :

Du 18 au 30 juin 2021

14 h -19 h, entrée libre : visite sur réservation (limitation du nombre de personnes)

 

Lieu : Yuzumi atelier (quartier de Itabashikuyakusho -mae)

Site : http://yukakomatsui.com/fr/actualites/ 

Station de métro : Itabashi kuyakusho-mae sur la ligne Mita (10 min à pied) 

Gare :  Jûjô sur la ligne Saikyô  (18 min à pied)

Contact : ateliershodo@gmail.com (précisions et adresse envoyées par retour d’inscription(s)

 

 

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Isabelle Vansteenkiste

Isabelle Vansteenkiste

Isabelle vit à Tokyo tout en exerçant comme rédactrice web, consultante SEO et journaliste (membre du FCCJ club) Passionnée de théâtre, de littérature, de musique, de cinéma, mais également de jeux vidéos, elle exerce sa plume sur tous les sujets.
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