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ELECTIONS CONSULAIRES – Questions à Matthieu Séguéla, tête de liste Solidaires au Japon

Écrit par Lepetitjournal Tokyo
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 19 mai 2014

Résident au Japon depuis 14 ans et enseignant au Lycée français international de Tokyo, Matthieu Séguéla se présente en tête de la liste Solidaires au Japon, qui met en avant sa volonté de proposer une rotation de durée égale de ses candidats dans la fonction de conseiller consulaire. LePetitJournal.com a posé aux deux têtes de listes en lice la même série de questions

De gauche à droite: Jannick Magne, Matthieu Séguéla, Florence Costa-Kageyama, Alexandre Joly, Anne Gonon et François Roussel (photo DR)

LePetitJournal.com: Pouvez-vous vous présenter brièvement ainsi que les autres membres de votre liste?
Matthieu Séguéla: Je suis enseignant au Lycée français international de Tokyo et chercheur associé à la Maison franco-japonaise. Adhérent au Parti socialiste, je préside Français du Monde-ADFE, association reconnue d'utilité publique qui ?uvre à accroître les droits de nos concitoyens, notamment au Japon.

Jannick Magne, universitaire et responsable d'Europe-Ecologie-Les Verts, est connue depuis longtemps au Japon en tant qu'ancienne présidente de l'AFFJJ (Association des Familles Franco-Japonaises au Japon) et comme animatrice des cours de français à la radio et à la télévision. Depuis le 11 mars 2011, on la connaît également pour son action sur les dangers de l'énergie nucléaire. En 2012, elle a défendu les valeurs humanistes et écologistes aux élections législatives.

Alexandre Joly, ancien instructeur et "assistant-trainer" chez Nova à Osaka, poursuit maintenant sa carrière en "freelance" à Tokyo. Européen convaincu à l'image du parti de François Bayrou dont il préside la section MoDem ici, il travaille notamment sur les questions liées à la sécurité et aux échanges économiques. Il est aussi chef d'îlot dans le cadre du Comité de sécurité de l'ambassade.

Le pluralisme politique et la diversité des engagements sont complétés par trois membres de la liste non affiliés à un parti et très appréciés pour leur investissement associatif :
Anne Gonon, chercheuse à Kyoto, représente les Français de l'Ouest. Elle est active dans Français du monde-Japon de l'Ouest dont elle a été présidente à deux reprises et dans l'ONG Amnesty International afin de participer à la défense des droits des étrangers au Japon.

François Roussel, professeur d'université, s'investit notamment pour la promotion de l'enseignement du français au Japon et comme parent d'élève pour une éducation française plus accessible et de qualité au Japon. Il a été responsable de la principale association de parents d'élèves du Lycée franco-japonais, et continue de siéger à la Commission des bourses scolaires, soucieux de justice sociale.

Enfin, Florence Costa-Kageyama, traductrice-interprète, a été présidente de l'Association des Familles franco-japonaises au Japon et poursuit ses missions au contact de nos compatriotes amoureux de ce pays. Elle connaît bien les problèmes d'éducation que rencontrent les familles binationales et reste à leur écoute afin de trouver des solutions. En tant que chef d'îlot, elle donne aussi régulièrement des conseils de sécurité aux Français de son quartier.

LePetitJournal.com: Quelles sont les caractéristiques de la liste que vous conduisez?
L'une des caractéristiques de notre liste réside dans la diversité et la pluralité des opinions qui y sont représentées. Comme je l'ai indiqué à l'instant, trois d'entre nous ont un engagement politique affirmé et connu, tandis que les trois autres ont préféré le monde associatif. Et ces trois personnes engagées politiquement représentent trois sensibilités différentes : écologiste, sociale et libérale. Beaucoup de listes allient politiques et apolitiques me répondrez-vous, et ce sont généralement les "politiques" qui occupent in fine les postes. Et bien nous, non ! Et c'est là la grande caractéristique de notre liste. Non seulement nous travaillerons tous les 6, comme nous le faisons déjà, de façon collégiale et en équipe sur toute la durée du mandat, mais surtout nous allons instaurer un système de rotation de la fonction de conseiller consulaire.
Tous les membres de la liste seront, sur les 6 années du mandat, à un moment donné titulaires de la fonction (durant un ou deux ans, cela dépendra du nombre d'élus que nous obtiendrons). C'est une innovation, voire une révolution dans le processus de représentation politique, notamment pour les scrutins de liste où il y a toujours les "notables" en position éligible et les autres qui font office de "décoration". Parce que nous savons à quel point la politique française est figée, parce que nous connaissons et respectons mutuellement la valeur de nos colistiers, nous tenions à ce qu'enfin des personnalités civiles qui ne sont pas issues des réseaux politiques puissent accéder à des fonctions d'élu(e) : voilà notre grande caractéristique !

LePetitJournal.com: Quelles sont les grandes lignes de votre programme?
L'objectif du programme de l'équipe Solidaires au Japon est d'améliorer concrètement la vie des Français au Japon, de tous les Français du Japon sans exclusive et sans exception, dans un esprit d'équité et de responsabilité. Nous l'avons établi à travers de multiples rencontres avec les Françaises et les Français du Japon. Il s'enracine aussi dans la riche expérience et la connaissance profonde du terrain de chacun-e des 6 candidats de la liste Solidaires au Japon : habitués aux responsabilités de représentants élus et au travail en partenariat avec l'Ambassade, l'administration, et nos différents relais, nous saurons efficacement défendre leurs intérêts et mettre en ?uvre notre programme. En voici les grandes lignes :

Mieux scolariser : favoriser l'accès à la langue et à l'éducation françaises
L'accès à la langue française ou à une éducation française est un droit pour chaque enfant français, y compris à l'étranger. Or au Japon, trop d'enfants français sont laissés au bord du chemin en raison d'obstacles financiers ou géographiques. Et pour beaucoup des familles scolarisant tout de même leurs enfants dans un établissement français, le coût en représente de bien trop grands sacrifices. Nous voulons rendre plus accessibles pour les enfants français la langue et l'éducation françaises. Pour cela, nous encouragerons et renforcerons les dispositifs de type "FLAM" (Français LAngue Maternelle, programmes subventionnés) ou CNED (Centre National d'Enseignement à Distance) permettant aux enfants non scolarisés dans le système français de maintenir un lien avec la langue française. Nous agirons aussi pour une modération des tarifs des écoles françaises (LFIT et EFK), et pour de meilleures bourses scolaires. Nous apporterons notre soutien au développement de l'École Française du Kansai (EFK) notamment dans la poursuite des efforts entrepris pour sa relocalisation vers un site plus adapté et plus accessible, et à la pérennisation du Centre d'enseignement de Kobe.

Soutenir ceux qui entreprennent et ceux qui travaillent
De nombreux Français, aussi bien des jeunes primo-arrivants que des personnes établies de longue date au Japon avec leur famille, souhaitant ou devant entamer une reconversion, cherchent  un stage, envisagent de démarrer ou développer une nouvelle carrière professionnelle, se lancent dans un projet d'entreprise. Mais ils sont malheureusement trop souvent confrontés à de grandes difficultés, que ce soit pour s'informer sur les conditions du marché, sur l'environnement juridique lié à la création d'entreprise, ou sur les particularismes de l'univers professionnel japonais. Nous développerons donc l'accès gratuit à l'information juridique et économique pour soutenir l'entrepreneuriat et aider ceux qui travaillent à faire valoir leurs droits. Nous repenserons le rôle du "Comité consulaire pour l'emploi et la formation professionnelle" afin de faciliter la recherche d'emploi au Japon. Nous appuierons l'amélioration du statut et des conditions de travail des personnels français employés dans des institutions françaises ou assimilées. Nous améliorerons l'accueil et l'échange d'informations pour les détenteurs de visas vacances-travail ainsi que l'intégration professionnelle durable des jeunes en VIE (Volontariat International en Entreprises) et des étudiants en séjour au Japon.

Créer une caisse de solidarité conventionnée
Nul n'est à l'abri d'un "coup dur". Tout en soutenant activement les structures existantes (qui ont chacune leur rôle à jouer), la liste Solidaires au Japon s'engage à renforcer l'entraide dans la communauté en agissant au sein du Comité consulaire pour la protection et l'action sociale, et en initiant la création d'une "caisse de solidarité conventionnée" (existant dans de nombreux pays mais pas au Japon, une telle caisse pourrait bénéficier de crédits disponibles qu'il n'est pas encore possible de solliciter faute d'initiatives en ce sens jusqu'à présent). Le budget de l'aide sociale consulaire pour les besoins ponctuels imprévisibles (familles ou individus confrontés à un soudain "accident de la vie") plafonne en effet actuellement à 3000 euros par an et ne suffit pas à répondre aux besoins : la nouvelle caisse de solidarité lui apportera un renfort salutaire.

Comité de veille sur la sécurité alimentaire et nucléaire
Afin de renforcer la protection et la sécurité des Français du Japon, nous travaillerons à la création d'un comité de veille et d'information indépendant sur la sécurité alimentaire et nucléaire. Dans le même objectif, nous maintiendrons la vigilance sur la provenance des aliments servis au LFIT. Par ailleurs, nous agirons pour une optimisation du système d'îlotage (exhaustivité et actualisation des listes) dans le cadre du Comité de sécurité.

Renouveler les pratiques démocratiques par la collégialité et la rotation des élus
Les candidats Solidaires au Japon s'engagent, à occuper chacun le poste d'élu pour une durée égale (1 an ou 2 ans selon le nombre d'élus). Par cet engagement nous voulons marquer notre volonté de renouveler la démocratie en tournant résolument le dos à une république des notables et des cumuls. Chaque personne de la liste étant ainsi appelée à siéger à tour de rôle, cette pratique innovante garantira le non-cumul dans le temps, une parité réelle, et une meilleure représentativité géographique. Nous comptons par ailleurs travailler en bonne intelligence avec le ou les élus de la liste UMP et nous leur proposerons une charte de déontologie. Nous remplirons enfin notre mandat en dialogue constant avec vous. Nous assurerons des tournées et des permanences régulières à travers le pays et nous rendrons compte régulièrement de notre mandat, en particulier lors d'une réunion publique annuelle.

Faciliter la vie des Français au Japon face à la loi et à l'administration
La liste Solidaires au Japon s'engage à faciliter les démarches administratives et à contribuer à obtenir des évolutions favorables de la législation des deux pays : défendre les droits du parent français dans les couples franco-japonais séparés ; informer et défendre les Français du Japon sur la fiscalité, la sécurité sociale, la retraite ; faciliter l'inscription consulaire notamment des jeunes majeurs (réduction du nombre de documents exigés) ; mieux encadrer l'usage des adresses e-mail confiées à l'administration consulaire. Enfin, parce qu'une communauté unie est une communauté heureuse, nous soutiendrons la vie associative et les manifestations conviviales gratuites favorisant le renforcement des liens entre Français du Japon. Nous ?uvrerons pour la mise à disposition gratuite pour les associations de salles dans les structures françaises et assimilées (Institut français, Lycée?) (principe de "Maison des associations") et nous travaillerons au rétablissement d'un 14 juillet populaire ouvert à tous à l'Ambassade.

LePetitJournal.com: Si vous êtes élu, comment voyez-vous votre mandat de conseiller consulaire?
Notre liste a la particularité d'être collégiale. Nous nous sommes tous les six engagés à remplir le mandat de conseiller à tour de rôle pour des durées égales. Au cours des six années du mandat, ceux d'entre nous qui ne seront pas encore conseillers - ou qui auront passé le relais du mandat - continueront d'apporter leur soutien collégialement aux conseillers en titre. Ainsi gagnerons-nous  en efficacité, en étant plus à l'écoute de nos compatriotes, plus performants dans nos interventions. Chacun de nous remplira bien sûr le rôle assigné aux conseillers : assister aux nombreux comités et commissions consulaires où nous serons consultés à propos de la protection sociale, l'apprentissage, l'enseignement français, mais aussi la sécurité des Français établis ici ; formuler des avis sur les questions consulaires et d'intérêt général, notamment culturel, économique et social, concernant les Français du Japon ; aider nos compatriotes quelles que soient leurs origines, leur profession, leur situation familiale ou personnelle. Outre cet engagement, nous apporterons notre touche particulière en proposant la création d'un comité indépendant de veille et d'information sur la sécurité alimentaire et nucléaire. L'information sur les conséquences de la catastrophe de Fukushima doit être claire, fiable et régulière. Les risques liés à cet accident toujours en cours, au redémarrage éventuel des réacteurs à travers le Japon, à la contamination des sols, de l'eau et des aliments, au traitement des déchets et déblais radioactifs, préoccupent la grande majorité de nos compatriotes. L'information doit provenir de sources variées et fiables :  ONG, municipalités,  intervenants qui travaillent sur le terrain y ont toute leur place. Minimiser les risques et ignorer les inquiétudes légitimes ne permet pas de se sentir en sécurité.

LePetitJournal.com: Quelles sont vos motivations, pourquoi cet engagement?
Nos motivations sont variées et j'aimerais prendre l'exemple de Florence Costa-Kageyama : dans la continuité de son expérience de Présidente de l'AFFJJ (l'Association des Familles Franco-Japonaises au Japon), elle voudrait poursuivre son action d'aide aux familles, notamment binationales, pour leur plus grand bien-être. Étant mère de trois enfants franco-japonais (une fille au lycée français LFIT et deux fils dans un collège japonais), elle connaît bien les problèmes du bilinguisme rencontrés au quotidien et les solutions qui s'y appliquent. Elle continue à être sollicitée régulièrement par les familles qui s'interrogent sur quel système scolaire choisir, ou veulent savoir comment réussir à maintenir un bon niveau de français pour leurs enfants qui ont choisi le système japonais par exemple, ou quelle méthode de français choisir (le CNED ou autre) afin d'obtenir un bon niveau de français écrit. Son axe prioritaire est donc l'éducation, afin d'aider les familles à trouver le système éducatif qui corresponde le mieux à leurs enfants, leurs besoins, leur personnalité. Étant également chef d'îlot, elle maintient un lien étroit avec les compatriotes de son quartier, pour leur assurer la meilleure information possible en matière de sécurité en cas de sinistre majeur, leur donner des conseils, résoudre les problèmes rencontrés. Pendant les six ans du mandat, elle tient donc à poursuivre son action associative et bénévole telle qu'elle l'a menée déjà durant de nombreuses années, mais à un niveau supérieur : auprès des autorités consulaires, du gouvernement et des parlementaires. Sans être personnellement engagée politiquement, elle travaillera avec nos colistiers en symbiose, afin que le monde associatif et les milieux politiques se conjuguent en toute harmonie.

LePetitJournal.com: Pourquoi selon vous les électeurs devraient-ils se déplacer pour aller voter?
Sur cet enjeu de la participation, je partage l'analyse d'Anne Gonon qui est sensible à la question de la dispersion de la communauté française. En effet, elle dirige actuellement la section de l'ADFE du Japon de l'Ouest, dont les membres sont installés dans plusieurs villes éloignées des grands centres que sont Osaka et Kyoto. Pourquoi se déplacer pour voter ? Ou plutôt pourquoi voter, puisque de nombreux Français habitent loin des centres de vote ? Plusieurs raisons viennent immédiatement à l'esprit: voter aux élections du 25 mai 2014 est un acte qui nous inscrit dans le monde commun, qui marque notre appartenance à la communauté française vivant au Japon, partageant avec les autres Français le souci de parler sa propre langue, des liens professionnels ou amicaux. Il nous offre l'occasion de décider du destin de notre communauté, de la forme et des valeurs qu'on veut y faire vivre, en élisant, non pas des politiciens aguerris, mais des semblables issus de la vie associative. Car cette élection consacre la naissance d'une forme inédite de démocratie, la démocratie participative. Beaucoup d'entre nous, qu'ils vivent depuis longtemps ou plus récemment au Japon, sont naturellement tentés par une immersion dans la société japonaise qui passe par une coupure avec la vie politique française. Or, il ne faut jamais oublier que quel que soit ce degré d'immersion, nous restons tous des citoyens français, et que nous dépendons toujours des lois françaises. Voter c'est donc simplement défendre ses droits et avoir en partie la maîtrise de ses obligations. Exercer ce droit nous offre la possibilité de faire entendre notre voix propre, dans laquelle s'expriment nos valeurs et nos espoirs pour le monde en construction. Ne pas exercer le droit de vote est toujours un acte porteur de dangers ainsi que l'histoire nous l'a enseigné, les droits étant toujours susceptibles de disparaître quand ils ne sont pas exercés.
Propos recueillis par Quentin Weinsanto (http://www.lepetitjournal.com/tokyo) mardi 20 mai 2014

Voir aussi:
Blog:
http://solidairesaujapon.com/
Facebook: Solidaires au Japon
Twitter: @SolidairesJapon

Prochaines réunions d'information:
Kanagawa-ken, le mardi 20 mai (19h - 22h)
Yokohama, le mercredi 21 (18h - 21h)
Saitama-ken, le jeudi 22 mai (18h - 22h )
Iidabashi, le vendredi 23 mai (18h - 21h)

Plus d'infos: contacter solidairesaujapon@gmail.com

logofbtokyo
Publié le 19 avril 2014, mis à jour le 19 mai 2014
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