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Quand l’humour français débarque à Tokyo : les coulisses du « Dîner de Cons »

À l’occasion de la première représentation en français à Tokyo du « Dîner de Cons », célèbre comédie de Francis Veber mise en scène par Victor Le Lorier, Le Petit Journal de Tokyo a rencontré sa productrice, Hiromi Komorita.

une pièce de theatre à tokyo une pièce de theatre à tokyo
Écrit par Bruno Chapiron
Publié le 20 mai 2026, mis à jour le 21 mai 2026

 

Une œuvre culte française interprétée au cœur de Tokyo, portée par une équipe internationale et une énergie profondément humaine. Une invitation à découvrir ou redécouvrir ce classique du théâtre de boulevard, un imbroglio subtil et grinçant qui remplit pleinement sa promesse : divertir et faire rire aux éclats.

 

- Bonjour Hiromi Komorita, quel est votre parcours ?

Je suis une actrice multilingue originaire de Tokyo. J’ai été formée aux États-Unis puis en France, et j’ai travaillé quelque temps comme comédienne à Paris avant de rentrer à Tokyo il y a trois ans. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Thomas, qui dirige Impro Tokyo, un atelier d’improvisation en français. J’avais déjà suivi quelques cours d’improvisation auparavant, mais c’était la première fois que je m’y investissais sérieusement. Depuis deux ans, je pratique et joue régulièrement dans des spectacles d’improvisation, et aujourd’hui Impro Tokyo est devenu pour moi une véritable famille artistique.

Quant à mon parcours de productrice, il s’agit de ma toute première production théâtrale. Je n’aurais jamais imaginé me retrouver un jour de l’autre côté du plateau. Mais parfois, lorsqu’il y a un spectacle qu’on estime absolument nécessaire de voir exister, et que personne ne le produit à votre place… il ne reste plus qu’à le faire soi-même !

 

 

diner de cons

 

 

- Où avez-vous appris le français ?

J’ai commencé à apprendre le français lorsque je me suis installée à Paris pour intégrer une école de théâtre. Le cursus était en anglais, donc je n’ai pas appris la langue directement à l’école. En revanche, en dehors des cours, je me suis plongée dans des environnements francophones : je cherchais des partenaires d'échange linguistique, je suivais des cours de théâtre supplémentaires en français, je passais des auditions en français… Bref, je me suis un peu forcée à vivre en immersion totale.

Et puis, la famille de mon mari est française, donc les vacances en famille ont aussi été une sorte de stage intensif très efficace !

 

 

- Comment avez-vous découvert Francis Veber ?

Dès que mon niveau de français est devenu suffisant pour lire des livres en version originale, mon mari n’a cessé de me dire : « Il faut absolument lire Le Dîner de Cons ! »

 

- Pourquoi avoir choisi Le Dîner de Cons pour cette nouvelle production à Tokyo ?

Lorsque j’ai découvert la pièce, j’ai immédiatement été séduite par la qualité de l’écriture, l’humour et l’efficacité du rythme. Mais ce qui a vraiment été décisif, c’est que j’ai tout de suite pu imaginer certains membres clés d’Impro Tokyo dans des rôles précis.

Dans notre troupe d’improvisation, nous avons tous des personnalités très marquées, et d’une manière assez troublante, les personnages du Dîner de Cons correspondaient parfaitement à certains d’entre nous. Je le dis avec beaucoup d’affection, même si l’on parle ici de « cons » !

Après tant de spectacles improvisés ensemble, je savais que nous avions exactement la confiance, la complicité et l’alchimie nécessaires pour nous attaquer à un tel chef-d’œuvre.

 

 

- Qu’est-ce qui vous plaît personnellement dans cette œuvre ?

Cette pièce possède une capacité remarquable à faire avancer l’intrigue tout en provoquant constamment le rire. Ce n’est pas simplement une succession de dialogues drôles : chaque réplique apporte de la profondeur aux personnages et enrichit l’histoire. C’est ce qui donne à la pièce cette sensation de montagnes russes. Dès le début, on reste suspendu à ce qui va arriver ensuite, en se demandant comment Pierre va réussir à se sortir du chaos monumental dans lequel il s’est lui-même enfermé.

 

 

- L’humour français est parfois très spécifique. Était-ce un défi de le rendre accessible au public japonais ? 

Oui, absolument. Le défi a été réel, notamment parce que l’humour de cette pièce repose énormément sur des références culturelles et linguistiques françaises.

Heureusement, nous avons la chance de travailler avec une merveilleuse traductrice pour les surtitres japonais, Atsuko, qui assiste à chaque répétition. Elle observe les scènes avec nous et ajuste chaque ligne afin que le texte soit le plus naturel possible en japonais, tout en restant suffisamment fluide et concis pour que le public puisse suivre à la fois les surtitres et le jeu des comédiens sur scène.

 

 

- Avez-vous dû adapter certains éléments ou avez-vous fait le choix de rester fidèle à l’original ? 

Nous avons envisagé, à un moment, de transposer l’histoire autour d’un couple franco-japonais vivant à Tokyo. Mais nous avons vite compris que cela impliquerait de réécrire presque tous les dialogues et de modifier profondément les mécanismes de la pièce, au risque de trahir l’œuvre originale.

Nous avons donc choisi de rester fidèles à l’original. En revanche… Il est possible que vous retrouviez quelques inspirations franco-japonaises dans notre scénographie !

 

 

- Comment le public japonais réagit-il en général à ce type de comédie ? 

Nous allons justement le découvrir, puisque ce sera la toute première fois que Le Dîner de Cons sera joué au Japon dans sa langue originale ! 

 

 

diner de cons

 

 

- Pourquoi avoir fait le choix de jouer la pièce en français, avec sous titres japonais ?

Avec Impro Tokyo, nous avons déjà présenté près d’une dizaine de spectacles d’improvisation en français, et nous avons vu le public francophone s’élargir au fil des années. En voyant autant de spectateurs passionnés par le théâtre, nous nous sommes dit qu’il y avait peut-être encore davantage de personnes à toucher. Et quelle meilleure œuvre que « Le Dîner de Cons » pour rassembler ce public ?

Mais l’identité d’Impro Tokyo repose aussi sur son ouverture au public japonais et aux improvisateurs japonais qui apprennent français. Il était donc essentiel pour nous d’intégrer des surtitres japonais afin de continuer à développer cette expérience franco-japonaise unique.

 

- Pouvez-vous nous parler de votre vision pour cette mise en scène ? 

On est tous le con de quelqu'un. La pièce de Veber en est une magnifique illustration. Mais derrière la comédie à l'écriture ciselée, se cache une satire sociale où les jeux de pouvoir alimentent les situations et les quiproquos. Dans cette valse effrénée, les personnages sont tour à tour touchants, hilarants, magnifiques, ou pathétiques. Et chacun peut prétendre au titre de con.

 

- Quel a été le plus grand défi dans la préparation de ce spectacle ?

Avec le recul, je pense que le plus grand défi a été, dès le départ, de trouver la bonne distribution. Comme il s’agit avant tout d’une pièce d’ensemble, il fallait réunir des acteurs capables de créer une véritable confiance et une forte complicité entre eux. Même si j'avais déjà quelques comédiens d'Impro Tokyo en tête, pour une pièce comptant sept personnages, il nous fallait tout de même trouver de nouveaux comédiens pour se joindre à nous.

Même si Pierre et François sont les rôles principaux, il n’y a pas de “petit rôle” dans cette pièce. Chaque personnage apporte exactement l’étincelle supplémentaire nécessaire pour nourrir le chaos et faire fonctionner cette mécanique comique.

Finalement, nous avons consacré près de deux mois au casting, bien plus longtemps que prévu, simplement parce que nous voulions absolument réussir cette étape essentielle.

 

 

- Qu’aimeriez-vous que les spectateurs ressentent en sortant de la salle ?

J’aimerais qu’ils ressortent le cœur plus léger, rafraîchis par le rire après une longue journée, et qu’ils passent un moment agréable et divertissant. Au-delà du rire, qu’ils puissent aussi ressentir toute la passion, l’énergie et l’amour que l’équipe a mis dans ce projet ces cinq derniers mois, voire depuis près d’un an pour l’équipe de production, et retrouver tout le dynamisme du théâtre vivant.

 

 

- Si vous deviez résumer la pièce en une phrase, que diriez-vous ?

D’une manière inattendue, vous pourriez bien tirer une belle leçon d’humanité du plus grand “con” que vous n’ayez jamais rencontré… et oui, ces deux choses peuvent parfaitement coexister.

 

 

- Pourquoi recommanderiez-vous ce spectacle à quelqu’un qui hésite à venir ? 

Parce qu’il ne s’agit pas seulement de voir une pièce célèbre, il s’agit de vivre une rencontre rare : une œuvre culte française interprétée au cœur de Tokyo, portée par une équipe internationale et une énergie profondément humaine. Venez vivre un moment unique avec nous !

 

Plus d’informations :

Le Dîner de Cons de Francis Veber
Production : Hiromi Komorita
Mise en scène : Victor Le Lorier

Avec Thomas Sagnard, Nikita Noah, Emmanuel Delpuech et Marion Albertier

Représentations
(en français avec surtitres japonais)

  • 4 juin (jeudi) à 19h00 
  • 5 juin (vendredi) à 19h00 
  • 6 juin (samedi) à 19h00 
  • 7 juin (dimanche) à 15h00 

Lieu
Théâtre Zatsuyu
3-8-8 Shinjuku, Shinjuku-ku, Tokyo 160-0022
Accès : métro Shinjuku-sanchōme

Billetterie
https://fienta.com/fr/le-diner-de-cons

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Publié le 21 mai 2026, mis à jour le 21 mai 2026
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