La question 14 du "self-rating driving assessment test" demande : « Je n’ai pas beaucoup confiance en mes capacités de conduite. » Et, chose assez déroutante, la réponse attendue est bien : « Je n’ai pas confiance ». Pourquoi considérer comme positive une réponse qui, en France et ailleurs, pourrait plutôt être interprétée comme un manque d’assurance ?


Au Japon, ne pas se surestimer est une qualité
La logique est d’abord celle de la sécurité routière : un conducteur qui se croit excellent peut avoir davantage tendance à prendre des risques. À l’inverse, celui qui connaît ses limites sera plus susceptible de ralentir, de garder ses distances ou de renoncer à une manœuvre hasardeuse.
Mais cette question fait aussi écho à une attitude plus largement valorisée au Japon : la modestie.
Dans de nombreuses situations, afficher ses qualités ou affirmer ouvertement que l’on est particulièrement compétent peut être considéré comme prétentieux. À l’inverse, minimiser ses mérites ou répondre « je ne suis pas si doué » est une manière de ne pas se placer au-dessus des autres.
La réussite, oui. L’autocélébration, beaucoup moins
On retrouve cette attitude dans des situations très quotidiennes.
Recevoir un compliment, par exemple, ne conduit pas forcément à répondre simplement « merci ». Il est fréquent de minimiser sa réussite ou son talent. À l’école, un excellent élève ne va pas se présenter comme « le meilleur ». Au travail, lorsqu’un projet est réussi, on peut mettre en avant le travail de l’équipe plutôt que son propre rôle.
Même lorsqu’on offre un cadeau, une formule très courante consiste à dire qu’il ne s’agit que de « quelque chose de modeste », même lorsque l’on a choisi le cadeau avec beaucoup de soin.
La réussite n’est donc pas mal vue. C’est son affichage qui peut l’être.
« Connais ta valeur, mais ne la mets pas trop en avant »
En France, ou plus encore aux Etats-Unis, on apprend volontiers aux enfants à avoir confiance en eux : « Crois en toi », « sache reconnaître tes qualités », « ose te vendre ».
Au Japon, le message peut être légèrement différent : « Connais ta valeur, mais ne la mets pas trop en avant. »
Cela ne signifie évidemment pas que les Japonais ont moins confiance en eux. La modestie peut être une manière de se comporter avec les autres, et non le reflet de ce que l’on pense réellement de soi.
La confiance en soi passe aussi par la connaissance de ses limites. La question 14 du permis japonais résume finalement assez bien cette philosophie : le bon conducteur n’est pas celui qui pense qu’il maîtrise tout, mais celui qui sait qu’il peut se tromper.
Et cette petite question pose une question beaucoup plus vaste : faut-il vraiment se montrer sûr de soi pour avoir confiance en soi ?
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