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CULTURE - "Solaris", un opéra japonais en création mondiale à Paris

Écrit par Lepetitjournal Tokyo
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 janvier 2018

 

Deux Japonais, le chorégraphe mondialement connu Saburo Teshigawara et le compositeur Dai Fujikura ont entrepris de ressusciter sur une scène d'opéra le climat étrange du roman culte de Stanislas Lem "Solaris", en création mondiale au Théâtre des Champs-Elysées à Paris

Le Théâtre des Champs-Elysées, fameux pour avoir créé le révolutionnaire "Sacre du Printemps" de Stravinsky chorégraphié par Nijinski en 1913, renoue avec la création. L'opéra en première mondiale à Paris sera donné à Lille en mars et à Lausanne en avril. Des discussions sont en cours avec d'autres maisons mondiales, notamment à Londres. "Solaris" est le roman le plus célèbre du maître polonais de la littérature de science-fiction. Il a été porté à l'écran dans un film culte par le Russe Andreï Tarkovski, et plus récemment par l'Américain Steven Soderbergh.  "Je suis attiré par cette histoire depuis des années", a confié le compositeur Dai Fujikura, 37 ans. "Je ne l'ai jamais considérée comme une oeuvre de science-fiction, mais plutôt comme une plongée dans l'étrangeté qui est à l'intérieur de chacun de nous". C'est cette étrangeté qui a inspiré le compositeur, connu pour son travail sur la "spatialisation", destinée à immerger le public dans la matière du son, comme on le ferait au cinéma dans une salle obscure. Le roman imagine l'existence de Solaris, une planète dont la surface est entièrement recouverte par un océan. Cette immensité possède une forme avancée d'intelligence extra-terrestre. Pas de petits hommes verts dans "Solaris", mais une intelligence mystérieuse qui agit "en miroir" de l'esprit humain: la planète envoie aux hommes présents à sa surface dans une station d'observation d'étranges "visiteurs", qui ne sont autres que des émanations de leur propre mémoire. Ainsi le scientifique Kris Kelvin est-il confronté sur Solaris à Hari, sa femme morte depuis des années, sorte d'avatar créé de toute pièce par la planète à partir de sa mémoire, voire de son inconscient.

Electro-acoustique
Pour incarner les personnages, Kelvin, son ex-femme Hari, Snaut et Gibarian, deux scientifiques à bord de la station qui surveille Solaris, l'opéra recourt à des "duos": un chanteur et un danseur. Les spectateurs feront connaissance avec la planète en images vidéo 3 D, qu'ils verront équipés de lunettes pendant les quinze premières minutes du spectacle. Sur scène, cinq chanteurs rompus au répertoire contemporain et cinq danseurs de haut vol: Rihoko Sato, interprète fétiche de Saburo, le chorégraphe et danseur tchèque Vaclav Kunes, assistant de Jiri Kylian, Saburo Teshigawara lui-même et Nicolas Le Riche. L'ancienne étoile du ballet de l'Opéra de Paris cultive une amitié profonde avec Saburo Teshigawara, dont il a dansé en octobre 2013 la pièce "Darkness is hiding black horses", une cavalcade de chevaux sauvages. "Saburo est un artiste conceptuel, il ne faut pas s'attendre à avoir un opéra extrêmement narratif, même si les textes sont très explicites. Il y a des chanteurs qui racontent l'action à proprement parler et les danseurs sont là pour donner corps, texture, matière, couleur pour incarner cette histoire", explique-t-il. "Dai Fujikura a fait un travail superbe avec l'Orchestre intercontemporain et avec l'Ircam, c'est un véritable opéra qui a été écrit pour les instruments, la couleur est très très présente, et une +couche+ électro-acoustique réalisée avec l'Ircam va être ajoutée à l'orchestration en direct". Dans la fosse, les musiciens de l'Ensemble intercontemporain seront dirigés par Erik Nielsen. En régie, le compositeur va intervenir en direct avec les informaticiens de l'Ircam, l'institut de recherche acoustique créé par Pierre Boulez. "Le rôle de la musique électronique dans cet opéra n'est pas de faire joli", souligne le compositeur, "il colle strictement à l'histoire et aux personnages". Ainsi, pour restituer l'étrangeté de Hari, l'ex-jeune femme morte de Kelvin, l'ordinateur va prélever une ou deux secondes de son toutes les 15 secondes et l'envoyer "voler à travers la salle", explique Dai Fujikura.
(http://www.lepetitjournal.com/tokyo avec AFP) mardi 3 mars 2015

logofbtokyo
Publié le 2 mars 2015, mis à jour le 6 janvier 2018
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