

Asakusa. La première image qui vient à l'esprit à l'évocation de ce nom est l'imposant temple Senso-ji, sa cloche monumentale et ses couleurs rouge-orangé chatoyantes. Mais le premier site touristique bouddhiste de Tokyo n'est pas le seul attrait du quartier. Historiquement très riche, il recèle de nombreux autres trésors, tant traditionnels que modernes
Asakusa, petit village religieux devenu quartier des plaisirs et des divertissements, s'est transformé en quelques décennies en un lieu touristique phare de la capitale nippone. Situé sur les rives de la rivière Sumida, le quartier d'Asakusa, dans l'arrondissement de Taito, jouxte plusieurs sites incontournables de la capitale. Le temple Senso-ji et son allée de boutiques traditionnelles restent, bien sûr, l'attraction principale du quartier, mais non loin de là, sur les rives de la Sumida, se trouvent bien d'autres lieux mythiques. Parmi eux, l'arène de sumo du Ryogoku, le célèbre musée d'Edo-Tokyo ou encore la Tokyo SkyTree, plus haute tour du Japon inaugurée en mai 2012.
Asakusa, le village du miracle de Kannon
Comme la plupart des quartiers actuels de Tokyo, Asakusa était, avant de faire partie de la capitale, un village indépendant. Son nom pourrait avoir trois provenances différentes, qui font toujours débat au Japon. "Asakusa" pourrait provenir du mot Aïnou "Gatsuakusa", qui veut dire "traverser l'océan", mais aussi de l'expression tibétaine bouddhiste "Gasha Kusha" qui signifie "là où réside la sainteté". Néanmoins, l'origine la plus reconnue du nom serait celle du "Guide de l'Ancien Edo", qui statue qu'Asakusa viendrait de "mijikai kusa", qu'il est possible de traduire par "herbe courte". Cette appellation trouve son origine dans la situation géographique de la ville. En effet, Asakusa est situé à la limite des plaines de Musashino, où l'herbe est plus courte que dans le reste du Japon. Ailleurs sur l'archipel, les hautes herbes tapissent souvent les vallées, les collines et les montagnes. La première date importante de l'histoire du village est 628, année de la fondation du fameux Senso-ji. En cette année, selon la légende, deux frères auraient trouvé une statue du bodhisattva Kannon dans la rivière Sumida, alors qu'ils pêchaient. Le chef du village, reconnaissant le caractère sacré et miraculeux de la trouvaille, aurait consacré la statue en transformant sa propre maison en temple dédié à Kannon. C'est aujourd'hui encore cette divinité qui est vénérée au Senso-Ji. Un temple digne de ce nom a été construit en 645, faisant aujourd'hui du Senso-ji le plus vieux temple de Tokyo. Le festival Sanja Matsuri, un des plus grands évènements tokyoïtes, est organisé chaque année au temple en l'honneur des deux pêcheurs et du chef du village.
Au cours de la période de Kamakura (1185 ? 1333), le shogun Miyamoto fit venir dans la capitale de l'époque des charpentiers originaires d'Asakusa pour la construction du désormais célèbre sanctuaire Hachimangu. Le trafic et les échanges entre les deux villes se sont alors intensifiés et la population d'Asakusa est montée en flèche. En 1590, le shogun Ieyasu Tokugawa, unificateur du Japon, est entré à Edo et a décidé de faire du Senso-ji son hall de prières. La notoriété et la richesse du temple s'en sont trouvées décuplées. Iemitsu Tokugawa, petit-fils de Ieyasu et troisième shogun de la dynastie des Tokugawa, a dû reconstruire et rénover le temple deux fois, suite à des incendies. Durant la période d'Edo (1603 ? 1867), l'expansion de la nouvelle capitale fut telle qu'Asakusa fût englobé, devenant ainsi un quartier de la future Tokyo. Théâtres, bars, restaurants et maisons de plaisirs y furent construits, transformant peu à peu le quartier religieux en quartier de divertissements. En 1890, le premier bâtiment avec ascenseur du Japon a été érigé à Asakusa (le Ryounkaku, 10 étages) avant d'être détruit par le grand séisme du Kanto en 1923. Le quartier a été très gravement endommagé pendant la Seconde Guerre mondiale, en particulier lors du tristement célèbre bombardement de Tokyo en 1945 (plus de 100.000 victimes et 50 % de la vieille ville de Tokyo réduite en cendres). Asakusa et ses temples ont été presque entièrement reconstruits après la guerre. Aujourd'hui, le quartier des plaisirs s'est reconverti en haut lieu touristique de la capitale. Il attire aussi bien les visiteurs japonais qu'étrangers, venus admirer ses temples, se restaurer dans ses bars et restaurants, ou encore faire des emplettes dans ses échoppes traditionnelles. Asakusa n'en oublie pas moins son passé, festivals et fêtes religieuses y sont régulièrement organisés. Le quartier reste également le seul lieu de Tokyo ou il existe encore des geishas en activité. Néanmoins, seuls les habitués et les personnages éminents peuvent aujourd'hui passer du bon temps avec les 45 geishas que compte Asakusa.
Damien Corneloup (http://www.lepetitjournal.com/tokyo) mercredi 24 juillet 2013









