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En Thaïlande, l’université Chulalongkorn veut valoriser les déchets agricoles

L’université Chulalongkorn et le groupe KTIS s’associent pour développer de la valeur ajoutée à partir des ressources agricoles thaïlandaises. Une stratégie pour renforcer la compétitivité du secteur.

Wilert Puriwat, président de l’Université Chulalongkorn Wilert Puriwat, président de l’Université Chulalongkorn
Wilert Puriwat, président de l’université Chulalongkorn
Écrit par Juliette THORIN
Publié le 28 octobre 2026


 

Transformer les déchets agricoles en produits à forte valeur ajoutée. C’est l’objectif du partenariat signé le 22 octobre 2026 entre l’université Chulalongkorn de Bangkok et le groupe industriel thaïlandais KTIS. Cette collaboration vise à rapprocher la recherche universitaire des besoins des entreprises et à développer des innovations susceptibles d’être commercialisées.

L’accord prévoit notamment la mise au point de technologies permettant de valoriser les résidus de production, le renforcement des capacités de recherche et la formation des étudiants à l’entrepreneuriat agricole. Les installations industrielles de KTIS doivent également servir de terrain d’expérimentation pour tester les innovations dans des conditions réelles. Selon les responsables de l’université, les chercheurs et les étudiants pourront travailler avec les équipes du groupe sur plusieurs sites industriels.

 

Des déchets de canne à sucre aux emballages biodégradables

 

Parmi les innovations présentées par la faculté d’agriculture intégrée de Chulalongkorn figurent des emballages alimentaires fabriqués à partir de bagasse, le résidu fibreux de la canne à sucre après extraction du jus. Développés en collaboration avec KTIS, ces contenants biodégradables sont conçus sans substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS), surnommées « polluants éternels » en raison de leur persistance dans l’environnement. Ils sont déjà utilisés dans les cantines de l’université.

Et beaucoup de produits peuvent être tirés des ressources agricoles locales. Des produits cosmétiques associent des extraits de raisin de mer - une algue comestible- à des ingrédients végétaux pour développer des soins destinés à améliorer l’hydratation et l’éclat de la peau. Des barres protéinées à base de champignons et de protéines végétales proposent une alternative aux produits d’origine animale. Les chercheurs travaillent également sur des produits à base de cacao thaïlandais afin de mieux exploiter les récoltes et les résidus de production.

La présentation organisée le 22 octobre 2026 a également permis de dévoiler Chula AgriSphere, une installation de culture en environnement fermé qui utilise des capteurs, des technologies connectées et un contrôle automatisé de l’éclairage et de la température. L’objectif est de produire des légumes toute l’année, indépendamment des conditions saisonnières, tout en améliorant la sécurité alimentaire.

Au total, entre 10 et 12 prototypes ont été présentés. Tous ne sont toutefois pas commercialisés : plusieurs doivent encore être testés et adaptés aux attentes des consommateurs.

 

Sortir de la dépendance aux matières premières

 

Derrière ces innovations se trouve un enjeu économique plus large. La Thaïlande est un important producteur et exportateur de produits agricoles mais la vente de matières premières limite les possibilités de créer davantage de valeur sur place. Selon les données du ministère thaïlandais du Commerce, les exportations de produits agricoles et agro-industriels ont diminué de 2,4% sur un an au cours des huit premiers mois de 2026.

Pour Chulalongkorn, l’une des réponses consiste alors à associer les connaissances scientifiques aux besoins des entreprises et aux habitudes des consommateurs. La transformation des récoltes en cosmétiques, en aliments élaborés ou en matériaux biosourcés peut permettre de diversifier les débouchés et de mieux valoriser les productions locales.

 

Associer les agriculteurs aux retombées économiques

 

L’enjeu est aussi social. Les responsables de la faculté souhaitent que les innovations bénéficient aux agriculteurs qui fournissent les matières premières et pas uniquement aux chercheurs et aux industriels. L’université entend ainsi mettre en place des mécanismes permettant aux communautés agricoles de profiter des revenus générés par les nouveaux produits. Cette stratégie repose toutefois sur une condition : les prototypes doivent trouver leur marché et être produits à une échelle suffisante pour générer des revenus. En rapprochant les laboratoires des industriels et des producteurs, Chulalongkorn entend faire de l’innovation un levier de compétitivité pour l’agriculture thaïlandaise.

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