1.644 collisions entre oiseaux et avions en 2024 en Thaïlande, la facture annuelle dépasse 530 millions de bahts. Le pays a décidé de réagir.


Le vice-ministre des Transports Phattrapong Phattraprasit a ordonné la création d'une cellule spéciale chargée de réduire les collisions entre oiseaux et aéronefs. L'ordre fait suite aux données 2024 du ministère : 1.644 incidents recensés sur l'ensemble du territoire, causant des dommages aux moteurs, aux structures d'aéronefs et aux pare-brise, ainsi que des retards en chaîne. La facture s'élève à plus de 530 millions de bahts par an pour les compagnies aériennes.
Le ministère avance deux explications. D'un côté, la Thaïlande abrite des populations d'oiseaux particulièrement denses. De l'autre, le trafic aérien ne cesse d'augmenter. Ces deux facteurs réunis font des « bird strikes » un problème structurel, pas conjoncturel. La cellule aura pour mission d'identifier des solutions scientifiques et technologiques pour limiter le risque.
Une tendance mondiale
Aux États-Unis, la Federal Aviation Administration (FAA) a recensé 22.372 collisions aviaires en 2024, soit une hausse de 14% par rapport à 2023. Au niveau mondial, l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) a collecté 214.734 signalements entre 2022 et 2024 en provenance de 156 États. Coût estimé : au moins un milliard de dollars par an pour l'industrie aérienne mondiale.
Les raisons sont connues. Les populations de grands oiseaux ont augmenté avec l'amélioration des politiques de protection de l'environnement. Les moteurs turbofan, plus silencieux que leurs prédécesseurs, sont aussi moins détectables par les oiseaux. L'incidence des « bird strikes » sur les aéronefs civils a été multipliée par près de six par rapport aux décennies précédentes.
Le rappel du vol Jeju Air
Le 29 décembre 2024, le vol Jeju Air 2216, un Boeing 737-800 parti de Bangkok à destination de Muan en Corée du Sud, s'est écrasé lors de son atterrissage après une collision aviaire. Les deux moteurs ont ingéré des oiseaux, des sarcelles de Baïkal selon les analyses ADN réalisées a posteriori. Le train d'atterrissage n'a pas été déployé, et l’avion s'est posé sur le ventre à grande vitesse avant de percuter un mur de béton en bout de piste. 179 personnes ont péri, l'accident lié à un « bird strike » le plus meurtrier de l'histoire de l'aviation civile.
Des solutions existent. L'aéroport de Changi à Singapour utilise des dispositifs acoustiques longue portée couplés à des radars pour repousser les oiseaux des zones de piste. L'aéroport de Schiphol, aux Pays-Bas, surveille les mouvements d'oiseaux jusqu'à dix kilomètres de ses pistes. L'Organisation de l'aviation civile internationale recommande une zone de protection de 13 kilomètres de rayon autour de chaque aéroport. Peu d'aéroports dans le monde appliquent ce standard.
La Thaïlande, avec ses zones humides, ses rizières et sa biodiversité aviaire, figure parmi les pays à risque élevé. La cellule créée par Phattrapong Phattraprasit devra définir quelles espèces locales représentent le plus grand danger et adapter les mesures en conséquence.










