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À Koh Chang, l’éléphant entre mythe et tourisme contesté

Le nom Koh Chang vient d’une silhouette aperçue depuis la mer à l’époque du roi Naresuan. Les éléphants qu’on croise sur l’île aujourd’hui, eux, ont une autre histoire.

Éléphant monté Thaïlande Éléphant monté Thaïlande
Écrit par Émilien PEZZOLI
Publié le 21 juillet 2026, mis à jour le 13 août 2026


 

Vue depuis un bateau, l’extrémité nord de l’île dessine la forme d’un éléphant s’avançant dans le golfe de Thaïlande. C’est cette ressemblance, remarquée à l’époque du roi Naresuan à la fin du XVIe siècle, qui aurait valu son nom à l’île. “Koh” signifie île en thaï, “Chang” éléphant, ou peut-être simplement “grand”, les deux traductions coexistent sans avoir été départagées. Ce qui est certain, c’est qu’aucun éléphant sauvage n’a jamais peuplé l’île. Ceux qu’on y trouve aujourd’hui viennent d’ailleurs et d’une époque différente.

 

Après le bois, le touriste

 

En 1989, le gouvernement thaïlandais a interdit toute exploitation commerciale du bois, en réponse aux inondations catastrophiques de l’année précédente qui avaient causé la mort de 350 personnes. Du jour au lendemain, quelque 3.000 éléphants domestiqués, utilisés depuis des siècles dans les forêts thaïlandaises pour le débardage, se sont retrouvés sans emploi. La reconversion s’est faite vers le tourisme. Un animal domestiqué toute sa vie ne peut être relâché dans la nature ; il consomme jusqu’à 300 kg de végétation par jour et dépend entièrement de son mahout. À Koh Chang, une poignée de ces éléphants ont atterri dans des camps installés en lisière de la forêt tropicale qui couvre plus de 70% de l’île.

 

Les camps sous surveillance

 

En août 2013, la police a saisi deux éléphants dans un camp de Koh Chang, dans le cadre d’une opération nationale contre le commerce illégal de pachydermes. En deux jours, seize animaux ont été retirés de camps implantés à Koh Chang, Phuket, Krabi et Phang Nga. Selon l’ONG TRAFFIC, qui surveille le commerce international d’espèces sauvages, les enquêteurs estimaient que les animaux avaient été prélevés dans la nature, en Birmanie ou ailleurs, puis introduits clandestinement en Thaïlande avec de faux certificats d’identité.

La controverse dépasse les fraudes documentaires. Sur les plateformes d’avis, les camps de l’île accumulent les signalements d’animaux enchaînés, soumis à des balades en continu, et parfois à des spectacles sous fond de musique techno... Aucun sanctuaire certifié éthique n’existe à Koh Chang selon les associations de protection animale. Selon un rapport de l’ONG World Animal Protection, publié en 2016, 40% des touristes en Thaïlande avaient fait ou envisageaient une balade à dos d’éléphant. Près de 3.000 éléphants sont aujourd’hui employés dans les attractions touristiques du pays, selon la même organisation.

 

Ce que dit le corps

 

Vous observerez certains éléphants se balancer, un comportement souvent mal interprété. Les gestionnaires de camps présentent souvent ce balancement rythmique de leurs animaux comme un signe de bien-être. Les spécialistes du comportement animal voient les choses autrement. Le balancement latéral du corps, le hochement répétitif de la tête, la rotation de la trompe sans but apparent sont des comportements dits stéréotypés, quasi absents chez les éléphants sauvages. Ils apparaissent en captivité en réponse à l’ennui, au confinement ou à un traumatisme psychologique ancien. Lorsque le mouvement est lent et régulier, il signale généralement une détresse chronique. Lorsqu’il est rapide et exagéré, il reflète le plus souvent la peur. Un animal qui se balance devant vous n’est pas détendu, il compense.

Parmi les espèces terrestres qui interagissent avec l’éléphant d’Asie, l’une d’elles occupe une place singulière. Homo sapiens le fait travailler, le fait défiler, le fait poser pour des photos, puis finance des rapports sur son bien-être. Il a mis quatre mille ans à domestiquer l’animal, deux ans à lui trouver une nouvelle utilité après l’avoir rendu inapte à la vie sauvage et continue de s’étonner que l’éléphant se balance en toute hypocrisie. C’est une espèce inventive.

Des alternatives existent mais pas à Koh Chang.

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