Les Karens vivent dans le Nord de la Thaïlande. Souvent dans des villages privés d’eau et d’électricité. Pas facile d’y rêver à un avenir. Depuis quinze ans, l’IECD a décidé de les aider.


Charlotte Mouginot est directrice des opérations de l’Institut Européen de Coopération et de Développement pour l’Asie du Sud-Est. À lire le nom complet de l’IECD, on dirait un « machin » bureaucratique inventé par les instances européennes. Or pas du tout. Il s’agit d’une organisation de solidarité internationale, créée en 1988 par des personnes privées, dans l’est de la France. Son objectif consiste à agir pour le développement humain et économique des populations vulnérables, l’employabilité des jeunes, leur accès à l’emploi et donc leur formation. Lorsque cela est possible, un suivi personnalisé peut les guider jusqu’à l’entrepreneuriat. L’IECD est présent dans une vingtaine de pays d’Asie du Sud-Est, d’Afrique subsaharienne, du Maghreb, du Proche et du Moyen-Orient. En France, il est impliqué dans quelques projets spécifiques. Au total, plus de 26.000 jeunes ont profité de son soutien, dans 258 écoles et centres de formation.
Coup d’État et coup d’arrêt en Birmanie
En Thaïlande, sa présence directe et opérationnelle a quinze ans, une dizaine d’années au Vietnam et un peu plus d’un an aux Philippines. Les actions en Birmanie ont dû être arrêtées à cause du coup d’État de 2021. Au total, une quinzaine d’écoles sont directement portées par l’Institut en Asie du Sud-Est et d’autres sont soutenues à travers les apports d’experts et de formateurs.
Nous emmenons ces jeunes jusqu’à l’emploi
Le projet phare en Thaïlande s’appelle Hospitality-Catering Training Center (HCTC) et se trouve à Mae Sot, a la frontière birmane.

Une école hôtelière qui propose deux programmes. Le premier dure deux ans. « Il est réservé aux jeunes Karens thaïlandais munis de papiers, explique Charlotte Mouginot. La première caractéristique est liée au fait que nous voulons aider les populations locales qui en ont bien besoin. La seconde est une obligation car nous emmenons ces jeunes apprentis jusqu’à l’emploi. Ils passent dix-huit mois au sein de l’établissement, en internat, et sont intégralement pris en charge. Ils viennent souvent des villages environnants, privés d’eau et d’électricité. Ils n’ont aucun moyen. »

Les étudiants sont choisis en fonction de leur motivation et de critères socio-économiques. Le coût d’une année pour chacun d’eux est de 2.000 à 2.500 euros. L’aventure est rendue possible grâce à des financements privés, notamment des fondations familiales ou des fondations d’entreprises du secteur, comme Accor ou Hyatt.
La culture Karen est très matriarcale
Les six mois suivants se passent en stage dans des restaurants et hôtels partenaires : Accor, Hyatt , InterContinental, Marriott, restaurants étoilés de Bangkok. Et après cette formation diplômante reconnue en Thaïlande au niveau Bac, c’est l’entrée dans la vie active. « Les 26 diplômés du mois d’avril 2026 ont trouvé un emploi de qualité », se félicite Charlotte Mouginot.

« À noter une particularité culturelle, poursuite-elle, 60% des étudiants d’une promotion sont des étudiantes. On le doit à la culture Karen très matriarcale. Les responsabilité, le poids du foyer, les revenus reposent beaucoup sur le dos des femmes. Les jeunes filles sont donc particulièrement poussées. En ce qui concerne les garçons, il y a de gros soucis de décrochage scolaire pour cause d’addiction au téléphone et à la drogue. » Pour créer du lien humain. La moitié des formateurs sont d’anciens élèves. Ils sont Karens, connaissent la langue, le parcours, les difficultés et sont des modèles pour les élèves qui peuvent ainsi se projeter.
Un second programme pour les sans-papiers
Le second programme est fait de formations courtes qualifiantes pour de jeunes birmans, en partenariat avec des ONG locales. Comme les jeunes migrants sans-papiers ne peuvent intégrer le programme principal, il leur est proposé de venir se former quelques jours ou quelques mois. Le choix de la thématique s’opère avec l’ONG partenaire et le groupe d’étudiants.
Bientôt une formation en carrosserie et peinture automobile
Voilà quatre ans maintenant que Charlotte Mouginot, originaire de Lorraine, veille sur l’avenir de ces jeunes défavorisés d’Asie du Sud-Est.

À Mae Sot, le chef de projet s’appelle Louis Mouginot. Son mari. Ils se sont rencontrés chez les Karens, en 2018. Ils étaient déjà bénévoles. Aujourd’hui, ils sont installés là avec leurs trois enfants âgés de six mois à cinq ans. Et ils ont du pain sur la planche. À l’automne, ils lanceront une formation professionnelle de six mois dans les domaines de la carrosserie et de la peinture automobile. « Il s’agit de compétences recherchées dans la région et dans le pays, explique Charlotte Mouginot. Nous cherchons des partenaires financiers et des employeurs pour pouvoir nous lancer. » Avis aux amateurs…
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