Édition internationale

La Thaïlande se pose en partenaire de l'innovation mondiale

Au Bangkok Business Summit 2026, le gouvernement thaïlandais a présenté son ambition de passer d'un simple centre manufacturier à un co-créateur d'industrie. Deux interventions majeures ont tracé la route vers la haute croissance.

Éco thaï en hausse Éco thaï en hausse
Écrit par Paul FINQUEL
Publié le 4 septembre 2026


 

Le Bangkok Business Summit 2026 s’est tenu les 2 et 3 septembre. La Thaïlande a fait entendre deux voix qui souhaitent révolutionner son positionnement sur l'échiquier économique mondial. Ce ne sont pas des promesses évasives que le gouvernement a formulées mais une stratégie précise, structurée et assumée. Au cœur de cette démarche : transformer le pays d'un centre de fabrication classique en véritable partenaire de création pour les investisseurs internationaux.

Le Premier ministre Anutin Charnvirakul a livré ce message face à des décideurs économiques du monde entier venus tester les ambitions de la Thaïlande dans un contexte géopolitique devenu imprévisible.

 

Ne venez pas seulement investir en Thaïlande mais construire avec la Thaïlande 

 

Anutin Charnvirakul ne s'est pas contenté de rappeler les avantages connus du pays. Son discours a porté la marque d'une rupture stratégique : la notion de co-création.

« Mon message aux investisseurs internationaux est que la Thaïlande est prête à être bien plus qu'une simple base de production ou un marché consommateur. Nous voulons être partenaires dans la construction des industries du futur, a-t-il déclaré. Ne venez pas seulement investir en Thaïlande ; venez construire avec la Thaïlande. »

 

Les trois piliers de la renaissance économique

 

La stratégie proposée par la Thaïlande s'articule autour d'une initiative baptisée « Thailand's Offer to the World » (« L'offre de la Thaïlande au monde ») et repose sur trois axes stratégiques :

 

  • l'intelligence artificielle et la technologie avancée. La Thaïlande entend cesser d'être un simple consommateur de technologies pour devenir un véritable hub d'innovation. L'enjeu réside dans la formation de la main-d'œuvre locale, l'autonomisation des petites et moyennes entreprises pour accéder aux marchés mondiaux et la création d'écosystèmes de recherche et développement ancrés sur le sol thaïlandais.
  • la transition verte. Les autorités thaïlandaises refusent de présenter la durabilité comme un coût opérationnel. Au contraire, elles la positionnent comme un vecteur de création de capital.
  • l'économie de la longévité. Face au vieillissement de sa population, la Thaïlande envisage, non pas une crise, mais une opportunité commerciale : tourisme de santé, bien-être spécialisé et technologies pour améliorer la qualité de vie. Un pari audacieux face à une tendance mondiale incontournable.

 

Le Premier ministre a rappelé, en conclusion, que son gouvernement voulait faciliter la vie des investisseurs et allait faire le ménage dans ses 7.000 lois et règlements. Il s’est également appuyé sur la volonté de la Thaïlande d’intégrer l’OCDE pour expliquer que tous les standards du pays étaient voués à évoluer.

 

La complémentarité public-privé en une analogie footballistique

 

En clôture du sommet, jeudi 3 septembre 2026, le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Ekniti Nitithanprapas, a apporté la deuxième couche à l’explication de cette stratégie. Sa vision, c'est le partage des responsabilités. Et il l'a formulée en employant une métaphore surprenante : celle du football.

Dans ce modèle, le secteur privé incarne les attaquants, ceux qui marquent les buts. Plusieurs secteurs prioritaires ont été identifiés pour mener la charge : l’agriculture intelligente et la transformation alimentaire, l’électronique intelligente et numérique, l’automobile nouvelle génération, les centres de santé et de bien-être, le commerce et l’investissement, ainsi que le tourisme moderne et haut de gamme.

Le gouvernement, lui, occupe le milieu de terrain et la défens. En tant que milieu, il accélère le jeu, dégageant les obstacles réglementaires identifiés par l'industrie à travers un « Thailand Fast Pass » destiné à débloquer les goulots d'étranglement. En tant que défenseur, il assure la stabilité fiscale et monétaire – une responsabilité que les chiffres valident déjà : quelque 70 milliards de bahts sont entrés en bourse depuis le début de l'année, propulsant l'indice SET de 1.300 à environ 1.600, même dans un contexte international difficile.

 

L'orchestration du changement

 

Pour concrétiser cette alliance public-privé, le gouvernement a créé un Comité consultatif public-privé (JPPC) structuré autour de quatre piliers : moteurs d'investissement et économies nouvelles, commerce et économie communautaire, développement du capital humain et amélioration de l'efficacité du secteur public.

Ekniti Nitithanprapas a tenu à clarifier un point : ce comité ne doit pas être qu'un organe de consultation, un nouveau « comité Théodule » comme l’appelleraient les Français, juste là pour amuser la galerie. Il s’agit d’un partenariat de terrain qui rend compte au Premier ministre tous les deux mois sur les avancées accomplies.

Reste ensuite à ce qu’il en sorte quelque chose de concret…

 

Quand le monde regarde vers Bangkok

 

Deux événements majeurs pourraient consolider cette stratégie en lui donnant une visibilité internationale.

Tout d'abord, Bangkok accueillera les réunions annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et du Groupe de la Banque mondiale du 12 au 18 octobre 2026. Ces assemblées, qui ne se sont jamais tenues en Asie du Sud-Est, offriront au gouvernement thaïlandais une tribune pour présenter son modèle, notamment en s'appuyant sur la philosophie de l'économie de suffisance, chère à la culture thaïlandaise.

Ensuite, la Thaïlande assumera la présidence de l'ASEAN dans deux ans. Les discussions informelles sont déjà lancées avec Singapour pour construire une réponse régionale coordonnée aux défis mondiaux.

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