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Thaïlande : 50 ans après, Thammasat commémore le massacre du 6 octobre 1976

Mardi, l’université Thammasat a commémoré les 50 ans du massacre du 6 octobre 1976. Une journée de rassemblements et de témoignages pour honorer les étudiants tués lors de la répression.

Archive 6/10/76 Thaïlande Photo AP - Neal UlevichArchive 6/10/76 Thaïlande Photo AP - Neal Ulevich
Photo AP - Neal Ulevich
Écrit par Juliette THORIN
Publié le 7 octobre 2026


 

Mardi 6 octobre 2026, le campus de Tha Phrachan, situé au coeur de Bangkok, a accueilli la commémoration du 50ème anniversaire du massacre de l’université Thammasat. La journée a commencé à 5h30, heure symbolique du début des violences. Une marche est partie de l’esplanade Lan Pho en direction du terrain de football, avant une série de représentations théâtrales, de projections de documentaires, de séminaires et de reconstitutions de procès fictifs.

Des responsables politiques, des universitaires, des militants, des étudiants et des citoyens étaient présents. Parmi eux, Natthaphong Ruengpanyawut, chef de l’opposition. Plusieurs anciens étudiants ayant vécu les événements de 1976 sont également venus témoigner.

 

Ils sont arrivés par là pour tous nous tuer

 

« À 5h30 du matin, la première détonation a réveillé tout le monde… Boom ! » Cinquante ans après, Pornsuang, 67 ans, se souvient encore de cette matinée du 6 octobre 1976 au micro du média français RFI. À l’époque, il se trouve près du terrain de football de l’université Thammasat, où des étudiants se sont réfugiés. Selon son témoignage, des grenades sont alors tirées vers le campus. « Ils sont arrivés par là pour tous nous tuer, dans cette zone », raconte-t-il aujourd’hui. L’émotion reste palpable lorsqu’il évoque cette journée.

Cinquante ans plus tôt, la présence de ces étudiants dans l’établissement s’inscrit dans un contexte politique particulièrement tendu. Ils s’opposent au retour de Thanom Kittikachorn, ancien Premier ministre et dirigeant militaire, qui avait quitté la Thaïlande après le soulèvement populaire de 1973.

 

Des milliers de personnes sont arrêtées

 

Des groupes d’extrême droite et ultraroyalistes accusent alors les étudiants d’être communistes, antimonarchistes et hostiles à la nation. Parmi les organisations mobilisées contre les étudiants, on retrouve les Krathing Daeng (Red Gaurs), les Village Scouts et Nawaphon, des groupes paramilitaires soutenus par des secteurs de l’appareil d’État. Dans les jours précédant le massacre, leurs membres multiplient les menaces et les violences contre les militants étudiants.

Au matin du 6 octobre, des membres de ces groupes se joignent aux unités de la police des frontières pour attaquer les quelque 2.000 étudiants présents à Thammasat. Les forces encerclent le campus et ouvrent le feu sur les personnes qui tentent de fuir ou de se mettre à l’abri. Des grenades sont également utilisées. Des groupes armés pénètrent ensuite dans l’enceinte de l’université et s’en prennent aux étudiants. Certains sont abattus, d’autres battus, pendus ou brûlés. Des milliers de personnes sont arrêtées.

Le bilan officiel fait état de 46 morts et de 167 blessés. Le nombre réel de victimes reste toutefois discuté. Plusieurs survivants et témoins ont, au fil des années, évoqué un bilan supérieur.

Suthep, 72 ans, était étudiant à Thammasat au moment des faits. « Jamais je n’aurais imaginé qu’on utiliserait contre nous des armes de guerre, ni qu’on puisse aller aussi loin. Cinquante ans plus tard, c’est toujours gravé en moi », témoigne-t-il sur RFI.

 

Un coup d’État le soir même

 

Le massacre ne constitue pas seulement une journée de répression contre les étudiants. Le soir du 6 octobre 1976, un groupe de hauts responsables militaires, dirigé par l’amiral Sangad Chaloryu, renverse le gouvernement civil de Seni Pramoj. Le Conseil national de réforme administrative, créé par les militaires, prend alors le pouvoir et abroge la Constitution de 1974. Thanin Kraivichien est nommé Premier ministre quelques jours plus tard, tandis que le pays entre dans une nouvelle période de régime militaire.

Après cet épisode, aucun représentant de l’État n’a jamais été tenu pour responsable des violences. L’épisode reste par ailleurs peu présent dans les manuels scolaires. Les étudiants arrêtés lors du massacre seront finalement amnistiés.

 

Cinquante ans plus tard, la journée reste une page sensible de l’histoire politique thaïlandaise. La cérémonie organisée mardi 6 octobre 2026 à Thammasat permet aux survivants de raconter ce qu’ils ont vécu mais aussi aux nouvelles générations de se réapproprier cette mémoire.

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