Le Théâtre des Invités (TDI) de Bangkok a dix ans. Retour sur une belle histoire qui n’a pas fini de s’écrire, avec celle qui a mis le feu aux poudres, Christelle Célérier.


lepetitjournal.com : Comment avez-vous rencontré le théâtre ?
Christelle Célérier : Pour tout vous dire, je n’aimais pas trop le théâtre. Je m’y ennuyais souvent. En 2007, à New Delhi, j’ai rencontré à mon travail une femme qui faisait du théâtre et m’a proposé d’essayer. J’étais très timide. J’ai évidemment dit non. Mais cette femme très intelligente m’a emmenée dans cet univers en tant qu’actrice et non plus spectatrice. J’ai trouvé qu’on s’ennuyait moins sur scène que dans la salle ! Et de là, je me suis dit que ça devait être encore plus intéressant de tenir les fils des marionnettes. Donc, après avoir joué trois ans en Inde, j’ai gardé au fond de moi l’idée de faire de la mise en scène.

Comment les choses ont-elles débuté à Bangkok ?
Je suis arrivée en novembre 2015 avec ma petite fille d’un an. J’ai tout de suite voulu voir ce qu’il se passait en matière de théâtre. Je me suis rendue à l’Alliance française où l’on m’a dit que la troupe n’existait plus. J’ai donc passé une annonce dans Bla Bla Bangkok sur le thème « si vous avez envie de faire du théâtre, rendez-vous tel jour, telle heure, à l’Alliance française ». Six ou huit personnes sont venues, qui avaient en général déjà fait un peu de théâtre. Nous avons décidé de nous organiser en collectif d’amateurs, au sein d’une association loi de 1901. Certains ont proposé des pièces. J’envisageais de mener ce groupe mais quelqu’un d’autre a pris les choses en main. C’est dans ce contexte que le nom « Théâtre des Invités » est né, un nom qui ne me plaisait pas spécialement, je dois l’avouer. Nous avons demandé à l’Alliance française si nous pouvions jouer chez elle. Nous avons essuyé un premier refus. J’ai cherché d’autres salles et nous avons commencé par du théâtre d’appartement. Le premier spectacle s’appelait « La Mémoire des murs ». De fil en aiguille, de salle en salle, de public en public, d’acteur en acteur, nous sommes passés de six à quarante membres, nous avons eu accès à des salles et nous avons finalement signé un partenariat avec l’Alliance française après quelques années.

Comment a ensuite évolué le Théâtre des Invités ?
Très vite, le TDI s’est rapproché de la troupe de théâtre d’improvisation. Il y avait une émulation du théâtre à Bangkok. C’était un peu une communauté. Le Blue Parrot s’est montré enthousiaste et, dès 2018, nous a proposé sa salle. Nous avons ensuite créé des ateliers du jeudi soir et du samedi, pour enfants, adolescents et adultes, autour d’Abel Talbi. Puis, petit à petit, nous avons intégré les savoir-faire des uns et des autres, avec du chant, de la danse, de la magie, du mime… Nous sommes devenus un rendez-vous des arts du vivant.

Ce qui a permis de développer l’offre du TDI…
Dès que nous avons eu une visibilité, les choses se sont accélérées. Ainsi, par exemple, nous avons monté un cabaret Aznavour au moment de sa disparition, à l’occasion du mois de la francophonie. Toute la communauté arménienne était dans la salle, c’était assez fort. Nous avons commencé à sur-titrer nos spectacles en anglais et en thaï pour attirer un public différent et plus vaste. Nous avons eu des commandes comme Le Petit Prince en 2023. Il y a eu le spectacle sur Mozart qui a été un grand succès en 2025. Certains préfèrent la comédie musicale, d’autres le théâtre classique ou contemporain. Il y en a pour chacun. La diversité des propositions fait, je crois, la beauté du TDI d’aujourd’hui. D’un spectacle par an, nous sommes passés à cinq désormais.

Et cette saison du dixième anniversaire aura été particulièrement riche et variée…
lepetitjournal.com en a largement parlé. Nous avons proposé « Et pendant ce temps, Simone veille… », la création « Déménopause », le grand projet fou de Jean-Boris Roux « À table », le festival intergénérationnel « Tous ensemble ». Il est difficile de citer tout et tout le monde. Mais il faut évidemment rendre hommage à la cheffe d’orchestre actuelle du TDI, sa présidente Catherine Barbier.

Quel bilan tirez-vous de ces dix ans ?
Je crois que nous avons réussi de jolies choses, malgré la complexité de l’expatriation. Nombreux sont ceux qui s’en vont au bout de trois ans. Il faut le gérer. Mais ce que nous vivons est une vraie aventure humaine. Nous faisons les choses sérieusement en étant amis. Notre philosophie est simple : si tu as envie de faire du théâtre, tu viens. Si tu veux jouer, mettre en scène, créer ta pièce, on t’aide, on t’accompagne. Nous aimons aussi inviter des compagnies et des professionnels, de Thaïlande ou d’ailleurs, pour présenter des spectacles ou proposer des ateliers. Pourvu que ça dure.

Justement, comment envisagez-vous les dix ans à venir ?
J’aime l’idée de mélanger les propositions artistiques sur scène. Je voudrais que le chemin continue de manière aussi vivante. Pourquoi ne pas proposer du one man show ou du théâtre de rue, intégrer des gens du cirque pour encore plus de diversité, pour qu’il y en ait vraiment pour tous les goûts, pour les « intellos » et ceux qui aiment la musique. Je voudrais que nous soyons un théâtre contemporain au sens inclusif, qui fait grandir. Depuis le début, nous sommes un pays dans un pays. Poursuivons ainsi.

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