Thomas Pouplin a reçu le Prix du Public à l’occasion des Trophées ASEAN 2026 décernés par lepetitjournal.com. Un passionné de fragrances qui a élu domicile à Chiang Mai, son paradis à lui.


Thomas Pouplin est né à Strasbourg il y a 51 ans. Il n’a pour ainsi dire pas quitté l’Alsace jusqu’à l’âge de 27 ans. Pharmacien, il s’est spécialisé en pharmacognosie, la science qui étudie les molécules d’origine naturelle, comme la morphine ou la pénicilline
À la fin de ses études, il quitte l’Alsace pour son premier voyage lointain. Un volontariat d’aide technique pour le CNRS l’emmène en Nouvelle-Calédonie. Au bout du monde, il cueille et étudie des plantes très rares qui ne poussent que dans cette région. Peut-être pourraient-elles servir un jour de base thérapeutique à de futurs médicaments.
Direction le Vietnam
Thomas se voit ensuite proposer une bourse d’études pour réaliser sa thèse à l’Institut de chimie des substances naturelles, à Gif-sur-Yvette, en grande banlieue parisienne. L’environnement est moins sauvage et la réadaptation pas évidente. L’expérience durera quatre ans. Études le jour, travail en officine le soir. Et lorsque sa femme tombe enceinte, il rédige sa thèse avec sa fille dans les bras. Sa femme a des racines vietnamiennes. En 2007, l’université d’Oxford lui propose un poste au Vietnam. La famille prend l’avion. Thomas envisage une année sabbatique, après avoir refusé un poste chez Chanel, à Sofia Antipolis.
Je réfléchis à prendre un tournant dans ma vie
Et puis la vie et ses hasards. « En arrivant au Vietnam, je rencontre le chef anglais de mon épouse, se souvient Thomas Pouplin. Il me demande ce que je fais. Je lui raconte. Il me dit qu’il vient de recevoir un gros budget pour monter un laboratoire de pharmacologie clinique. Il m’embauche. » En 2011, l’organisation et les besoins évoluent. On leur demande de rejoindre un autre centre, à Bangkok. Ce nouveau chapitre durera jusqu’en 2019. « Une année un peu spéciale, raconte Thomas. Pour nous qui travaillons pour des Anglais, le Brexit n’est pas neutre. Et puis arrive la crise Covid. Je réfléchis à prendre un tournant dans ma vie. Je romps mon contrat. Tous mes savoir-faire et mon histoire peuvent me servir de piste. Je regarde des offres pour des post-doctorants. Je m’intéresse au cannabis médicinal, en plein développement. Rien ne me convainc. »
Le rugby c’est la vie
C’est alors qu’apparaît l’idée. Il n’y a pas de laboratoire spécialisé dans les fragrances thaïlandaises. Certains fabriquent des huiles essentielles et des savons. Mais personne ne travaille pour la parfumerie. Il veut créer des fragrances uniques, jamais encore senties, pour les parfumeurs du monde entier.

« La pharmacie est très importante dans la parfumerie française, explique Thomas Pouplin. Le nez intervient après. » Il rencontre des financiers, qui lui demandent un business plan. Il n’y connaît pas grand-chose mais apprend sur le tas. Son plan est validé. Huit rugbymen français investissent dans LOSiam, le Laboratoire Olfactif du Siam.

« Le rugby c’est la vie », s’émerveille le nouvel entrepreneur. Enfant, il pratiquait le kayak d’eau vive. Puis, tout naturellement, la pirogue en Nouvelle-Calédonie. Lorsqu’il rentre en France, il y a un terrain de rugby derrière chez lui. Premier entraînement. Coup de foudre. Il jouera trois ans sous les couleurs de Villejuif avant d’encadrer des écoles de rugby à Bangkok puis à Chiang Mai.
Le choix presque évident de Chiang Mai
Car c’est bien à Chiang Mai qu’il va décider d’installer son nouveau laboratoire. Bangkok est plus pratique pour le business mais le cœur de métier, la faculté d’agronomie, les fermes, les fleurs rares des montagnes, la fraîcheur, c’est ici qu’on les trouve. Il commence seul, en 2023, par un an de recherche et développement. Puis il est rejoint par une jeune technicienne qui n’est pas spécialisée mais qui n’a pas peur d’apprendre, qui parle anglais et connaît des gens qui peuvent être utiles au développement de la jeune entreprise. Il est temps de prendre la température du marché. « J’arrive à Bangkok avec mes absolues (des extraits aromatiques très concentrés) dans un événement professionnel, se souvient Thomas. L’idée semble bonne. Des parfumeuses sont conquises. Mais on me demande des volumes trop importants et des process trop compliqués pour moi. Nous décidons alors de nous tourner vers de plus petits parfumeurs, ceux qui recherchent l’originalité. »
La plus belle fleur est le saraphi
Les premiers clients sont thaïlandais. Ils viennent aujourd’hui du monde entier. Ils peuvent choisir dans une liste de vingt produits exclusifs.

Bois de tek, tabac de Sankhampaeng, gardénia, fleur de lotus sont des incontournables de la collection. Pas de frangipanier, même si on en trouve beaucoup dans la région, parce qu’on en trouve déjà beaucoup sur le marché. Pas de jasmin non plus : on n’en cultive pas à Chiang Mai. Et puis il y a les chouchous de Thomas Pouplin.

« La plus belle fleur est le saraphi. C’est une petite fleur d’arbre qui n’apparaît que dix jours par an, autour de la période de Songkran, au début du printemps. J’adore le Fresh Jungle Pepper. Il est habituellement utilisé dans le curry mais je l’ai détourné. Je détourne beaucoup de choses. Par exemple, nous récupérons des peaux de mandarine. Le mélange de zeste, de peau, de pulpe, de jus, donne un résultat très original. Il n’est pas facile à vendre parce que l’odeur de mandarine est déjà utilisée en parfumerie. Mais mon produit fétiche est le thé fermenté, un produit millénaire originaire du Lanna (l’ancien royaume du nord de la Thaïlande). Paris aime ce produit, très animal mais vegan. Nous travaillons également une racine appelée chalood, très traditionnelle du Lanna elle aussi. » Passionné et inarrêtable…
Deux tonnes de fleurs pour un litre d’absolue
Pourtant, il faut bien s’arrêter parce que les fragrances l’appellent. Dans la pièce d’à côté, des jeunes femmes travaillent du Jungle Pepper fraîchement cueilli. Et c’est une sacrée tâche.

Pour obtenir un litre d’absolue, il faut accepter des heures de manipulation d’énormes volumes de matière première : 100 kilos de sciure de teck, qui retrouvent ainsi une deuxième vie, 500 kilos de tabac de Sankhampaeng, 2 tonnes de fleurs, … Quant au gardénia et à la fleur de lotus, il sont travaillés individuellement, parce que seule une partie est conservée. Un travail de titan, certes, mais une passion avant tout.
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