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Thaïlande : une saison des pluies en retard sur elle-même

En pleine saison des pluies, la Thaïlande affiche un déficit hydrique de 12%. Les réservoirs sont à 55% de leur capacité.

Sol sécheresse avec enfantSol sécheresse avec enfant
Écrit par Baptiste PICOT
Publié le 29 juin 2026


 

Il pleut et pourtant les réservoirs se vident. Depuis le 15 mai 2026, date à laquelle le Département météorologique thaïlandais (TMD) a officiellement déclaré l'ouverture de la saison des pluies, les précipitations cumulées accusent un déficit de 12% par rapport à la moyenne nationale, selon le Bureau national des ressources en eau (ONWR pour Office of the National Water Resources). Au 23 juin, les réserves totales atteignaient 44.794 millions de mètres cubes, soit 55% de la capacité installée et 293 millions de mètres cubes de moins qu'un an plus tôt. Chayanon Muangsong, secrétaire général de l'ONWR, a ordonné à l'ensemble des agences de retenir l'eau de pluie autant que possible et de n'utiliser les stocks des barrages qu'en dernier recours.

 

85% des pluies annuelles, en six mois

 

Le paradoxe est structurel. La saison des pluies représente environ 85% des précipitations annuelles du pays. Ce qui ne tombe pas maintenant manquera plus tard. Le TMD et le Centre d'informations hydrologiques (Hydro-Informatics Institute) anticipent une sécheresse partielle dès la deuxième semaine de juillet, au moment précis où l'agriculture a le plus besoin d'eau.

 

La production de riz en danger

 

La Thaïlande est l'un des premiers exportateurs mondiaux de riz. Le secteur absorbe 70% des ressources en eau nationales et la riziculture couvre 55% des terres agricoles. Selon le service de veille agricole américain (USDA, pour United States Department of Agriculture), la production devrait reculer de 2% pour la campagne 2026-2027, à 20,3 millions de tonnes, les surfaces hors saison se contractant de 2,1 à 1,9 million d'hectares faute d'eau.

 

42 provinces en tension

 

L'alimentation en eau potable n'est pas épargnée. L'ONWR a identifié des risques de pénurie dans 42 provinces au total, desservies ou non par l'Autorité provinciale des eaux (Provincial Waterworks Authority). Pipelines d'appoint, pompes mobiles et négociations avec des fournisseurs privés d'eau brute ont été engagés en réponse.

 

300 litres par jour et ce n'est que le début

 

Un Thaïlandais consomme en moyenne entre 250 et 300 litres d'eau par jour pour ses usages domestiques, plus qu'un Français, qui utilise 145 litres selon l'Office international de l'eau (données 2023) et moins qu'un Américain dont la moyenne dépasse 300 litres selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS, pour United States Geological Survey). Ce sont les pays développés à climat chaud ou à agriculture irriguée intensive qui consomment le plus. Dans tous les cas, cette consommation domestique ne représente qu'une fraction de l'empreinte hydrique réelle : intégrer la production alimentaire, industrielle et énergétique porte ce chiffre à plusieurs milliers de litres par jour et par personne.

 

El Niño en embuscade

 

Seule la côte ouest du Sud échappe au tableau, avec un excédent de 18%, reflet d'une asymétrie climatique structurelle entre un nord sous tension et un littoral méridional plus arrosé. lepetitjournal.com avait signalé en mai 2023 qu'un déficit similaire avait déjà fragilisé les zones agricoles hors irrigation. Derrière le creux de juillet se profile un risque plus lourd : un basculement vers El Niño au second semestre 2026, phénomène qui perturbe les moussons sur toute l'Asie du Sud-Est et pourrait, selon le groupe Fitch (BMI), doubler la part des terres agricoles thaïlandaises exposées à la sécheresse.

 

Un signal parmi d'autres

 

La Thaïlande n'est pas un cas isolé. Les prélèvements mondiaux d'eau douce ont été multipliés par six depuis le début du XXe siècle selon les Nations Unies et la demande progresse de 1% par an. D'ici 2050, l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) et l'Organisation météorologique mondiale (OMM) estiment qu'au moins une personne sur quatre vivra dans un pays en pénurie chronique et que cinq milliards de personnes seront affectées par des tensions hydriques régulières. Ce que la Thaïlande vit en juin 2026, un déficit qui s'installe pendant la saison censée remplir les réservoirs, pourrait en devenir le signal le plus lisible.

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