Plus de 140.000 personnes sur Silom Road, 71 morts en deux jours : le Nouvel An thaïlandais a démarré le 11 avril 2026 sous haute surveillance.


Le 11 avril 2026, la Thaïlande a sorti les pistolets à eau. Songkran, le Nouvel An bouddhiste, court officiellement jusqu'au 15 avril mais les festivités n'ont jamais attendu le calendrier. De Khao San Road à Bangla Road, les premières batailles d'eau avaient déjà commencé. Les autorités, elles, étaient prêtes.
Bangkok en mode contrôle
Le soir du 12 avril 2026, Thanit Tanbuaklee, secrétaire permanent adjoint de la BMA, convoquait une réunion d'urgence au centre de commandement de Din Daeng pour coordonner 50 arrondissements avec l'ensemble des services d'urgence. Derrière lui, des écrans. Le système croise l'analyse des flux par caméras et la surveillance des réseaux sociaux pour anticiper les saturations et rediriger les foules avant que ça coince.

Sur Silom Road, la fréquentation dépasse les 140.000 personnes. Bondé, mais pas ingérable. On avance, lentement mais sûrement, entre les jets et les seaux d'eau. Postés tous les quinze mètres, sur le terre-plein central de la rue, les policiers sont présents. Comme chaque année en revanche, certaines des armes de service laissent la place au pistolet à eau et les uniformes, sûrement trop chauds, sont rafraîchis par les passants avec la complaisance des fonctionnaires. L'ambiance est franche, sans tension. Les autorités ont qualifié la soirée d' « ordonnée » et les chiffres leur donnent raison : le service médical de la BMA n'a traité que 32 cas, essentiellement des coups de chaleur ou des maladies préexistantes, deux patients transférés à l’hôpital. À deux kilomètres de là, le parc Lumphini offre une version plus familiale de la fête.

L'esplanade devant le pavillon Rama IV a été transformée en espace d'exposition en plein air où la bataille d’eau fait rage. Au milieu d’œuvres, des espaces de jeux d'eau accueillent les enfants pendant qu'un circuit pédagogique leur explique les règles de Songkran.
Les motos payent l'addition
Sur la route, c'est une autre histoire. Encore plus chargées que d’habitude, les rues de Bangkok sont sous pression avec la fermeture de grands axes comme Silom Road. Bien que cette variation du trafic se soit pas franchement perceptible, pour les automobilistes, la vigilance est requise. En deux jours, 71 personnes ont été tuées et 317 blessées dans 344 accidents. Le sous-secrétaire permanent à la santé publique Sophon Iamsirithaworn a détaillé les chiffres dimanche : 45% des accidents sont liés à la vitesse, 25% à l'alcool. Les motos sont impliquées dans 61% des cas. Le vendredi 11 avril, premier jour des « sept jours dangereux », avait enregistré 20 morts et 132 blessés, soit moins qu'en 2025 à la même date. Le directeur du Département de probation Piya Raksakul a précisé que 436 conducteurs ont été placés sous ordonnance de probation ce seul vendredi, dont 353 pour conduite en état d'ivresse. Chiang Mai arrive en tête avec 74 cas.
Le Premier ministre Anutin Charnvirakul a publié dimanche un message sur la page gouvernementale Thai Khu Fah. « Profitez pleinement de ces fêtes, voyagez en sécurité », a-t-il écrit, avant d'ajouter : « Si vous buvez, ne conduisez pas. » La formule est rituelle. Le bilan, lui, est déjà politique.
Le diesel baisse, le train est plein
Cette année, la voiture a moins la cote. Le directeur général du Département des transports ferroviaires Pichet Kunadhamraks a comptabilisé 1.008.625 trajets sur l'ensemble du réseau ferré le vendredi 11 avril 2026, dont 95.309 voyages interprovinciaux. La State Railway of Thailand avait anticipé en ajoutant trois trains spéciaux vers Chiang Mai, Yala et Nakhon Ratchasima. Les chiffres restent 11,42% en dessous des projections initiales mais l'hypothèse tient : la flambée des prix du carburant a poussé une partie des voyageurs vers le train ou le bus.
Le ministre de l'Énergie Akanat Promphan a annoncé samedi une baisse des prélèvements du Fonds pétrolier. « La position financière du Fonds s'est significativement améliorée », a-t-il déclaré. Le diesel sur le marché de Singapour est passé d'environ 300 dollars à environ 200 dollars en quatre à cinq jours. Le déficit cumulé reste proche de 60 milliards de bahts mais les pertes journalières ont chuté de 2,5 milliards au pic de la crise à entre 400 et 500 millions de bahts.
3 choses à faire, 5 à regretter
Le général Kitrat Phanphet, chef de la police nationale, avait prévenu la semaine précédente : il s'inquiétait des « comportements aquatiques à risque susceptibles d'entraîner des infractions ou de harceler autrui involontairement. »

La réponse : un code de conduite en 3 choses à faire et 5 à ne pas faire. Côté recommandations, on demande le consentement avant d'arroser, des sacs étanches pour les affaires et un véhicule en bon état. Côté interdictions, le ton monte : armes de toute nature, pistolets à eau haute pression susceptibles de provoquer des lésions oculaires, harcèlement sexuel passible de dix ans de prison, alcool dans un véhicule sur la voie publique et projection d'eau sur des véhicules en mouvement, acte pouvant être requalifié en homicide involontaire en cas d'accident mortel. Sur le trottoir, ces règles semblent respectées. Malgré les milliers de fêtards qui arpentent les rues armés de pistolets à eau, les zones fréquentées restent fréquentables et les arrosages intempestifs restent respectueux : pas de tir ciblé sur des personnes ne voulant pas être mouillées, pas de tir au visage et protection, au moins minimale, des appareils électroniques précieux.
Les étrangers arrivent quand même
Dans les rues, les touristes ne manquent pas à l’appel. Les tensions au Moyen-Orient ont perturbé certaines liaisons aériennes mais peu de voyageurs ont annulé. Sur Khao San Road, beaucoup en sont à leur premier Songkran, parfois par hasard de calendrier. D'autres n'ont pas encore de billet retour, les prix ayant flambé dans le sillage du conflit. Ils verront bien. Les touristes sont au rendez-vous et ils jouent le jeu.

La moitié des « sept jours dangereux » reste à venir. Si la tendance se confirme, 2026 pourrait afficher un bilan routier inférieur à celui de l'an passé, ce qui en ferait, selon les critères locaux, une bonne fête.










