Édition internationale

Héroïne vers l'Australie : la Thaïlande confirmée comme point de transit

L'ONCB confirme que l'héroïne retrouvée sur l’hôtesse de l’air vient du Triangle d'or et de Kanchanaburi. Si la Thaïlande n’est pas productrice, elle semble demeurer un point de passage habituel.

Sac thaï cache d’héroïne Sac thaï cache d’héroïne
Écrit par Hugo HASBROUCQ
Publié le 3 juillet 2026


 

L'Office de contrôle des stupéfiants (ONCB) de Thaïlande l'a confirmé noir sur blanc : l'héroïne retrouvée dans les bagages de l'hôtesse de Thai Airways arrêtée à Melbourne ne venait pas de Thaïlande. Le pays n'a servi que de zone de transit et de reconditionnement, avant l'envoi vers l'Australie. C'est ce point qui inquiète désormais le gouvernement.

 

Le Triangle d'or, encore et toujours

 

Selon la porte-parole de l'ONCB, Areepak Ngernbamroong, la drogue et le sac en tissu qui la dissimulait ont tous deux une origine étrangère identifiée, sans qu'elle en révèle les détails pour ne pas compromettre une opération en cours. Les mouvements sont rattachés au Triangle d'or et à la province de Kanchanaburi, deux zones frontalières que la Thaïlande ne parvient toujours pas à sceller malgré des décennies de coopération régionale. Le pays reste un carrefour, jamais un producteur pour ce type de stupéfiant.

Le réseau utiliserait des « pilotes », des intermédiaires chargés de faire circuler la marchandise avant qu'elle ne soit stockée temporairement puis expédiée à l'étranger. Le procédé de dissimulation, de l'héroïne scellée dans la fibre même de deux des douze sacs du colis, aurait pu être réalisé aussi bien dans un pays voisin qu'en Thaïlande.

 

Task Force Storm

 

L'enquête a été fusionnée avec celles des Douanes et du Département des enquêtes spéciales sous le nom de code Task Force Storm. Le secrétaire général de l'ONCB, Pol Maj Suriya Singhakamol, affirme que les deux pays disposent désormais de pistes sur le groupe chargé de réceptionner le colis en Australie, ainsi que sur les personnes qui l'ont envoyé et celles qui géraient les transferts d'argent. Il évoque un réseau complet, de la production jusqu'à l'Australie, en passant par la Thaïlande comme simple étape logistique.

Des arrestations sont attendues en Thaïlande dans un délai d'un à deux jours, selon le secrétaire général, qui s'appuie sur des informations déjà collectées par la Police métropolitaine et le Bureau de répression des stupéfiants.

Le fil de l'enquête permet de reconstituer le trajet local. Le colis de douze sacs à motifs éléphant a été livré le 22 juin à la résidence de l'hôtesse, dans le quartier de Bang Na, à Bangkok. Le livreur s'est présenté comme coursier Grab mais son identité reste à établir : un premier homme, venu se disculper spontanément auprès de l'ONCB, a été écarté après comparaison des images de vidéosurveillance.

Les enquêteurs suivent aussi la piste d'une berline suspecte repérée à Bangkok, susceptible d'avoir transporté le sac avant sa remise au livreur.

Le point de départ du recrutement reste un compte Facebook au nom de « Rose Rose », qui proposait des services de transport de marchandises et a contacté l'hôtesse après qu'elle a fait la même offre en ligne. Le compte a été supprimé peu après l'arrestation. Les autorités thaïlandaises travaillent désormais avec Meta pour en retrouver le propriétaire, avec l'appui de l'antenne thaïlandaise de la DEA américaine.

 

La Thaïlande comme point de passage

 

L'ONCB a également saisi 24,4 kilogrammes d'héroïne dissimulés dans des colis destinés à l'Australie et à Taïwan, lors d'opérations menées à Bangkok sur un réseau distinct. Les enquêteurs pensent que ces envois étaient pilotés par un fugitif thaïlandais recherché pour fraude, ce qui confirme que la route Bangkok-Australie n'a rien d'un accident isolé.

Le Premier ministre Anutin Charnvirakul, depuis la France où il était en déplacement, a déclaré que la Thaïlande « n'était pas un point de transit » pour les stupéfiants, invoquant des mesures de répression strictes. Il a par ailleurs qualifié la tentative de l'hôtesse de « peu clairvoyante et pas très maligne », rappelant que les contrôles australiens rendaient la manœuvre vouée à l'échec.

La réunion de ce vendredi 3 juillet 2026, présidée par Anutin Charnvirakul, doit revoir les procédures de contrôle des bagages en soute et au scanner. Le ministre des Transports a reconnu que les équipages bénéficiaient traditionnellement d'un traitement de confiance lors des contrôles, les scanners étant surtout calibrés pour détecter des explosifs, pas des stupéfiants. L’ancien chef de l'ONCB, Niyom Termsrisuk, est allé plus loin en affirmant publiquement que les machines de l'aéroport de Suvarnabhumi étaient techniquement capables de détecter de la drogue mais que leur paramétrage privilégiait d'autres priorités.

Le trajet exact du colis reste entièrement à reconstituer. Et la Thaïlande, malgré les dénégations de son Premier ministre, devra s'habituer à l'étiquette de pays de transit.

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