Sondhi Limthongkul, ancien leader emblématique des Chemises jaunes, vient de relancer une campagne d'activisme après plusieurs années de relative discrétion. Cette initiative ravive les craintes du gouvernement quant à la stabilité politique du royaume et au moral des investisseurs.


Sondhi Limthongkul est-il vraiment de retour ? Depuis le début du mois de septembre 2026, l'activiste a en tout cas relancé ses appels à la mobilisation. Lundi 7 septembre, il a annoncé sur YouTube le lancement d'une nouvelle campagne intitulée « Take Our Thailand Back » (« Reprendre Notre Thaïlande »).
Une campagne en trois volets
La campagne de Sondhi Limthongkul s'articule autour de trois objectifs clairement énoncés. D'abord, elle vise à surveiller et évaluer les performances du gouvernement actuel. Ensuite, elle réclame l'expulsion des visiteurs israéliens qualifiés de « problématiques ». Elle entend par là ceux qui commercent illégalement. Elle réclame enfin une surveillance stricte de la Commission Électorale, à la suite de soupçons de collusion lors de l'élection du Sénat de 2024. La Commission Électorale doit d’ailleurs rendre son verdict à ce sujet le lundi 14 septembre 2026.
Le leader des Chemises jaunes
Sondhi Limthongkul fut l’un des visages les plus en vue de la vie politique thaïlandaise au cours des deux dernières décennies. Cet homme de 78 ans, né le 7 novembre 1947 à Sukhothai, est d'abord un magnat des médias qui a fondé le Manager Daily et la chaîne satellite ASTV. Le journaliste est ensuite devenu activiste de poids, incarnant les protestations des Chemises jaunes qui ont marqué la Thaïlande.
En février 2006, il a co-fondé la People's Alliance for Democracy (PAD), en réaction à la politique du Premier ministre d’alors. Accusant Thaksin Shinawatra de corruption et de manque de loyauté envers la monarchie, le PAD a mobilisé des millions de Thaïlandais dans les rues de Bangkok. Son action a débouché sur le coup d'État militaire de septembre 2006 qui a renversé le gouvernement.
Des protestations qui ont marqué une génération
Sondhi Limthongkul ne s’est pas évanoui dans la nature après 2006. En 2008, lorsque les partis affiliés à Thaksin Shinawatra ont remporté les élections, il a relancé les manifestations du PAD. Cette fois, l'escalade a été notable : occupation du bâtiment du gouvernement puis, en novembre 2008, des aéroports internationaux de Don Mueang et Suvarnabhumi, pendant dix jours. Ce blocage aérien aurait coûté plusieurs milliards de bahts à l'économie thaïlandaise.
D’un côté les Chemises jaunes royalistes et nationalistes du PAD, de l'autre les Chemises rouges pro-Thaksin. Le mouvement a finalement été dissous en 2013 mais Sondhi Limthongkul a conservé son statut de figure incontournable de l'opposition au pouvoir en place.
Acquitté, il reprend du service
Après des années marquées par des démêlés judiciaires, dont une condamnation pour lèse-majesté en 2013 et une tentative d'assassinat en 2009 lors d'une embuscade qui l'a gravement blessé à la tête, Sondhi Limthongkul et 31 autres militants ont été acquittés des accusations d'insurrection en janvier 2024. Cette décision de justice pouvait sonner la fin de la récréation. C’est peut-être le cas aujourd’hui.
Le gouvernement s'inquiète
Les dernières annonces de Sondhi Limthongkul ont immédiatement déclenché une réaction de la part du gouvernement thaïlandais. Suchart Chomklin, ministre des Ressources naturelles et de l'Environnement et député du parti Bhumjaithai pour la province de Chon Buri, a exprimé sa préoccupation dès mardi 8 septembre 2026. « J'ai appris par les médias que Sondhi Limthongkul envisageait de descendre dans la rue. Cela pourrait nous ramener vingt ans en arrière et endommager la confiance des investisseurs, a-t-il déclaré. Si nous ravivons les troubles politiques du pays, comment le climat d'investissement pourra-t-il être stable ? »
Suchart Chomklin a rappelé que le gouvernement avait fait passer une loi d'amnistie pour les protestataires et que certains détenus avaient déjà été libérés. Il a invité les citoyens à réfléchir aux conséquences d'une reprise des troubles politiques.
À chaque fois que Sondhi Limthongkul s’est affiché en première ligne, les conséquences pour la Thaïlande ont été sérieuses. Le gouvernement d’un pays instable peut légitimement s’inquiéter.







