Édition internationale

À Cebu, l'ASEAN entre urgence pétrolière et dégel cambodgien

Le 48ème sommet de l'ASEAN, du 7 au 9 mai aux Philippines, a été dominé par les retombées du conflit en Iran sur l'énergie. La Thaïlande a aussi renoué le contact avec le Cambodge.

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Écrit par Émilien PEZZOLI
Publié le 11 mai 2026


 

« Hier, voire plus tôt. » C'est le calendrier qu'a fixé le président philippin Ferdinand Marcos Jr, hôte du sommet, pour doter l'ASEAN de mécanismes énergétiques communs. Trois jours de réunions à Cebu, dominés par les perturbations sur le détroit d'Ormuz et leurs effets sur les prix du pétrole en Asie du Sud-Est. Le président philippin a parlé d'un « effet domino » exposant la vulnérabilité de la région aux chocs extérieurs.

Les dirigeants se sont engagés à accélérer la ratification de l'accord de sécurité pétrolière de l'ASEAN, un système de partage de carburant entre États membres en cas de pénurie. L'accord existe sous différentes formes depuis 1986 mais n'a jamais été ratifié par l'ensemble des membres. Une étude sur la faisabilité d'un stockage pétrolier régional commun a également été lancée dans la foulée.

L'autre grand chantier réaffirmé est l'Asean Power Grid, censé connecter les réseaux électriques des onze pays pour permettre le commerce d'énergie entre voisins. Le projet figure dans les textes depuis 1997. Le premier pilote multilatéral opérationnel, reliant le Laos, la Thaïlande, la Malaisie et Singapour, n'a que quatre ans. La plupart des échanges se négocient encore entre deux pays et le réseau intégré vise l'horizon 2045, selon la Banque asiatique de développement. Le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul a appuyé ces engagements à la session plénière de vendredi et plaidé pour des investissements dans les renouvelables.

 

Première révision en dix-neuf ans

 

Les dirigeants ont aussi adopté vendredi le protocole de Cebu. L'ASEAN n'avait pas touché à sa charte depuis sa rédaction en 2007. Le texte intègre le Timor-Leste, devenu le 11e membre du bloc en octobre 2025, quatorze ans après sa candidature.

Sur la  Birmanie, le Premier ministre thaïlandais a vu dans le transfert d'Aung San Suu Kyi de prison vers une résidence un signe d'ouverture possible. L'ancienne dirigeante était détenue depuis le coup d'État de 2021. La même année, l'ASEAN avait adopté un plan de sortie de crise prévoyant un arrêt des violences et un dialogue avec la junte. Cinq ans plus tard, rien n'a bougé.

 

Bangkok et Phnom Penh ne boudent plus

 

Pour la Thaïlande, la réunion la plus scrutée du sommet s'est jouée en marge de la plénière. Jeudi soir Anutin Charnvirakul a retrouvé le Premier ministre cambodgien Hun Manet en présence du président philippin, facilitateur de la rencontre. Les deux pays n'avaient plus eu d'échange à ce niveau depuis plusieurs mois de tensions et deux épisodes de violence armée en 2025.

Le ministre des affaires étrangères thaïlandais Sihasak Phuangketkeow a qualifié les échanges de « francs et constructifs ». Ce que la réunion a produit demande de rester prudent. Les deux parties ont convenu d'éviter les accusations publiques et chargé leurs chefs de la diplomatie d'élaborer des mesures de confiance. Le retour de chargés d'affaires dans les ambassades, c'est-à-dire de diplomates de rang inférieur à l'ambassadeur, a été évoqué sans être acté. « Plusieurs procédures restent à accomplir », a indiqué Sihasak Phuangketkeow.

Le dossier le plus sensible portait sur le MoU 44, un accord de 2001 qui encadrait les négociations sur les zones maritimes disputées entre les deux pays dans le Golfe de Thaïlande. Le gouvernement thaïlandais avait approuvé son annulation le 5 mai, deux jours avant le sommet. À Cebu, Anutin Charnvirakul a informé Hun Manet de cette décision. Le Premier ministre cambodgien a accueilli la nouvelle avec déception et annoncé que Phnom Penh porterait le différend maritime devant une instance internationale. Anutin Charnvirakul a estimé que les deux pays pourraient désormais négocier « sous les mêmes règles », le Cambodge ayant ratifié la convention des Nations unies sur le droit de la mer plus tôt dans l'année. Aucun incident n'a été signalé à la frontière depuis plus de cinq mois, après des opérations de déminage conjointes. Celle-ci reste néanmoins toujours fermée.

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