Au lendemain de légers affrontements avec la police, une centaine de manifestants se sont rassemblés vendredi 16 octobre 2026 à Bangkok contre le FMI et la Banque mondiale.


Des tambours résonnent, des chants s’élèvent et un immense globe gonflable passe de main en main. Vendredi 16 octobre 2026, à Bangkok, l’ambiance est festive parmi la centaine de manifestants rassemblés contre le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Sur une pancarte, on peut lire « Thailand’s new hell license » (« le nouveau permis pour l’enfer de la Thaïlande »). En effet, la veille, quelques tensions avec la police avaient marqué le rassemblement.

Les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale se sont achevées dimanche 18 octobre 2026, après une semaine d’intense activité pour les 15.000 congressistes. Pour passer la nuit 15 au 16 octobre, beaucoup des manifestants ont installé leurs tentes sur place. Dans la foule, des personnes âgées côtoient des enfants et des manifestants de tous horizons. La diversité des participants donne le sentiment que des communautés venues des différentes régions du royaume se sont donné rendez-vous dans la capitale. Malgré les désaccords avec les autorités, la mobilisation se déroule ce vendredi sans affrontement.
« Nous sommes ici pour protester et dire que nous, les communautés locales, avons notre mot à dire dans les décisions économiques de notre pays et du monde », explique Pol, un jeune homme d’une vingtaine d’années qui habite à Bangkok, que nous avons rencontré sur place. Présent lors des tensions de jeudi, il raconte avoir assisté à des scènes violentes entre les manifestants et la police. Le lendemain, il se montre plus optimiste. Pour lui, la mobilisation doit permettre aux habitants de faire entendre leurs revendications auprès des institutions qui influencent les politiques économiques.
Ce n’est pas seulement une question économique ou environnementale
Pranom Somwong, conseillère juridique du People’s Network Against the World Bank and IMF, défend une revendication centrale : les populations concernées par les décisions économiques doivent pouvoir participer aux discussions internationales qui engagent leur avenir. « Ce n’est pas seulement une question économique ou environnementale, c’est aussi la manière dont le gouvernement traite notre voix », résume-t-elle auprès de nous.
Les manifestants dénoncent des politiques de développement qui, selon eux, privilégient les intérêts des grandes entreprises et des investisseurs au détriment des habitants. Ils estiment que les décisions relatives à l’endettement, à l’agriculture, aux ressources naturelles ou aux grands projets d’aménagement ne peuvent être prises sans consulter les communautés directement concernées.

Le mouvement rassemble notamment des agriculteurs, des travailleurs, des populations autochtones et des communautés qui défendent leurs terres et leur environnement. Dans une déclaration publiée le 15 octobre 2026, le réseau organisateur accusait les institutions financières internationales et les autorités thaïlandaises de favoriser un modèle de développement qui concentre les richesses tout en faisant peser les conséquences sociales et environnementales sur les populations.
Six revendications pour changer les règles
La contestation intervient en effet alors que Bangkok accueille les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, du 12 au 18 octobre 2026. Ces réunions rassemblent des responsables économiques et financiers venus du monde entier pour discuter des grandes orientations de l’économie internationale. Le réseau des manifestants entend profiter de cette rencontre pour rappeler que les décisions prises dans ces enceintes ont des conséquences concrètes sur le quotidien des habitants. Le 16 octobre 2026, les organisateurs ont présenté six revendications, parmi lesquelles l’annulation des dettes des pays à revenus faibles et intermédiaires confrontés à une crise, davantage de transparence sur les emprunts publics et une fiscalité plus progressive.
Ils demandent également que les financements publics soient davantage consacrés à l’agroécologie et à la protection de l’environnement plutôt qu’aux grandes entreprises. La démocratisation des banques centrales et la prise en compte des besoins des populations et de la planète dans les politiques économiques figurent aussi parmi leurs priorités.

La mobilisation s’est achevée après la présentation de ces revendications, selon le média thaïlandais Khaosod English. Mais pour les participants, l’enjeu dépasse cette journée de protestation : il s’agit de faire reconnaître les communautés locales comme des acteurs à part entière des décisions qui façonnent leur avenir.












