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À Bangkok, le FMI félicite la Thaïlande mais l’alerte sur la dette, le vieillissement et le climat

À Bangkok, un séminaire du FMI a dressé un avantageux bilan de 35 ans de croissance thaïlandaise et pointé les défis à venir : dette des ménages, vieillissement, climat et productivité.

Réunion fmi Bangkok 2026Réunion fmi Bangkok 2026
Écrit par Franck STEPLER
Publié le 14 octobre 2026


 

Le Fonds monétaire international (FMI) a consacré à la Thaïlande un séminaire spécial, mardi 13 octobre 2026, au Queen Sirikit National Convention Center de Bangkok. Intitulée « Bangkok 1991-2026 : la voie thaïlandaise vers une croissance résiliente et inclusive », la rencontre s'est tenue, rappelons-le, dans le cadre des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale (12-18 octobre), que le royaume accueille pour la deuxième fois, après 1991.

 

Un bilan flatteur depuis 1991

 

Kenji Okamura, directeur adjoint du FMI, a ouvert la séance par un constat chiffré très flatteur pour le pays hôte : l'économie thaïlandaise est aujourd'hui trois à quatre fois plus forte qu'en 1991. Le PIB par habitant est passé de moins de 1.800 dollars à plus de 8.000 dollars. Le taux de pauvreté a chuté d’environ 50% à moins de 5%. « Peu de pays ont réalisé une transformation aussi profonde en une seule génération », a-t-il estimé.

 

Selon lui, ce parcours repose sur trois piliers : des institutions et des cadres macroéconomiques crédibles, bâtis après la crise financière asiatique ; l'ouverture aux marchés régionaux et mondiaux ; un investissement soutenu dans l'éducation, la santé et les compétences des celles et des hommes.

 

Attention à la dette des ménages, au vieillissement et au climat

 

Le dirigeant du FMI a toutefois averti que ces acquis ne suffiraient pas. Il a cité trois défis structurels qui pèsent sur la croissance future : le vieillissement rapide de la population, l'endettement élevé des ménages et les risques climatiques, dans un contexte mondial plus fragmenté et plus incertain. Pour y répondre, il recommande de renforcer encore les institutions, de poursuivre l'ouverture et d'investir dans le capital humain. La Thaïlande devra aussi trouver de nouveaux moteurs de croissance, notamment grâce aux gains de productivité de l'intelligence artificielle (IA) et de la numérisation.

 

Du miracle industriel à la crise de 1997

 

Ekniti Nitithanprapas, vive-Premier ministre et ministre des Finances thaïlandais, a retracé la première transformation du pays, dans les années 80, lorsque les entreprises japonaises ont délocalisé leur production en Asie du Sud-Est, attirant les investissements étrangers, notamment dans l'automobile et l'électronique. Mais, a-t-il expliqué, la croissance annuelle d’alors, de 8 à 10%, masquait des fragilités, comme un recours excessif à l'emprunt en devises étrangères, qui ont contribué à la crise de 1997.

 

Depuis, le système bancaire a été renforcé et les réserves de change représentent près de trois fois la dette extérieure à court terme. Cette stabilité ne semble pourtant pas suffire. « Notre prochain décollage ne peut pas reposer sur une main-d'œuvre bon marché », a affirmé le ministre, évoquant le vieillissement de la population thaïlandaise et les tensions sur le marché du travail. Il a appelé à une seconde vague d'investissements dedans le secteur des hautes technologies, à des liens renforcés entre les PME thaïlandaises et les chaînes d'approvisionnement mondiales et à une plus grande ouverture du secteur des services aux acteurs étrangers.

 

Il a cité deux dispositifs gouvernementaux : « Skill Bridge », qui associe investisseurs internationaux et universités thaïlandaises pour former des ingénieurs en électronique, semi-conducteurs et IA, et une « guillotine réglementaire » destinée à supprimer les règles obsolètes et à simplifier les permis de travail et visas numériques. Il souhaite aussi que l'industrie essaime au-delà des pôles traditionnels : électronique à Lamphun, composants automobiles à Nakhon Ratchasima, assemblage de semi-conducteurs à Songkhla.

 

Une croissance qui s'essouffle

 

Vitai Ratanakorn, gouverneur de la Banque de Thaïlande, a décrit une économie financièrement solide mais de moins en moins dynamique. La croissance est passée de plus de 7% avant 1997 à environ 5,3% après la crise, 3,5% après la crise financière mondiale des années 2000 et environ 2,4% depuis la pandémie de Covid 19. Le gouverneur table sur une croissance de 2,1% à 2,3%, seulement, en 2026, un ralentissement qu'il juge surtout structurel.

 

Régionalisation, IA et confiance des investisseurs

 

Suthiphand Chirathivat, professeur émérite à l'université Chulalongkorn, a souligné que le commerce régional équivaut à près de 90% du PIB de l'ASEAN, qui a attiré 243,9 milliards de dollars d'investissements directs étrangers en 2025, soit environ 15% des flux mondiaux. La Thaïlande peine pourtant à capter sa part face au Vietnam, à la Malaisie ou à Singapour. Citant une étude de la Banque asiatique de développement, il a estimé que près de 80 millions de travailleurs de l'ASEAN pourraient être touchés par l'IA générative, alors que la transition verte pourrait créer 30 millions d'emplois d'ici 2030. Son diagnostic : « Nous avons d'excellents plans directeurs nationaux, mais notre capacité de mise en œuvre a toujours été notre maillon faible. »

 

Pour Krishna Srinivasan enfin, directeur du département Asie-Pacifique du FMI, les progrès passés ne garantissent pas les investissements futurs : prévisibilité des politiques, transparence réglementaire et crédibilité budgétaire seront décisives. Sur l'IA, il a indiqué que, selon les travaux du FMI en Asie, la demande nette de main-d'œuvre recule d'environ 10% au départ dans les secteurs les plus exposés, avant de se stabiliser, car la technologie complète les tâches plutôt qu'elle ne supprime des métiers entiers.

 

Les intervenants se sont accordés sur un point : la solidité financière de la Thaïlande constitue un bon point de départ mais la croissance dépendra de réformes menées jusqu'au bout, d'une productivité accrue et d'une main-d'œuvre capable de tirer parti des nouvelles technologies.

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