Il y a une dizaine d’années, Jean-Michel Beurdeley et son fils, Éric Bunnag Booth, ont eu envie de donner un nouvel élan à l’art contemporain en Thaïlande. Ainsi est né le MAIIAM de Chiang Mai.


Je me suis longtemps demandé quelle signification se cachait derrière cet acronyme en forme de palindrome : MAIIAM. Évidemment « Modern Art » semblait s’imposer. Et peut-être « International » pour le I. Mais alors pourquoi répéter ces mots à l’envers ? Ou alors peut-être les trois dernières lettres avaient-elles leur propre signification. Ou les deux dernières signifiaient-elles « Art Moderne » et il fallait trouver le reste… rien de tout cela en fait. Aucun acronyme derrière ces six lettres mystérieuses mais la juxtaposition de deux mots qui vont si bien ensemble. « Mai » et « Iam ». Nous y reviendrons.
La vie d’un collectionneur entre Bangkok et Paris
Jean-Michel Beurdeley a 81 ans. Parisien d’origine, il est issu d’une famille de collectionneurs qui a commencé à s’intéresser à l’art au milieu du 19ème siècle. Son père était expert auprès des hôtels de ventes, à Paris et à l’étranger, spécialisé dans l’art d’Asie.

Lui aussi passionné par le sujet, Jean-Michel a ouvert sa galerie boulevard Saint-Germain, à Paris, en 1966, après avoir travaillé chez des antiquaires. Il fermera boutique en 1998. Durant ces plus de trente années, il aura beaucoup voyagé sur le continent « pour voir ce qu’il s’y passait », comme il le dit lui-même. Hong Kong, Tokyo, la Thaïlande, où il rencontre Patsri Bunnag, qui deviendra sa femme, et dont le fils, Éric, deviendra son alter ego dans la vie privée comme dans la vie artistique.
À partir de 1974, la vie se poursuit entre Bangkok et Paris. Jean-Michel Beurdeley s’intéresse de plus en plus à la peinture des années 30, à l’art contemporain, aux artistes chinois qui ont vécu en Europe, comme Zao Wou-Ki. Il commence à collectionner les œuvres de sa femme, Lalan, et publie un ouvrage sur elle. Après sa disparition et celle de son second mari, Jean-Michel Beurdeley se voit confier la gestion de son œuvre. Il organise des expositions, notamment en Asie, pour la faire mieux connaître. Elles lui mettront le pied à l’étrier.
La maison familiale de Bangkok débordait d’œuvres
« Mai » signifie « nouveau ». Chiang Mai est la ville nouvelle, ainsi baptisée en 1296 en opposition à Chiang Rai, lorsqu’elle devient la nouvelle capitale du royaume Lanna à sa place. « Iam » est un souvenir familial. L’arrière-grand-mère d’Éric s’appelait Jao Jom Iam et était l’épouse du roi Rama V. Le jeu de mots a plu tant au père qu’au fils. Littéralement, on peut aussi traduire MAIIAM par « tout neuf », ce qui sied à merveille à un musée d’art contemporain…

Pourquoi un musée ? Parce que la maison familiale de Bangkok débordait d’œuvres.
Pourquoi à Chiang Mai ? C’est Jean-Michel Beurdeley qui répond. « Nombre d’artistes de Bangkok viennent s’installer ici parce que la vie y est plus agréable. On y trouve aussi une très bonne école des beaux-arts, un mouvement artistique et la vie y est moins chère. »

Ici aussi, l’amoureux d’art essaie de faire connaître des artistes comme Lalan. Selon lui, la Thaïlande est un peu en retard sur le Vietnam, l’Indonésie ou les Philippines en matière d’art contemporain. L’école des beaux-arts est née vingt ans plus tard et la liberté de création fait un peu défaut. Ce retard serait aussi le revers de la médaille de la non-colonisation. Dans les pays voisins, les colons appréciaient et achetaient…
Des écoles viennent même en bus de toute la Thaïlande
Le MAIIAM est né il y a une dizaine d’années. Les œuvres exposées sont des choix d’émotion uniquement. On y découvre des artistes thaïlandais en priorité mais pas exclusivement.
Cambodgiens, Vietnamiens et même Français peuvent y trouver leur place. Les visiteurs sont des Thaïlandais et des touristes, principalement ceux qui tapent « musée » sur un moteur de recherche.

Mais il n’est jamais facile d’attirer du monde dans les lieux de culture. Surtout que le MAIIAM se trouve au sud-est de Chiang Mai, nettement à l’extérieur de la ville. « Cette route était celle de l’artisanat et c’est un peu terminé, ça intéresse moins les gens, déplore Jean-Michel Beurdeley. D’un autre côté, il y a moins de tours organisés, les gens peuvent un peu plus faire ce qu’ils veulent, ils commandent un véhicule et viennent à nous. Des écoles viennent même en bus de toute la Thaïlande, y compris de l’Isan. »
La visite du directeur du Louvre Abu Dhabi
Une petite anecdote pour finir, narrée par Jean-Michel Beurdeley. « Il y a un an, un monsieur en short vient visiter le MAIIAM avec sa famille. Il me dit qu’il aime beaucoup le musée. Il fait beaucoup de photos. Il habite Abu Dhabi. Il me tend sa carte : c’était le directeur du Louvre Abu Dhabi ! Ce qu’on fait est très amusant. L’art est mon plaisir dans la vie. Voir des gens de ce niveau ou d’un autre aimer ce que nous faisons avec mon fils est un plaisir. Nous ne sommes pas grands mais des gens du monde entier viennent voir ce qui se passe ici. Nous avons ouvert une petite fenêtre sur l’art contemporain, qui a le mérite d’exister. Je sens qu’en Thaïlande, les choses démarrent vraiment. Il y a des collectionneurs. Le mouvement est enclenché. Des expatriés commencent à collectionner. Le but pour nous était de lancer l’art contemporain en Thaïlande et on y contribue. »
Le MAIIAM, c’est ici :
https://maps.app.goo.gl/Fjijf8VijBQaWh5r8?g_st=ic
Et pour en savoir plus, c’est par là :
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