Samedi 23 octobre 2021
TEST: 2292

Brève visite du Premier ministre israélien en Egypte, la première en 10 ans

Par AFP | Publié le 13/09/2021 à 17:05 | Mis à jour le 13/09/2021 à 22:50
Le Premier ministre israélien en Egypte

Le Premier ministre Naftali Bennett a effectué lundi une brève visite en Egypte, la première d'un chef de gouvernement israélien en 10 ans, au cours de laquelle il a discuté avec le président Abdel Fattah al-Sissi du dossier sécuritaire et du conflit israélo-palestinien.

Premier pays à avoir signé la paix avec Israël en 1979, l'Egypte a toujours joué les médiateurs pour mettre fin aux cycles de violence entre Israël et le mouvement palestinien Hamas au pouvoir à Gaza et pour tenter de réconcilier le Hamas avec l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas.

Quelques jours après avoir reçu M. Abbas, M. Sissi a reçu à Charm al-Cheikh, sur la mer Rouge, le très droitier Bennett, renouant avec des rencontres au sommet fréquentes jusqu'à la révolte populaire de 2011 en Egypte.

Ils ont évoqué les "efforts pour relancer le processus de paix" israélo-palestinien, au point mort depuis 2014, a indiqué la présidence.

D'après une source diplomatique israélienne, M. Bennett a abordé le sort des corps de deux soldats israéliens tués en 2014 à Gaza et de deux civils, entrés de leur propre gré dans l'enclave palestinienne et détenus depuis, et qu'Israël souhaite rapatrier.

M. Sissi, dont le pays est bordé à l'est par la bande de Gaza et Israël, a lui plaidé pour la reconstruction des infrastructures et des bâtiments détruits à Gaza sous blocus israélien depuis plus de 15 ans.

Dimanche, le chef de la diplomatie Yaïr Lapid a proposé d'"améliorer" les conditions de vie des Gazaouis en échange d'un engagement au "calme" du Hamas, et mis en avant "le soutien et l'implication des partenaires égyptiens" pour l'appliquer.

- "Approfondir les relations" -

La visite de M. Bennett marque une "étape importante vu le développement des relations sécuritaires et économiques" entre les deux pays et de leur "préoccupation commune" vis-à-vis de Gaza, estime Nael Shama, spécialiste de la politique étrangère égyptienne.

Alors que M. Sissi avait reconnu que son armée entretenait avec Israël la coopération "la plus étroite" de leur histoire contre les "terroristes" dans la péninsule égyptienne du Sinaï (est), la question de la lutte contre le "terrorisme" a été au menu des discussions de Charm el-Cheikh, où étaient présents les dirigeants sécuritaires égyptiens et israéliens.

En échange de la paix, l'Egypte a récupéré sa souveraineté sur le Sinaï occupé par Israël en 1967, mais elle a été forcée de le démilitariser. Or, depuis 2013, elle fait face à une insurrection menée par une branche du groupe jihadiste Etat islamique (EI) qui a remis en cause cet état de fait.

Les discussions entre MM. Bennett et Sissi ont aussi porté sur des dossiers régionaux dont le programme nucléaire iranien, source de tensions entre Israël et l'Iran, selon la source diplomatique.

Alors qu'il s'envolait pour Israël, M. Bennett a indiqué avoir exploré avec son homologue "les moyens d'approfondir (les) relations et de renforcer les intérêts des deux pays", selon un communiqué de son cabinet.

Les deux pays ont dernièrement développé leurs liens dans le domaine énergétique et depuis 2020, l'Egypte reçoit du gaz naturel d'Israël pour le liquéfier et le réexporter vers l'Europe, un accord évalué à 13,3 milliards d'euros.

- "Rôle indispensable" -

La dernière visite d'un Premier ministre israélien remonte à janvier 2011. Benjamin Netanyahu avait alors rencontré le défunt Hosni Moubarak, chassé du pouvoir quelques jours plus tard par la révolte populaire. Celle-ci a été suivie en 2013 par le renversement de son successeur Mohamed Morsi et la prise de pouvoir de M. Sissi.

Israël et l'Egypte sont deux des principaux alliés de Washington au Moyen-Orient et grands bénéficiaires de son aide militaire.

C'est aussi à l'administration américaine de Joe Biden que Le Caire cherche "une fois de plus à signaler son rôle indispensable dans la stabilisation du conflit" israélo-palestinien, selon M. Shama.

Vis-à-vis d'une population égyptienne longtemps résolument hostile à la normalisation avec Israël, le fait que depuis 2020, quatre pays arabes -les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan- aient normalisé les liens avec l'Etat hébreu a changé la donne.

Et surtout, explique à l'AFP le politologue Mostafa Kamel al-Sayed, à la différence de l'ère Moubarak, "le régime Sissi est parvenu à domestiquer l'opposition" après une large campagne de répression.

0 Commentaire (s) Réagir