Édition internationale

VINCENT LEMIRE – Une autre histoire de Jérusalem

Écrit par Lepetitjournal Tel Aviv
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 3 juin 2013

 

Le 28 mai dernier, l'historien Vincent Lemire était à l'Institut Français de Tel-Aviv pour présenter son livre "Jérusalem 1900", un ouvrage qui parle de l'histoire de Jérusalem au début du XXème siècle. Une période peu connue qui bouscule les idées reçues sur l'histoire de la ville sainte.

 Vincent Lemire dans la vieille ville de Jérusalem - Photo : DR

L'auditorium de l'Institut Français était bien rempli en ce mardi soir pour venir écouter V. Lemire. Historien-chercheur mais aussi enseignant à l'Université de Marne-La-Vallée, c'est accompagné de nombreux documents et photos d'époques qu'il a montré à quoi ressemblait Jérusalem à cette époque. Et c'est religieusement que le public a suivi cet exposé sur cette période mal connue de l'histoire de la ville. Car au fond, que sait-on vraiment de Jérusalem ville ottomane ? C'est précisément pour cette raison que l'auteur s'est intéressé à la période 1900-1917. Selon lui, il y a "un vrai vide entre Jérusalem au temps des croisades et Jérusalem au rythme du conflit israélo-arabe".

Jérusalem, ville cosmopolite
Jérusalem a été une ville au sein de l'empire Ottoman jusqu'à la chute de celui-ci en 1917, puis sous mandat britannique jusqu'à la création de l'Etat hébreu. Qu'apprend-on alors de cette période particulière de la vie de Jérusalem au travers du livre de V. Lemire ? Principalement qu'elle a été une ville multiculturelle aux frontières floues. Les quatre quartiers de la vieille ville actuelle existaient bien depuis le début du XIXème siècle, mais la mixité entre les différentes communautés était très forte. Il raconte par exemple, en s'appuyant sur un recensement de 1905, que près de la moitié des familles vivant dans le quartier juif étaient musulmanes et qu'un tiers des habitants du quartier musulman étaient juifs.

Quand, en 1908, après ce qu'on appelle la révolution des Jeunes Turcs, l'empire ottoman déclare l'égalité totale de toutes les citoyens de l'empire quel que soit leur origine et/ou leur religion, on assiste à Jérusalem à des scènes de liesses populaires pendant près de deux semaines. Des groupes de Juifs ou encore de Grecs processionnent dans la ville et des quotidiens dans toutes les langues apparaissent. V.Lemire raconte même qu'un groupe de Juifs a été chaleureusement accueilli par les autorités religieuses musulmanes pour visiter les différents lieux saints musulmans de la ville. Les communautés chrétiennes, musulmanes et juives vivaient donc dans une relative harmonie à cette époque, et  les premiers gros heurts entre communautés ont commencé plus tard, dans les années 1920 et 1930.

C'est en ce sens que le début du XXème siècle est une période charnière dans l'histoire de la ville sainte car comme l'explique V.Lemire "pour la première fois, Jérusalem est devenue l'objet central de deux nations, après avoir été pendant des siècles une ville multiculturelle au sein d'un grand empire". Il ajoute qu'après la fin de l'empire ottoman, "Jérusalem la cosmopolite s'est alors heurtée aux deux nationalismes (arabe et sioniste) qui ont émergé après le départ des forces ottomanes", qui ont alors modelé la situation actuelle de la ville.

Jérusalem, ville sainte depuis toujours
V.Lemir explique qu'il y a toujours eu des pèlerins, érudits et chercheurs à Jérusalem, mais la ville a assisté au XIXème et début XXème siècle à une explosion de l'archéologie chrétienne, voire même ce qu'il qualifie de "création de lieux saints". Il prend pour exemple la tombe du Jardin, que les protestants considèrent comme le véritable tombeau du Christ, par opposition avec les catholiques et les chrétiens orthodoxes pour qui le tombeau du Christ est le Saint-Sépulcre. Il raconte alors que c'est à partir du moment où les touristes protestants ont commencé à affluer à Jérusalem que les autorités religieuses protestantes ont constaté le manque de lieux saints protestants. Ils auraient alors décidé de s'en créer un certain nombre, d'où la "découverte" de la tombe du Jardin à cette époque. Pour ce qui est de l'archéologie musulmane et juive, elles n'existaient pas vraiment à ce moment-là, l'archéologie juive s'étant considérablement développée après la création de l'Etat hébreu.

A l'issue de cet exposé, les faits présentés par V. Lemire ont suscité des discussions entre l'auteur et le public, sur des sujets plus larges tels que le sionisme ou le conflit israélo-palestinien. Et lorsqu'il a été pris à partie par une personne présente sur l'éventuelle utilisation politique des thèses de son ouvrage, celui a répondu qu'en tant qu'historien il ne faisait qu'exposer des faits et qu'il mettait un point d'honneur à être objectif, en faisant la même conférence partout, à Tel-Aviv comme à Gaza (où il était en mars). 

Quoi qu'il en soit, le livre de V.Lemire est probablement un ouvrage de référence pour tous ceux intéressés par l'histoire de Jérusalem, qui fourmille d'informations et d'illustrations, et qu'Olivier Rubinstein décrit comme un livre "grand public, mais dans le bon sens terme" car accessible à tous.

Justine SIMONIN (www.lepetitjournal.com) Lundi 3 juin 2013

logofbtelaviv
Publié le 2 juin 2013, mis à jour le 3 juin 2013
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos