Édition internationale

MICHEL ONFRAY – "Vivez en paix, vivez heureux, il n’y a qu’une vie !"

Écrit par Lepetitjournal Tel Aviv
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 19 mars 2013

 

Le mois de la francophonie continue en Israël. C'est à cette occasion que l'Institut français de Tel-Aviv, en collaboration avec le département français de l'Université de Tel-Aviv, a reçu le philosophe Michel Onfray. Portrait et interview d'un hédoniste convaincu, lors de sa première visite en Israël.

 Michel Onfray en plein débat - Photo : Institut Français, Tel-Aviv  

Avec son dernier ouvrage, 'L'ordre libertaire : la vie philosophique d'Albert Camus', Michel Onfray tente de redonner toutes ses lettres de noblesse à un Camus trop souvent considéré comme un "philosophe pour classes de terminales". Et tant pis s'il faut, pour réaliser ce portrait, passer par un "anti-portrait" de Jean-Paul Sartre. "Détestez-moi autant que vous le voulez, mais lisez le livre avant de me détester" lance Michel Onfray vendredi matin à l'Institut français de Tel-Aviv lors d'une conférence donnée devant un public franco-israélien venu en nombre.

Originaire de Normandie, Michel Onfray est le fils d'un père ouvrier agricole et d'une mère femme de ménage. Il est rapidement placé dans un orphelinat jusqu'à l'âge de 14 ans. "La philosophie m'a sauvé la vie et je veux sauver la vie des gens de la même manière" explique-t-il. Ni professeur agrégé, ni Normalien et ni Parisien, Michel Onfray est souvent considéré comme étant en rupture avec le milieu universitaire. "Je n'ai jamais eu vraiment de rupture avec l'université, je n'y ai juste jamais adhéré. Je ne veux pas faire des livres formatés" affirme-t-il.

De quoi s'attirer les foudres de ce milieu. Selon lui, le nombre d'ouvrages qu'il a écrit, son succès auprès des lecteurs et le succès de l'Université populaire de Caen qu'il a crée sont autant de raisons qui expliqueraient sa position d'intellectuel controversé. "Je suis très heureux de pouvoir concerner des gens qui ne sont pas du métier et je préfère cette reconnaissance à celle des universitaires" explique le philosophe.

Mais le public qui a assisté à sa conférence au sein de l'Institut français était plus intéressé par les polémiques dont Michel Onfray a été touché durant cet été. Notamment suite à un article paru dans le journal Le Point, dans lequel il défendait Jean Soler suite à la publication de son livre 'Qui est Dieu'. "L'antisémitisme est une vieille attaque" précise-t-il, "quand on n'a pas d'arguments, en France, on tape fort et on utilise l'antisémitisme. Cependant, personne n'a jamais parlé de mes textes qui défendent le peuple juif."

C'est lors de sa conférence donnée au département français de l'Université de Tel-Aviv que Michel Onfray a pris le temps de répondre aux questions du petitjournal.com/telaviv.

La conférence à l'Université de Tel-Aviv - Photo : Institut Français, Tel-Aviv

Lepetitjournal.com: Est-ce que l'on attend d'un intellectuel qu'il soit controversé ?

Michel Onfray : Controversé, je ne peux pas dire que je ne le suis pas, car régulièrement, il y a des campagnes de presse contre moi. J'ai l'habitude de l'insulte, mais d'une certaine manière, ça me paraît normal. On attend d'un intellectuel qu'il soit controversé. Je pense que si on n'est pas là pour être clivant, c'est-à-dire pour penser, mais en même temps pour faire sauter des légendes, alors on ne fait pas correctement son travail.

Vous évoquiez, lors de votre conférence à l'Université de Tel-Aviv, le conflit israélo-palestinien. Quel regard portez-vous sur la question ?

Il est difficile de rentrer dans un débat comme celui-ci. Mais je pense simplement qu'il faut penser en termes de confédération. Il faut penser aujourd'hui en termes post-nationaux. Il faut arrêter de dire qu'il faut deux Etats. Il faut juste se demander comment font les suisses par exemple. La confédération helvétique, c'est un modèle intéressant. Plusieurs langues, plusieurs origines et on vit ensemble. Donc il y a des travaux à faire pour dire : Partageons, tout le monde a intérêt à la paix. Il faut distinguer l'Israël d'en haut qui a des intérêts économiques, stratégiques, militaires, etc. et l'Israël d'en bas. Il y a pleins de gens qui veulent la paix, pour qu'il y ait la prospérité ensuite, qu'il y ait le bonheur d'être ensemble, qu'il n'y ait pas à craindre des attentats. Simplement, tant que l'on n'est pas dans ces logiques là, on reste dans une radicalisation de part et d'autre et plus on se radicalise et moins on s'en va vers la résolution du problème.

Il s'agit de votre première visite en Israël, quelles sont vos premières impressions ?

Je n'ai pas beaucoup de temps pour visiter, mais juste assez pour sentir deux ou trois choses. J'ai l'impression qu'on est en Occident mais pas en Europe, ce qui fait une différence essentielle, qu'il y a une vitalité ici qui est débordante, une santé, une jeunesse et que l'aspect fatigué, vieilli et usé de la France est visible au regard de ca. Mais en même temps, cette potentialité là a les vices induits. C'est-à-dire que quand il y a de la violence, elle est encore plus vivace que la violence chez les vieux qui sont épuisés. On a juste envie, dans cet endroit de la planète de dire, vivez en paix, vivez heureux, il n'y a qu'une vie, croyez au Dieu auquel vous avez envie de croire mais n'obligez pas l'autre à y croire. Ce sont des choses élémentaires, du bon sens, mais je pense que l'on a perdu le bon sens aujourd'hui.

Antoine Ripaud (lepetitjournal.com/telaviv) Mardi 19 mars 2013

logofbtelaviv
Publié le 19 mars 2013, mis à jour le 19 mars 2013
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos