

A l'occasion de la sortie en hébreu de 'Limonov', Prix Renaudot 2011, Emmanuel Carrère a fait le voyage en Israël afin de parler du héros de son livre. Antipathique, un véritable "salaud" pour certains, le russe Edouard Limonov, est passionnant.
Photo: crédit. Sebastien Leban
"Limonov est un écrivain russe, aventurier, homme politique, personnage passablement douteux, mais qui méritait de devenir le héros d'un roman d'aventure" explique d'entrée de jeu Emmanuel Carrère.
C'est en France que les deux hommes se rencontrent pour la première fois, dans les années 80. Limonov, dissident un peu punk qui écrit des poèmes, intègre à l'époque, pour quelques temps le monde littéraire parisien.
Emmanuel Carrère lui, vient d'un milieu plutôt bourgeois. "Je suis tout ce que Limonov n'aime pas" dit-il en souriant. "Je l'ai revu beaucoup plus tard, dans le bordel post-soviétique. Il était à la tête d'un parti idéologiquement discutable, à la fois inspiré des idées communistes et fascistes, il s'est rapidement retrouvé dans une position d'opposant à Poutine."
Il y a 5 ans, Emmanuel Carrère part en Russie faire un reportage sur Limonov pour un journal. "Après 15 jours passés en sa compagnie, j'étais encore plus perplexe qu'en arrivant, c'est ce qui m'a donné l'envie d'écrire un livre" explique-t-il.
"A plusieurs reprises j'ai voulu arrêter l'écriture de ce livre tellement Limonov me dégoutait" confie Emmanuel Carrère. Truand à Kharkov, poète à Moscou, sans-abri puis domestique à New-York, écrivain et journaliste à Paris, soldat en Serbie, dissident puis prisonnier politique dans l'ex-URSS, voilà un parcours peu ordinaire qui fait de Limonov un homme hors du commun et tout à fait passionnant.
"Mais il était un peu perplexe avec mon projet de livre, finalement, il a été très content de ce que j'ai écrit" raconte l'écrivain.
Les deux hommes ne sont pas amis, explique Emmanuel Carrère. "Je pense que cela valait mieux pour la qualité du livre" précise-t-il. "Maintenant que le livre est fini, publié, il y a une sorte de gratitude entre nous. Limonov est content car on reparle de lui et moi car je pense avoir fait un bon livre".
Quant à la publication en hébreu du livre, Emmanuel Carrère est curieux de la réaction des Israéliens. "Je ne sais pas jusqu'à quel point ce livre peut intéresser le public israélien, mais étant donné la grande communauté russe vivant ici, Limonov n'est pas totalement étranger." Ce n'est pas la première fois que cet écrivain français est traduit en hébreu, trois de ses romans, L'Adversaire, La classe de neige et Un roman russe ont déjà été publié en Israël.
Emmanuel Carrère travaille actuellement sur un nouveau livre, mais n'a pas voulu nous en dire plus. "Le projet est bien trop récent" explique-t-il.
Edouard Limonov avait exprimé un v?u "amical" au sujet d'Emmanuel Carrère. "Je lui souhaite de mal tourner, tous les grands écrivains tournent mal". Nous ne pouvons que lui souhaiter de continuer à nous faire découvrir des personnages aussi passionnant du 21e siècle, mais de là à mal tourner, "tout dépend des critères, mais je ne pense pas mal tourner selon les critères de Limonov qui ne sont pas les miens" conclut Emmanuel Carrère.
Antoine RIPAUD (lepetitjournal.com/telaviv) Mercredi 20 février 2013







