

Margaret Thatcher, l'emblématique "dame de fer", s'est éteinte lundi à l'âge de 87 ans. Bien connue pour ses sévères politiques socio-économiques et son ultra-libéralisme, encensée ou décriée, son décès a déclenché des réactions dans le monde entier, et particulièrement en Israël. Car, fait peu connu, Thatcher était une fervente partisane de l'Etat d'Israël et une grande amie du peuple juif.
Margaret Thatcher et Shimon Peres - Photo : Y.Saar - GPO
Elle fut le premier Premier Ministre britannique à visiter Israël au cours de son mandat en 1986. C'était un souhait qu'elle avait exprimé dès le début de sa carrière politique. Quand elle en fit la demande au ministère des Affaires Etrangères en 1963, elle dû faire face à de nombreuses réserves de la part des diplomates, mais son insistance paya et elle se rendit pour la première fois dans le pays en 1965. A l'époque, elle avait déclaré être "impressionnée par le dévouement, l'esprit pionner et le réalisme" des Israéliens.
Elle était aussi réputée au sein de la communauté juive britannique pour avoir une profonde admiration envers celle-ci, qu'elle considérait comme une communauté ayant une vraie éthique de travail et qui n'attendait pas d'aide de l'Etat pour atteindre le succès. Des valeurs similaires à celles qui ont guidé ses politiques pendant onze ans. Elle avait écrit dans ses mémoires : "Je n'ai jamais vu un Juif se laisser entrainer dans la pauvreté et le désespoir. Les Chrétiens devraient prendre exemple sur la façon dont les Juifs se prennent en main et réussissent par eux-mêmes". Thatcher a aussi été la députée représentant la circonscription de Finchley pendant 33 ans, où de nombreux Juifs vivent.
Yehuda Avner, ancien ambassadeur d'Israël au Royaume-Uni (1983-88), explique "qu'elle se sentait avoir un lien intime avec le peuple juif. [?] Elle n'était pas comme la plupart des autres conservateurs, il n'y a avait rien de la classe supérieure en elle. On disait alors que c'était pour cela qu'elle se sentait proche des Juifs".
Le Premier Ministre Binyanim Netanyahou et le Président Shimon Peres ont tous les deux exprimé leur tristesse à l'annonce du décès de celle qu'ils considéraient comme "une alliée fidèle, une amie nationale et personnelle".
Le Premier Ministre était effectivement un ami de Thatcher. Bien avant qu'il n'entre en politique, il admirait déjà l'idéologie politique de la Dame de Fer. En 2000, il avait effectué un voyage à Londres pour la rencontrer. Lors de sa défaite aux élections législatives de 1999, elle lui avait envoyé une note de soutien écrite de sa main. Netanyahou a déclaré qu'elle était "un véritable grand leader, une femme de principe, de détermination, de conviction, une femme forte et remarquable. [?] Elle a inspiré toute une génération d'hommes et de femmes politiques".
D'autres personnalités politiques israéliennes se sont aussi exprimées à l'annonce de son décès. La ministre de la Justice Tzipi Livni a dit que, même si on pouvait ne pas approuver ses politiques, "il était impossible de ne pas apprécier sa force de caractère, qui se faisait toujours entendre au milieu d'une structure politique masculine". Avigdor Liberman se rappelle de sa visite en Israël : "Je me souviens des larmes qu'elle avait versée pendant sa visite à Yad Vashem et de sa grande empathie pour les épreuves passées et futures de notre nation".
L'amitié de Thatcher pour Israël était authentique, mais les relations entre les deux pays ont connu des hauts et des bas, surtout dans les années 80. La mésentente entre Thatcher et le Premier Ministre israélien de l'époque Menahem Begin n'était un secret pour personne. Elle avait même dit que Begin était "l'homme le plus difficile" avec qui elle n'ait jamais travaillé. Thatcher s'était par exemple formellement opposée aux bombardements du réacteur nucléaire irakien Osirak en 1981 et à l'opération au Liban en 1982. Néanmoins, Shimon Peres a déclaré que M. Thatcher s'était toujours tenue aux côtés d'Israël en temps de crise et avait toujours usé de son influence pour aider Israël à avancer dans le processus du paix. Le Président faisant sûrement référence au rôle majeur de Thatcher dans les négociations de paix avec la Jordanie à la fin des années 80.
Même si Margaret Thatcher s'été retirée des affaires publiques depuis les années 90, c'est bien une fidèle alliée que vient de perdre Israël. Dans ses mémoires, elle décrivait l'Etat Juif comme "un pays dont la construction politique et économique contre vents et marées, contre d'implacables ennemis, est une des grandes sagas héroïques de notre Age. Israël a vraiment fait fleurir le désert".
Justine SIMONIN (www.lepetitjournal.com/telaviv) mardi 9 avril 2013







