Samedi 25 septembre 2021
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Suzanne Lindon : "Seize printemps est un vrai message d’espoir"

Par Fabienne Roy | Publié le 18/09/2021 à 06:00 | Mis à jour le 18/09/2021 à 06:00
Suzanne Lindon Seize printemps

Vår i Paris (Seize printemps) vient de faire son entrée dans les salles de cinéma suédoises. Retrouvez dans cet article notre interview avec Suzanne Lindon, réalisée lors du Festival International du Film de Stockholm. À seulement 20 ans, elle a réalisé, écrit et joué le rôle principal de son premier film. Sélectionné au festival de Cannes 2020, ce film d’une grande fraîcheur et sensibilité, nous transporte au cœur d’une romance à Paris. 

 

Suzanne, si vous présentiez le film à nos lecteurs …

C’est un film qui raconte un âge et un passage particulier dans la vie des jeunes filles ou garçons, là, en l’occurrence c’est une jeune fille. C’est avoir 16 ans, période de l’adolescence, période où on est plus tellement un enfant et où l’on devient un adulte mais on ne l’est pas encore. C’est le moment de découvrir toutes les émotions et tous les sentiments du monde avant même de découvrir qui on est réellement.

 

C’est vraiment l’histoire d’une jeune fille de 16 ans qui s’ennuie avec les gens de son âge et qui passe tous les matins devant un théâtre pour aller au lycée. Pour combattre son ennui elle trouve un homme qu’elle trouve assez mystérieux et énigmatique. Cela devient son obsession. Elle fantasme sur lui un peu et se rencontre qu’il a l’air de vivre une vie aussi plate que la sienne avec les autres, c’est-à-dire qu’il a l’air de s´ennuyer aussi avec sa vie, avec son âge et petit à petit, se sont deux solitaires et deux solitudes qui finissent par se rencontrer et ils vont se « désennuyer » ensemble ; jusqu´à ce qu’elle comprenne que cette histoire c´est vraiment un moyen pour elle de retourner dans son âge et sa vie en la vivant pleinement.

 

 

Comment avez-vous trouvé l’inspiration pour écrire ce scénario ?

C’est l´été de mes quinze ans, j’avais envie d’être actrice mais j’avais un peu de mal à le dire car ma famille fait ça et j’avais envie de me sentir très légitime de le faire. Je ne voulais surtout pas que l’on m’associe à eux. Et donc je me suis dit que pour me donner les moyens d´être légitime et de le faire comme j’avais envie de le faire il fallait peut-être que j’écrive un rôle que j’avais envie de jouer et en même temps j’étais en train de vivre toutes ces interrogations que donnent lieu l’adolescence. Donc j’ai écrit un rôle qui a donné lieu à un film et toute l’histoire du film a pris de la place et puis j’ai eu envie de tout faire en même temps.

 

Comment avez- vous trouvé les personnages ? Êtes-vous partie de personnes réelles ou de votre propre imagination ?

Il y a des deux. Moi j’ai l’impression que plus je suis honnête avec ce que je raconte, mieux je me porte. Je raconte des choses parfois qui parle de ce que j’ai vécu et que je déguise un peu parce que j’ai une forme de pudeur qui fait que je n’arrive pas à me livrer brute.

Mais oui la relation avec la famille qui existe dans le film, elle est basée sur ma relation avec mes parents, mon frère, je me suis aussi inspirée de relations parentales que j´ai aimées même voir au cinéma par exemple dans les films de Maurice Pialart où il y a un rapport entre une fille et un père qui est très beau dans « Nos amours ».

Je me suis nourrie de mes goûts, de ce qui me touche. Je ne veux pas être égocentrique mais je me suis surtout nourrie de moi. Parce que le rôle c’est celui d’une jeune fille, qui ne me ressemble pas vraiment d’ailleurs dans son tempérament, donc il a vraiment fallu la jouer. Je me suis vraiment inspirée des sentiments que j’ai eus. Des gens qui m’ont entourée, de mon rapport à l’amour ; parce que moi je suis assez obsessionnelle. Je me fais des obsessions très vite sur des gens. Ce qui me nourrit, c’est ce désir de jouer et tout à coup ça m’a poussée à y aller instinctivement, comme un cri que j’aurai poussé.

 

Comment avez-vous trouvé les acteurs ? Faisaient-ils partie de votre réseau existant ?

Non pas du tout. En fait, j’ai écrit pour un acteur en particulier, celui qui joue mon père, Frédéric Pierrot. Dans ma tête j’avais envie que ce soit lui, je le voyais lui, car il a un côté rassurant, comme un ours - C’est le feu sous la glace. Moi c’est un acteur que j’aime tout le temps. Il est vrai.

Il fallait également trouver l’amoureux, il fallait qu’il y ait une différence d’âge pour que leur histoire d’amour soit complexe et en même temps pas trop génante, pour que l’on ne soit pas juges de cette histoire quand on la voit. Arnaud Valois est venu assez rapidement dans ma tête quand je l’ai vu dans le film de Robin Campillo, dans 120 battements parce qu’il a une forme de pudeur et de grâce qui était très différente de ce que je m’imaginais moi au début. Je me suis laissée surprendre.

Et puis après c’est des acteurs que j’aime. Que j’aime comme acteurs mais que j’aime dans la vie. J’ai l’impression que je ne peux pas me détacher de ça.

 

Y a-t-il eu un casting ?

Non il n’y a pas eu de casting dans le sens où je n’ai pas fait d’essai. J’ai eu des idées petit à petit. C’est comme faire un film sur un groupe. Je pense que ce qui prime c’est l’ambiance du groupe. Et moi, petit à petit j’écris un groupe dans le film. Ce qui primait était le groupe des copains qui fonctionne entre eux, que la famille se soit un groupe qui fonctionne, et que le couple soit un groupe qui fonctionne. Tous les groupes, ont été créés en fonction de moi car j’étais dans chaque groupe. Et après il y a aussi la troupe de théâtre d’Arnaud Valois.  Ce sont vraiment des idées que j’ai eues petit à petit et c’est une construction que j’ai faite. Tous ceux qui jouent les copains du film sont par exemple mes vrais copains. Ils ne sont pas du tout acteurs, ils sont venus me donner un coup de main. Mais ça faisait sens pour moi parce que ce qui se passait entre eux c´était vrai et l’énergie qu’il y avait entre eux elle existait, je l´ai reconstruite pour le film.

 

Quel a été le retour du public ? Votre premier public : vos parents ?

Mes parents ne sont pas mon premier public et justement je me suis battue pour que ce soit mon dernier public. Ils n’ont pas vu le film tôt mes parents parce que je ne voulais pas. D’abord ce qui est compliqué c’est que son premier film c’est soi. Il faut s’y faire. C’est d’autant plus difficile de s’y voir. Moi j’ai vu les deux : ce que j’avais dans la tête et j’ai vu ma tête. Fallait que je m’habitue à ça. Mais comme j’avais envie de jouer et que j’ai fait ça pour ça, me voir ça a été agréable aussi. Je me suis dit que j’avais réussi à faire ce que j’avais envie de faire.

Ensuite il y a le public que l’on ne connait pas, hors équipe du film, ou même des connaissances lointaines, des spectateurs. C’est très émouvant. Ce qui m’a touchée c’est qu’ils ont compris mon film. C’est un film assez pudique où il y a peu de dialogues. La forme du film est assez particulière. Le film est court, il fait 1H13. Cela tient sur un fil et voir qu’ils ont été embarqués là-dedans, c’est génial, c’est comme si j’avais fait lire mon journal intime à des gens.

 

Combien de temps ce film vous a pris entre l’écriture et la réalisation ?

Entre l’écriture et le tournage ça a pris du temps, quatre ans. Parce que j’étais encore au collège quand j’ai commencé à écrire. C’est déjà compliqué d’être prise au sérieux quand on a quinze ans. Mais il y en a qui y ont cru. Ensuite j’avais envie de passer mon bac car j’adorais l’école. Pour moi je m’étais imposer de finir l’école avant de faire quoi que ce soit. En même temps j’ai passé les « arts déco » de paris. Je faisais les choses en même temps et puis petit à petit une productrice y a cru, des acteurs y ont cru.

C’était pour trouver de l’argent que ça a été très difficile parce que c’est compliqué de financer un film. Surtout un film réalisé par une jeune fille de 18 ans, c’est un peu vertigineux. Je comprends qu’il y ait des gens qui n’ont pas eu confiance tout de suite.

Du coup on est passé avec la production par des chemins un peu différents, on est passé par la Région Ile de France qui nous a aidé et par des gens que je ne connaissais;  des sociétés de production, des maisons de coutures, des productions de télévision qui ont lues le film et qui y ont cru. Ce sont les premiers qui ont cru en moi.

 

Vous avez mentionné « Réaliser un film c’est comme réaliser un rêve. Aujourd’hui mon rêve devient réalité. » C’est très beau et cela l’est d’autant plus de pouvoir l’annoncer à 20 ans. Quel est votre prochain rêve ?

Moi je me sens hyper chanceuse, mais à 20 ans ou à n’importe quel âge. Déjà d’avoir une passion parce qu’il y a plein de gens qui n’en n’ont pas. Et avoir une passion c’est comme être amoureux, c’est avoir un truc dans la tête, dans la peau qui ne nous quitte pas. Je me sens vraiment chanceuse de ressentir ça et après d’exercer ma passion.

Alors après, je n'ai fait qu’un film, je ne sais pas si ça va être mon métier, je n’en sais rien et puis ma passion c’est aussi de jouer et jouer ça ne dépend pas que de moi. J’espère qu’un jour je jouerai pour d’autres, mais c’est vrai que c’est un rêve de réaliser un film parce que c’est réaliser ce qu’on a dans la tête, ce qu’on a envie de dire et ce qu’on a envie de montrer et donc avant de voir son film on l’a rêvé, imaginé, fantasmé, surestimé, sous-estimé, ça dépend.

Donc réaliser un film c’est voir l’objet de ses fantasmes devant soi. Et c’est très choquant en fait parce qu’on se découvre aussi à travers ça. Quand j’ai vu mon film par exemple, au début je me suis dit, c’est marrant je n’ai pas l’impression que c’est moi qui l’ai fait, que c’est un malentendu, que ça m’a échappé et en fait c’est très agréable quand on joue ou qu’on réalise qu’à un moment donné il y a quelque chose qui nous échappe. Cela veut dire qu’on s’abandonne à ce qu’on fait et ça prend le dessus parce qu’on est vrai en le faisant. Je crois qu’en fait c’est assez rassurant quand il nous arrive ça.

Donc c’est vrai qu’à 20 ans j’ai réalisé mon rêve.  Alors depuis je m’en suis remis d’autres pour toujours en avoir à en réaliser. Mais pour reprendre la citation de William Faulkner:

 

  Faites des rêves immenses pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant  

 

et c’est vrai, moi j’aime bien faire des rêves qui sont trop grands pour moi, déjà pour être fière de moi quand je les réalise et en plus pour m’y jeter à fond.

 

Qu’aimeriez-vous transmettre, partager à nos lecteurs ?

Ce que j’aimerais vraiment transmettre c’est que pour moi ce film est un vrai message d’espoir, mais je pense aussi pour beaucoup de jeunes qui sont passionnés par le cinéma ou autre chose, car c’est valable dans tous les domaines. Je pense vraiment que dans la vie si on croit en ce que l’on veut, si on croit en ce qu’on est et en ce qu’on fait, tout est possible. On ne sait pas de quoi la vie est faite mais je crois qu’on décide. On ne décide pas de tout évidemment car il y a des inégalités, mais je pense qu’il y a des choses qui ne tiennent qu´à nous.

Fabienne ROY

Fabienne Roy

Directrice de la publication de l’Edition lepetitjournal.com de Stockholm. Passionnée par la Suède, aventurière et experte en Ressources Humaines, elle rejoint l´équipe en 2017.
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