Le gouvernement suédois prévoit d’introduire une nouvelle prime d’emploi temporaire et exonérée d’impôt, destinée aux personnes quittant le försörjningsstöd (allocation de subsistance) pour reprendre une activité salariée. Baptisée " jobbpremie", cette indemnité pourra atteindre 3 750 couronnes par mois, pendant une durée maximale de 18 mois.


Officiellement appelée "jobbpremie", cette mesure vise à renforcer les incitations financières à quitter le système de soutien social et à entrer sur le marché du travail. Elle est destinée à ceux qui ont reçu un soutien au revenu (försörjningsstöd) chaque mois de juillet à décembre 2025 et qui ensuite ont obtenu un travail salarié. Elle est entièrement exonérée d’impôt. Représentant 15 % du salaire brut, elle peut atteindre jusqu’à 3 750 SEK par mois, versée pendant un maximum de 18 mois. Elle peut ainsi représenter jusqu’à 67 500 SEK au total par bénéficiaire, un montant non négligeable pour les travailleurs aux revenus modestes, sans pour autant modifier durablement le modèle social suédois.
Une mesure ciblée pour réduire la dépendance aux aides
Cette prime ne constitue pas une nouvelle allocation universelle mais s’inscrit dans une réforme ciblée du système d’aide sociale, détaillée dans le rapport gouvernemental « Jobbpremien – ett incitament för att öka drivkrafterna till självförsörjning ».
Selon ce document, l’objectif est clair : renforcer l’incitation financière à accepter un emploi, dans un contexte où l’aide sociale, censée être temporaire, est devenue une source de revenus de long terme pour de nombreux ménages en Suède. Le rapport gouvernemental rappelle qu’en 2023, environ 146 000 ménages ont perçu une aide sociale en Suède, pour un montant total de 10,4 milliards de couronnes. Si la proportion de ménages aidés a diminué depuis les années 1990, la durée moyenne de perception a fortement augmenté, passant à 7,4 mois par an.
Les responsables politiques à l’origine de la réforme présentent cette prime comme un outil pragmatique pour lutter contre ce qu’ils considèrent comme une « dépendance à long terme aux aides sociales ». La ministre chargée des Affaires sociales, Anna Tenje (du parti libéral "Moderaterna"), fait valoir que beaucoup de personnes piégées dans l’absence d’emploi restent éloignées du marché du travail faute d’incitations suffisantes.
« Avec une prime d’emploi temporaire, on augmente encore les chances de passer de l’aide sociale à l’emploi ».
Le chef de file économique des Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna), Oscar Sjöstedt, a également souligné que la mesure devrait rendre immédiatement visible pour les individus les avantages de travailler plutôt que de rester dans un système d’aides traditionnelles.
Une gestion étatique
La mesure, qui pourrait entrer en vigueur à partir du 1ᵉʳ juillet 2026, ne sera pas gérée par les communes mais par l’Agence suédoise des assurances sociales, Försäkringskassan, afin de simplifier l’administration, éviter que les bénéficiaires restent en contact prolongé avec les services sociaux et centraliser les contrôles à l’échelle nationale.
Les données nécessaires au calcul de la prime (salaires, périodes d’emploi) seront transmises par Skatteverket, l’administration fiscale suédoise.
Une efficacité encore débattue
Cette initiative arrive dans un contexte où la politique d’assistance sociale en Suède fait déjà l’objet de débats intenses. Des réformes récentes ont également modifié le calcul de certaines prestations, y compris les allocations chômage et les soutiens à l’activité, afin de rendre le système moins généreux mais plus incitatif au travail, selon les défenseurs.
Les opposants à ces changements affirment toutefois que réduire les prestations ou les rendre plus conditionnelles risque de fragiliser davantage les personnes les plus vulnérables, notamment celles qui ont des difficultés à trouver un emploi stable ou souffrent de handicaps invisibles.
Le rapport officiel adopte ainsi un ton prudent. Les expériences menées dans d’autres pays nordiques, notamment au Danemark et aux Pays-Bas, montrent que les primes à l’emploi ont des effets variables : ils sont parfois positifs pour certains groupes (notamment les femmes seules), mais souvent limités sur l’emploi global. Le gouvernement suédois a donc choisi de limiter la mesure dans le temps, afin de pouvoir l’évaluer avant une éventuelle pérennisation.
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