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Portrait de Paul Hansen : un grand photojournaliste suédois

Par Killian Moreau | Publié le 19/02/2018 à 07:00 | Mis à jour le 13/04/2018 à 10:13
Photo : Killian Moreau
Portrait de Paul Hansen : un grand photojournaliste suédois

Paul Hansen est un photojournaliste de 53 ans travaillant au journal Suédois "Dagens Nyheter" à Stockholm. Exposé du 8 Septembre au 19 Novembre dernier au Fotografiska dans l’exposition “Being There”, vous pouvez retrouver ses images dans son livre du même titre. Il est également connu pour les nombreux prix qu’il a reçus tels que la “World Press Picture” en 2013 ou encore le titre de “Photographer of the year” en 2010 et 2012. Paul Hansen a accepté de nous rencontrer pour répondre à nos questions.
 

Paul Hansen
Photo : Killian Moreau

Ses débuts en photographie

Paul Hansen a commencé à raconter des histoires à travers l’écriture. C’est vers 11 ans que son oncle lui offre son premier appareil photo, son appareil devient alors un nouvel outil pour s’exprimer. A 53 ans, il a grandi avec en arrière-plan les images de la guerre du Viet Nam qui ont marquées le photojournalisme actuel.

“Prendre des photos c’est rencontrer des gens”

La relation de Paul Hansen avec la photographie commence donc très tôt. Issu d’une famille pauvre immigrante du Danemark, le seuil pour s'intégrer à la société lui semblait élevé depuis sa position familiale. 
Ainsi, son appareil photo l’aide à dépasser sa timidité, il devient vite un moyen de briser l’isolement et de créer des liens sociaux. 

Exercer le métier de photojournaliste

Pour Paul Hansen le photojournaliste témoigne d’une vérité à travers la photographie mais aussi l’écriture, la vidéo et le son. Ces quatre supports permettent à Paul Hansen de décrire la base de son travail : mettre tout en œuvre pour être au bon endroit au bon moment. Des rendez-vous, des rencontres de deux minutes ou de plusieurs années, tout cela permet d’arriver au moment où l’on filme, enregistre, ou photographie. C’est en cela que les moyens d’exercer le métier ont changé mais la base est toujours la même.
La pratique n’a dans un sens pas changé mais en même temps n’a plus rien à voir avec plusieurs décennies auparavant. 

“Si un photographe du Viet Nam était encore actif aujourd’hui, il ferait probablement la même chose que 50 ans auparavant, mais il utiliserait les caméras 360, le son, et sûrement un peu de vidéo.”
 
Paul Hansen se sent très inspiré au jour le jour par son environnement de travail. Au Dagens Nyheter, ils sont une dizaine de photographes de renommée internationale à illustrer les événements mondiaux. Lors de ses voyages il rencontre des photographes, des journalistes du monde entier, et d’autres personnes plus ou moins en lien avec son milieu.

L'évolution de la photo de presse

Pour Paul Hansen, la photographie de presse change continuellement. Lorsqu’il a débuté, la photo était un élément important du reportage, elle était  mise en avant mais peu à peu internet a bouleversé les rédactions qui ont écumé les effectifs, notamment en photographie où il était plus économique de faire appel à une banque d’images qu’à un photographe pro. Une erreur pour Paul Hansen qui explique que les jeunes sont plus touchés par les images, par le visuel de nos jours.
Les pôles de photographie ont eu tendance à être passifs et à attendre les sujets d’autres départements du journal comme la culture, le sport…

“Nous n’étions pas perçus comme des journalistes, juste des gens prenant des photos pour les textes, faciles à mettre de côté parce qu’on n’avait pas de réelle voix”

Cependant, il remarque une évolution positive récente et cite quelques exemples du New York Times. Daniel Beherulak, photojournaliste, a réalisé en décembre 2016 un article sur la drogue au Philippine, qu’il a produit en entier : https://www.nytimes.com/interactive/2016/12/07/world/asia/rodrigo-duterte-philippines-drugs-killings.html?mtrref=www.ecosia.org
Ivor Prickett a illustré et écrit quant à lui l’offensive de Mossoul depuis le front en Irak :  https://www.nytimes.com/2017/01/24/world/middleeast/mosul-iraq-front-line-battle.html
Lors d’une discussion avec Paul Hansen, Sergey Ponomarev lui-même auteur d’un article auto-illustré sur Stalingrad pour le New York Times, https://www.nytimes.com/2017/11/15/world/europe/russia-stalingrad-anniversary.html, avoue que c’est une bonne chose que les photographes aient maintenant aussi une plume. Les photographes sont à nouveau considérés comme des journalistes à part entière. Paul Hansen a notamment écrit, photographié et filmé pour Dagens Nyheter à Belgrade à propos des réfugiés : https://fokus.dn.se/refugees-in-belgrade/.
 

Aujourd’hui, Paul Hansen qualifie le département où il travaille de “visual storyteller” car il ne s’agit plus uniquement de photographie. Les photojournalistes sont actifs et vont rencontrer les gens directement sur le terrain. Le département est à l’origine d’un grand nombre de sujets qui sont approuvés ou non par la rédaction. En plus de la photo, il faut être capable de manier le son, l’image, la vidéo. Cela est possible grâce à des formations internes au journal qui permettent à chacun d’acquérir les compétences nécessaires.
Selon Paul Hansen, la direction du journal a été habile avec l’utilisation et la formation aux nouvelles technologies en maximisant le nombre de supports que peuvent utiliser les journalistes pour raconter leurs histoires.
 
"Dagens Nyheter" comme le "New York Times" aux Etats Unis accordent une place forte à l’image dans leur rédaction. Si durant 50 ans, les départements de storytelling visuel ont été écumés, Paul Hansen se montre optimiste et remarque qu’une nouvelle personne a été embauchée au pôle image de Dagens Nyheter. L’ambiance “Trump” joue aussi son rôle car l’image est un bon moyen de contrer la tendance “Fake News”.
 

Comment raconter l’histoire au plus près ?

Les photos de Paul Hansen sont remarquables par la proximité et la confiance qu’il obtient de ses sujets pour raconter et ressentir l’intimité.
"L’une des premières choses que je dis quand je rencontre des gens pour faire un sujet c’est : je suis là pour raconter votre histoire, pas la mienne. Ça semble cliché et pourtant c’est vraiment important".
Une fois l’histoire publiée, on peut la lire, avoir une opinion dessus mais Paul Hansen préférerait quitter son travail plutôt que de tirer un avantage des gens qu’il rencontre. La démarche est simple mais il explique qu’en sachant cela les gens sont souvent plus détendus et vous font confiance. L’intégrité de l’histoire est sa priorité.
La seconde chose qu’il demande à la personne qu’il photographie est de ne pas "s’énerver" ou "s’étonner" s’il prend son appareil au milieu d’une phrase pour faire quelques clichés. En expliquant sa démarche les gens sont plus compréhensifs.
 

Paul Hansen
Åsa died in cancer. Her mother Yvonne is beng conspled by her daughet in law. Photo : Paul Hansen

Son implication a un coût nécessaire 

Le travail de photojournaliste et les démarches qu’entreprend Paul Hansen ont un coût émotionnel. Il s’immerge littéralement. Être proche du sujet est primordial pour pouvoir raconter son histoire.
"Je peux raconter une histoire qui dure… Pendant 7 ans je suis allé une quarantaine de fois à Gävle, deux heures de route au nord de Stockholm, j’ai oublié deux fois mon appareil à la maison, je ne pouvais pas rentrer alors j’ai passé la journée là-bas. Je me sentais comme un membre de la famille. J’étais là-bas, plus comme une personne que comme un photographe. C’était difficile pour moi de garder mon rôle". Lorsque son reportage se termine, Paul Hansen quitte son sujet et c’est une situation émotionnelle qui n’est pas toujours facile à vivre. Il prend l’exemple des enfants qui après tant de temps passés parmi eux ne comprennent pas toujours pourquoi il s’en va, ils sort de leur vie.
Cette anecdote nous permet de comprendre d'où vient la force des clichés de Paul Hansen. Cette démarche qui consiste à être proche des sujets photographiés implique des moments difficiles, certains sujets le sont bien sûr plus que d’autres :
"Je n’ai pas fait de sujets sur les drogués pendant une longue période, parce que vous développez une amitié avec les gens s’ils sont gentils, ce qui est souvent le cas. Ils ont juste un problème de dépendance. Puis… Ils meurent. Tous… C’est horrible".

Tenir sur le long terme 

Paul Hansen parvient à travailler sur le long terme en passant de sujets aux lourdes connotations vers des sujets plus légers. La vie des gens est à la fois un cadeau et un fardeau synonyme de douleur. Quand il termine une histoire bouleversante il aime aller à une simple conférence de presse, ou faire quelques portraits de personnes célèbres sans un engagement émotionnel perturbant puis il ressent à nouveau le besoin d’aller raconter une histoire qui lui tient plus à cœur. C’est ce cycle de travail qui donne à  Paul Hansen la force de persévérer. Blessé en Irak en 2016, il avoue avoir été un peu ralenti, mais ça ne l’empêche pas de continuer.
 
La photo est à l’origine de son travail un moyen de se connecter, aujourd’hui elle définit également ses questionnements personnels. "Où sont mes limites, mes préjugés, mes intérêts" ? Paul Hansen a  beaucoup appris de ces réflexions et qualifie ses raisons d’égoïstes. Il ajoute alors que son travail lui permet aussi d’atteindre et de faire réagir les gens. Il se dit très heureux si avec son travail il est capable de faire changer la vision d’une personne.

Qu'envisage t-il dans le futur ?

Paul Hansen se voit continuer sur la même lignée mais avec l’esprit de faire toujours mieux. En citant une journaliste de presse écrite de “El País” il met en avant le fait que ce le résultat final de l’article écrit est souvent décevant par rapport à ce qu’ils voient, sentent, entendent et vivent sur place. Il y a une sorte de frustration. Pour trouver une solution, Paul Hansen aimerait maîtriser différents outils et être capable de les mixer les uns les autres. Un peu de son, de vidéo, des photos, une caméra 360° rien n’est jamais assez pour transcrire les histoires du monde. Il explique que souvent le son, ou le mouvement d’une vidéo peuvent changer complètement l’interprétation d’une scène.

Un projet rêvé, évité ?

Paul Hansen a toujours des histoires qu’il aimerait raconter. Suivre Barak Obama par exemple aurait été un projet passionnant mais l’ancien président n’est plus sur le devant de la scène. En Suède, il a déjà travaillé avec la Princesse Victoria pour son mariage et aimerait la suivre jusqu’à ce qu’elle devienne reine, dans un projet unique. Il n’y a rien que Paul Hansen n’est pas prêt à couvrir. Après réflexion il mentionne le sport. Ce n’est pas qu’il n’aime pas ça, bien au contraire, mais il n’est pas assez intéressé pour être vraiment bon dans le domaine. Face à sa grande humilité, nous lui rappelons qu’il a gagné en 2010 dans cette catégorie le prix du “reportage de sport de l’année en Suède” pour une série intitulé : "One last game".

Un petit mot pour le photographe qui sommeille en chacun de nous ? 

Il encourage tout le monde à faire des photos et à continuer à le faire, parce que l’image est un langage émotionnel universel. 
“De plus en plus de monde a accès au smartphone et c’est une bonne chose, les gens s’habituent à prendre des photos et si quelque chose se passe, dans une dictature par exemple, on peut toujours trouver un moyen d’en avoir une image. La photographie est très dangereuse pour quelqu’un qui veut cacher quelques choses. C’est très bien pour les activistes, les journalistes.”
Paul Hansen explique que de très bons appareils photos sont intégrés aux smartphones de nouvelle génération. Le matériel cependant n’est pas important, on doit surtout se concentrer sur le contenu d’une photo.
 

Paul Hansen
US army soldiers search for bombs Baghdad. Photo : Paul Hansen

La majorité des photos de Paul Hansen (même celles qui ont été gratifiées de prix de reconnaissance mondiale), ont été prises dans son environnement proche à Stockholm. On a tendance a penser qu’il faut aller dans des endroits exotiques ou en guerre pour faire des photos puissantes. À Stockholm, il est facile d’être “home blind”, selon ses mots, alors même que  l’histoire est juste devant vous. “En tant que photographe, on montre quelque chose que tout le monde voit mais que personne ne regarde”.


Alors gardez les yeux ouverts !
 

Killian Moreau, 19 février 2018

Killian Moreau Stockholm

Killian Moreau

Etudiant Erasmus en géographie, je suis passionné d'images et de photographie. Je découvre la Suède au sein de l'équipe du Petit Journal Stockholm.
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