Édition internationale

Le durcissement migratoire en Suède à l’épreuve des critiques et des ajustements

Le gouvernement suédois a présenté ce 24 mars un projet de loi qui impose aux migrants de mener une « vie honnête » sous peine d’expulsion. Son entrée en vigueur est prévue pour le 13 juillet 2026 si le texte est adopté. Face aux critiques, certaines mesures controversées ont récemment été suspendues ou révisées.

Vue aérienne du Parlement suédois à StockholmVue aérienne du Parlement suédois à Stockholm
Riksdag, Stockholm © Ulf Grünbaum/Imagebank.sweden.se
Écrit par Jade Mary
Publié le 26 mars 2026

Depuis son arrivée au pouvoir en 2022, le gouvernement dirigé par Ulf Kristersson a clairement affiché ses ambitions : réduire l'immigration d'asile et durcir les conditions de séjour. Les projets de loi se sont enchaînés. Fin février 2026, l'exécutif proposait de rendre les expulsions quasi automatiques pour tout étranger condamné au-delà d'une simple amende. Le mardi 24 mars 2026, il a présenté un nouveau projet de loi imposant aux migrants de mener une « vie honnête » sous peine d’expulsion. Si elles sont adoptées par le Parlement, l’ensemble des mesures entreront en vigueur le 13 juillet 2026.

Des mesures controversées

Cette formulation, jugée floue, a immédiatement enflammé le débat. Le ministre des Migrations, Johan Forssell a déclaré lors de la conférence de presse :

« Le respect des lois et des règles va de soi, mais il doit également aller de soi que nous fassions de notre mieux pour vivre de manière responsable et ne pas nuire à notre pays ».

Parmi les exemples cités par le gouvernement figurent : ne pas payer ses dettes, ne pas se conformer aux décisions des autorités, abuser du système d’allocations, obtenir un permis de séjour par des moyens frauduleux, travailler sans payer d’impôts ou ne pas payer ses amendes. Le projet prévoit également de révoquer les titres de séjour en cas de menace ou de mensonge dans la demande.

Le durcissement des règles sous le feu des critiques

Imaginez avoir grandi en Suède, y avoir fait toute votre scolarité, parlé suédois toute votre vie et vous retrouver un jour convoqué pour quitter le pays. C'est la réalité qu'ont vécue plusieurs jeunes adultes ces derniers mois, pris dans les filets d'une politique migratoire en pleine transformation. Ce qui a peut-être le plus choqué l'opinion, ce ne sont pas les textes juridiques en eux-mêmes mais leurs conséquences. Des jeunes arrivés enfants en Suède, aujourd'hui parfaitement intégrés, ont reçu des ordres d’expulsion une fois devenus majeurs. Leurs histoires, relayées par les médias et portées par des associations ont mis des visages sur des statistiques et mis le gouvernement en difficulté. D’autres mesures, comme le durcissement des règles sur les permis de travail ou le regroupement familial sont aussi dans le viseur. Des règles plus strictes, qui pourraient empêcher certaines personnes de rester ou de rejoindre leurs proches.

Le projet est critiqué pour son manque de clarté. Ludvig Aspling, porte-parole en matière de politique migratoire des Démocrates de Suède, a nuancé :

« Les déclarations, c’est-à-dire ce qu’une personne dit ou exprime ne doivent pas en elles-mêmes être considérées comme une preuve d’un manque d’honnêteté, mais elles peuvent être un indice, par exemple, de liens avec l’extrémisme violent, ce qui peut alors être un signe de défaut de moralité ».

De son côté, l’ONG Civil Rights Defenders estime que la mesure risque de porter atteinte au principe d’égalité de traitement et pourrait avoir un effet dissuasif sur la liberté d’expression, créant « des règles différentes selon qui vous êtes ».

 

Un cap maintenu avec des exceptions concédées

Sous la pression, l'exécutif a dû ajuster sa position. Début mars, certaines expulsions ont été suspendues, notamment celles visant des jeunes adultes en cours d'études ou bien intégrés. Des exceptions ont été aménagées pour les personnes qui travaillent ou sont en voie d’insertion. Pour ses partisans, le gouvernement fait preuve de pragmatisme.

 

Une Suède divisée

D'un côté, le gouvernement soutenu par les Démocrates de Suède défend une politique stricte comme seul moyen de préserver le modèle social face aux difficultés d'intégration. De l'autre, une partie de l'opposition et de nombreuses voix de la société civile estiment que le pays tourne le dos à ses propres valeurs humanistes.

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