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Contrer l’antibiorésistance avec Lisa Faye et iGEM Stockholm

Par Sarah Chabane | Publié le 07/10/2019 à 06:30 | Mis à jour le 07/10/2019 à 10:03
Photo : Lisa Faye, une Francaise dans l'équipe d'iGEM Stockholm
igem Stockholm Lisa

A l’occasion de la semaine de révélation des Prix Nobel et le Prix Nobel de médecine remis aujourd’hui, découvrez notre entretien avec Lisa Faye. En janvier dernier, cette étudiante française à rejoint l’équipe de iGEM Stockholm qui l'amènera à Boston cet automne. Avec son projet Esther, iGEM Stockholm s’attaque au phénomène de l’antibiorésistance, une grande menace dans les années à venir en terme de santé publique. 

 

Peux-tu te présenter à nos lecteur.rice.s ? 

Je m’appelle Lisa Faye je viens de Limoges, je suis étudiante à l'Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Paris et j’ai rejoint KTH pour un double diplôme. En France, je suis une formation en Chemical engineering and science et ici je suis une formation qui s’appelle Medical Biotechnology. Donc j’ai un peu changé de secteur pour avoir un diplôme différent de celui de Paris.

 

Pourquoi venir à Stockholm ? 

J’ai toujours aimé les cultures scandinaves. Ma mère est originaire du nord de l’Allemagne donc j’ai grandi dans cette culture, avec des noëls plus suédois ou norvégiens que français. C’est un pays qui est très à la pointe en terme d’innovations et d’entrepreneuriat donc je prends aussi des cours d’Entrepreneurship and innovation pour savoir comment cela fonctionne en Suède. Et puis bien sur pour les paysages, pour le calme et pour le suédois que j’ai commencé à apprendre, j’en suis au niveau B1/B2 maintenant!

 

Peux-tu nous parler de iGEM ?

iGEM (International Genetically Engineered Machine) c’est une compétition de biologie de synthèse lancée en 2004 par le MIT à Boston. L’idée c’est qu’une équipe, soit d’une université, ou qui regroupe plusieurs universités comme à Stockholm, monte un projet autour de la biologie de synthèse. C’est une discipline assez récente qui utilise pas mal de disciplines anciennes comme la biologie ou l’informatique qui est utilisée notamment dans le contexte des OGM, mais aussi des thérapies géniques, l’idée c’est qu’on ingénieure des bactéries. Elle peut être utilisée pour des outils de diagnostique par exemple. Plus de 300 équipes sont en compétition du monde entier dans plusieurs catégories, nous on concourra dans la catégorie thérapeutique. 

 

Et tu as donc rejoint l’équipe stockholmoise ?

Oui ! On a une équipe internationale de 17 personnes, 13 femmes et 4 hommes qui étudient à KTH, Karolinska Institutet, Stockholm Universitet et un designer de Beckmans Designhögskola. On s’est rencontré la première fois fin janvier et il faut savoir qu’on présente à Boston fin octobre lors de la compétition aura lieu du 31 octobre au 4 novembre. Donc c’est vraimentneuf mois intenses car lorsque des chercheurs créent des méthodes de clonage ou autre ça prend beaucoup de temps, et on avait seulement deux mois dans un labo durant l’été, c’est très intense comme timing. 

 

IGEM Stockholm antibiorésistance
L'équipe d'iGEM Stockholm - Photo : iGEM Stockholm

 

Votre projet s’intéresse donc à la résistance aux antibiotiques ? 

Avec notre projet qui s’appelle Esther on voudrait trouver une réponse à une des grandes menaces sur la santé publique qui est l’antibiorésistance. Le corps développe une résistance à certains antibiotiques, et donc en cas de maladie les antibios ne sont plus effectifs. En ce moment les chercheurs essayent de trouver des alternatives aux antibiotiques qui bientôt seront obsolètes. Le chiffre clef c’est 2050. Si on ne fait rien, 10 millions de personnes pourraient mourir tous les ans à cause d’infections bactériennes, comme la salmonelle ou même lorsque tu fais une opération en prévention, on te donne des antibiotiques donc te casser la jambe pourrait devenir fatal. 

 

Peux-tu nous présenter Esther ? 

Donc avec Esther on travaille sur une alternative qui s’appelle la phagothérapie. C’est une thérapie qui s’intéresse aux phages ou virus bactériophages des petits virus qui existent partout dans notre environnement et qui attaquent les bactéries qui sont nocives. L’avantage de ces virus est que si la bactérie devient résistante, le virus s’adapte. Ils évoluent dans la nature avec leur proie, donc ils ne vont pas connaître de résistance comme les antibiotiques. Il faut savoir qu’en France on avait commencé à faire beaucoup de recherches avant l’essor des antibiotiques, mais lorsqu’on a commencé à utiliser massivement les antibiotiques la recherche s’est un peu arrêtée, mais il ya des pays comme la Géorgie ou la Pologne qui ont des centres de traitements utilisant la phagothérapie pour traiter des infections. Et parfois comme la phagothérapie n’est pas trop présente en France, si tu as une infection chronique la dernière solution c’est d’aller se faire soigner en Géorgie. Après l’efficacité du traitement varie beaucoup, il n’y a que 40% de succès, et succès ça peut être soit une petite amélioration soit être complètement guéri. 

 

IGEM STOCKHOLM Logo

 

Pourquoi il y a si peu de succès finalement ? 

La raison c’est que lorsqu'on injecte ces virus, généralement par intraveineuse, ils rencontrent beaucoup de barrières et d'obstacles avant d’arriver au centre d’infection, ce sont des virus assez gros et du coup ils ont du mal à atteindre certains lieux, le PH de l’organisme peut aussi avoir un effet sur eux et les attaquer. Et il faut aussi savoir que lors de ces traitements les phages qui sont injectés sont des phages lytiques, c’est à dire qu’ils sont actifs en permanence dès qu’ils rencontrent la bactérie avec laquelle ils s’associent ils vont injecter leur ADN et reproduire plein plein de petits phages à l’intérieur et le trop plein de phages va la faire exploser.

Donc pour nous, le projet sur lequel on travaille s’intéresse aux phages qu’on appelle les temperate phages qui ont deux cycles de vie un cycle lytique et un cycle lysogénique durant lequel le phage reste dormant dans la cellule il ne reproduit pas de petits phages et peut retourner à l’état lytique pour attaquer la bactérie. Donc nous ce qu’on a voulu créer c’est un switch, un interrupteur entre ces deux cycles qui permettrait qu’une fois qu’on injecte le phage il reste dormant, passif jusqu'au moment où il arrive au site d’infection et là par stimulus il sera réactivé et pourra retourner dans sa phase active et attaquer la bactérie. De cette manière on espère qu’il sera beaucoup moins détruit par les différents obstacles qu’il rencontre. 

Quel est ton rôle de l’équipe ? 

Alors moi dans l’équipe je ne suis pas vraiment dans le laboratoire j’étais plus dans la partie finance et communication, même si tout le monde a aidé au laboratoire durant l'été. Et créer une équipe c’est un peu comme monter ta propre entreprise, il faut tout faire de A à Z, trouver les financements faire le marketing, gérer les réseaux sociaux se faire connaître. Au niveau des gros financements Karolinska Institutet et KTH nous ont beaucoup aidé, surtout KTH en nous prêtant les labos et une entreprise suédoise qui s’appelle Recipharm. Et sur la dernière partie pour sensibiliser sur le sujet et pour que tout le monde puisse participer on a lancé une campagne de crowdfunding qui est encore ouverte jusqu’au 10 octobre ! 

 

Quelle est la prochaine étape pour Esther ? 

Ça va être de finir tout ce qui est la partie promotionnelle de l’équipe et du projet, car iGEM c’est aussi beaucoup de communication et bien sur si gagner c’est important l’idée c’est aussi de faire connaître le sujet et le projet. 


Et d’ailleurs pourquoi ce nom, “Esther” ? 

On a cherché à lier notre projet à une personnalité scientifique et on a trouvé Esther Lederberg une scientifique, microbiologiste nord-américaine qui a découvert le premier “temperate phage” qu’elle a appelé le lambda phage, et on veut rendre hommage à son travail, particulièrement car elle n’a jamais vraiment été honorée pour ses recherches. On va dire qu’elle a beaucoup “aidé” son mari et deux autres chercheurs et les trois ont eu un Prix Nobel pour leur travail mais elle n’était même pas invitée en tant que chercheuse lors de la remise du Prix Nobel mais en tant que “femme de”. Donc on a voulu lui rendre hommage.

 

Esther Lederberg laboratoire
Esther Lederberg dans son laboratoire - Photo : Esther M. Zimmer Lederberg 

 

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Sarah Chabane

Tombée amoureuse de la Suède durant mon année d'Erasmus je suis revenue m'y installer sur le long terme. Je me passionne pour les questions de durabilité et suis toujours à l'affût d'événements culturels notamment en matière de cinéma.
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