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Clémence Hérout : à la rencontre de la beauté des villes suédoises

Par Louisa Karmoudi | Publié le 19/04/2018 à 07:00 | Mis à jour le 19/04/2018 à 17:51
Photo : Clémence Hérout
Clémence Hérout

La photographe et journaliste française Clémence Hérout nous fait (re)découvrir dans son exposition intitulée "La Suède en ville", la beauté des villes suédoises telles que Stockholm et Göteborg. On y retrouve la singularité d’une forme d’équilibre entre une modernité absolue et recherchée en Suède en contraste avec l’omniprésence de la nature et son empreinte inéluctable dans les territoires urbains.

La rédaction est partie à la rencontre de cette photographe indépendante qui nous délivre dans cette interview une conception puissante et poétique de l’art de vivre à la suédoise mais aussi du lien, parfois inconscient, entre l’humain et la nature. C’est dans le cadre du projet Art-Hop-Polis que Clémence Hérout expose ses œuvres à la maison suédoise de la Cité internationale de Paris tout le mois d’avril.

LPJ : Pouvez-vous vous présenter et parler de votre parcours aux lecteurs et lectrices du Petit journal Stockholm?

C.H : je m’appelle Clémence Hérout et j’ai 32 ans. Je suis à la fois diplômée de l’Université de théâtre et de Science Po Paris. Je me suis mise à la photographie un peu par hasard, en commençant comme beaucoup de photographes je pense, à faire des photos de famille. Puis je me suis rendue compte que ça me plaisait énormément. Il se trouve que je suis devenue professionnelle aussi par hasard car j’ai commencé à travailler dès la fin de mes études pour le théâtre de l'Athénée Louis-Jouvet à Paris pour lequel je tiens un blog. Il s’agissait de documenter la vie des coulisses, la vie du théâtre d’abord en texte. Je me suis rapidement rendue compte qu’il fallait que je prenne des photos des coulisses, de la fabrication des décors etc. Ce blog qui devait être au départ composé uniquement de textes s’est retrouvé accompagné de photographies. J’ai dû alors me mettre à la photo de spectacle et de théâtre, ce qui n’est franchement pas facile. Ça m’a permis de progresser très rapidement et de me professionnaliser petit à petit en n’y consacrant tout mon temps libre. En ce qui concerne mon travail de journaliste, je travaille pour la revue Noto (revue culturelle gratuite) que j’ai intégrée, dans un premier temps, en tant que journaliste et on m’a rapidement confiée deux grosses rubriques où je suis désormais la fois responsable des textes et des images.

LPJ : Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la Suède ?

C.H : je me suis mise à apprendre le suédois sans raison particulière alors que je n’étais encore jamais allée en Suède. J’étais attirée par la culture suédoise et j’avais envie d’apprendre une nouvelle langue. Ce qui m’a décidée à m’inscrire aux cours de l’Institut de Paris, c’est la lecture de la trilogie Millénium. C’est un livre qui nous montre un visage de la Suède qu’on n'a pas l’habitude de voir en tant que Français.e. Ce que je trouvais intéressant dans ces livres, c’était le fait que l’auteur dépeigne une Suède traversée par des conflits aussi bien liés aux relations hommes-femmes qu’aux forces d’extrême droite, nuançant l’image très idéale que j’avais du pays. C’est dans mon apprentissage du suédois que je me suis vraiment intéressée à la société, au pays et sa culture. J’ai donc commencé par la suite à venir très régulièrement en Suède, puis j’ai embarqué mon mari dans l’aventure. Actuellement, on vient de passer tout un hiver en Laponie Suédoise où on a été embauché dans une structure touristique pendant quatre mois. On espère bien continuer comme ça et trouver une formule qui nous permet de rester six mois en Suède et six mois en France.

 

Clémence Hérout
Photo : Clémence Hérout

 

LPJ : Comment décririez-vous votre univers ?

C.H : en ce qui concerne l’exposition, ce sont des photos que j’ai prises à Stockholm et Göteborg entre 2013 et 2017. C’est vraiment un travail de longue haleine pour lequel j’ai arpenté les rues suédoises, toujours avec mon appareil photo. Ce qui m’a frappée tout de suite lorsque je suis venue pour la première fois à Stockholm, ce sont les contrastes qu’il y a dans la ville et la grande sérénité qui s’y dégage alors qu’il s’agit d’une capitale. La nature a toujours l’air d’envahir l’urbain, comme si c’était la ville qui s’était invitée dans la nature. La vie citadine elle même c’est à dire les gens, l’agitation qu’on pourrait ressentir dans des grandes villes telles que Stockholm ou Göteborg reste finalement toujours tempérée, très tranquille. Je trouve aussi que la lumière est très particulière en Suède au regard de la France. C’est toute la douceur suédoise pleine de contrastes qui m’inspire, c’est cette ambiance que j’essaye de retranscrire dans mes photos.

LPJ : Quelles sont vos influences, vos inspirations dans votre travail ?

C.H : il y en a beaucoup (rires) ! Le photographe qui m’a le plus influencée et dont j’ai beaucoup regardé les photos c’est Raymond Depardon. Je cite fortement en termes de photos de rue Cartier Bresson. Enfin j’ai envie de citer André Kertész, un photographe d’origine hongroise du début du XXe. J’aime beaucoup ses photos de rue en particulier parce qu’elles sont très poétiques et parfois très abstraites, il joue beaucoup sur les formes géométriques et la lumière, ça me parle bien.

LPJ : Que représente la photographie pour vous ?

C.H : je photographie pour la mémoire. La mort n’est pas du tout une idée qui m’angoisse, en revanche l’idée que la vie file sans qu’on puisse agripper certains moments je trouve ça assez triste. Ce que je cherche dans mes photographies c’est d’essayer de retenir ce fil, de stopper le temps à un moment donné pour essayer de conserver certaines choses dans ma mémoire. Il y a des moments dont j’aimerais qu’ils durent beaucoup plus longtemps et évidemment on a aucun pouvoir là-dessus. La photographie peut nous donner le sentiment qu’on possède ce pouvoir. Quand j’assiste à de très beaux moments que j’aimerais garder en mémoire, la photographie devient alors un moyen d’y parvenir. C’est ce que je cherche, immortaliser des moments que je trouve beaux. Je fais uniquement des photos documentaires et ce qui m’intéresse c’est d’être en empathie avec ce qui se trouve autour de moi. D’une certaine manière je ne suis que le réceptacle de ce que je vois pour tenter de percevoir le plus beau dans ce qu’il y a autour de moi. C’est important je trouve d’être dans cette position.

 

Clémence Hérout
Photo : Clémence Hérout

LPJ : Pourquoi choisir comme thème les villes suédoises ?

C.H : la Suède, elle frappe d’abord par sa nature. C’est un pays où la nature est omniprésente, notamment dans beaucoup d’œuvres d’art suédoises et pas seulement en photographie. C’est toujours une question qui ressort et j’aimais bien travailler sur ce côté paradoxal des villes suédoises qui sont des villes assez urbaines, assez branchées qui ont beaucoup de vie, d’animations. Pourtant, on sent que la nature est toujours là, j’ai l’impression qu’il y a des forces naturelles hyper fortes qui continuent à ressortir dans les villes suédoises. Alors qu’à Paris, (ndlr: C. Hérout y vit) on est complètement coupé de ces forces naturelles. C’était vraiment ce contraste très fort, surtout à Stockholm, que j’avais envie de montrer. L’idée de territoires hybrides correspond plus à la façon dont je perçois la Suède. Cet art de vie à la suédoise, c’est quelque chose que je n’ai pas retrouvé ailleurs.

LPJ : Pouvez-vous nous donner votre sentiment à l’égard de cet art de vivre à la suédoise et pourquoi ce choix de le prendre en photo ?

C.H : ça reste un sentiment relativement extérieur puisque je ne suis pas installée en Suède depuis des années. Je trouve qu’on voit dans ce territoire, en contraste avec les villes françaises, cette sensation que les Suédois.es accordent beaucoup plus de temps au "rien faire", à juste aller dans la nature pour se promener et profiter du moment présent. Ça donne effectivement cette impression de lenteur que j’ai ressenti dès mon arrivée en Suède. Je n’ai pas la sensation d’observer des gens pressés tout le temps, il y a presque un côté très contemplatif dans l’art de vivre "à la suédoise". D’ailleurs quand j’ai commencé mes cours de suédois, j’ai trouvé ça très drôle que les premières expressions que j’ai apprises c’était : "aller cueillir des myrtilles" ou "se promener en forêt". Il y a une vraie connexion avec la nature qui est très générale, on le voit même dans leurs fêtes païennes. Iels ont une façon de vivre qui a l’air plus simple et d’avantage en communion avec la nature.

 

Clémence Hérout
Photo : Clémence Hérout

 

LPJ : Votre exposition comprend des photographies prises entre 2013 et 2017 : est-ce que vous avez durant cette période observé un changement dans les paysages que vous preniez en photo ? Y a-t-il une mise en danger selon vous de cet équilibre ?

C.H : je n’ai pas vu beaucoup de changement et honnêtement je ne l’ai pas ressenti. J’imagine qu’il y en a mais la Suède offre énormément d’espaces par rapport au nombre d’habitant.es. J’ai tendance à penser qu’il n’y a pas de réelle mise en danger de cet équilibre que je montre dans les grandes villes suédoises. L’attachement à la nature est très ancré dans la façon de penser des Suédois.es. Je ne dis pas qu’iels sont vertueux.ses (et notamment en matière de politique environnementale) mais j’ai toujours le sentiment en discutant avec des ami.es suédois.es que ce rapport à la nature reste très ancré.

LPJ : Quels sont vos projets futurs (peut-être une exposition en Suède) ?

C.H : j’aimerais beaucoup faire une exposition en Suède mais le prochain projet que je souhaiterais réaliser c’est une exposition sur la Laponie et le rapport entre les hommes et la nature. Les Suédois.es n’y vont jamais. Iels ne valorisent pas du tout ce territoire et ne perçoivent pas la beauté et le caractère précieux d’une des dernières contrées sauvages d’Europe. J’aimerais bien essayer de construire une exposition photo sur ces territoires là pour montrer justement que c’est la dernière contrée sauvage d’Europe et qu’il faudrait penser à la conserver. L’idée serait aussi d’explorer, qu’est-ce que c’est d’être un humain en Laponie ? Vivre là-bas c’est presque de la survie tout le temps avec des conditions de vie qui sont extrêmement dures. On prend pleinement conscience à quel point la nature est plus puissante que les humains et j’ai l’impression qu’en tant qu’occidentaux on oublie ce pouvoir de la nature. En Laponie on le ressent particulièrement, la nature nous écrase complètement et tout notre mode de vie est régi par les conditions naturelles.

Informations complémentaires :

L’exposition "La Suède en ville" est actuellement à la maison suédoise de la Cité internationale de Paris du 04/04/18 au 25/04/18.

Entrée gratuite

Pour contacter Clémence Hérout :

- son site internet : http://www.clemenceherout.com

- son compte Instagram : clmnc_hrt

- Son adresse mail professionnelle : clemence@clemenceherout.com

 

Louisa Karmoudi, 18 avril 2018

Louisa Karmoudi Suède

Louisa Karmoudi

Etudiante à Science Po Rennes en master JRE et passionnée par l'actualité internationale, la politique et la culture. Militante féministe et animaliste à ses heures perdues.
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