AIK-Hammarby, un derby capital(e)

Par Johann Tsati | Publié le 20/09/2018 à 06:30 | Mis à jour le 20/09/2018 à 06:30
Photo : AIK – Hammarby lors de la coupe de Suéde 2015. Photo : Greger Ravik
Supporter AIK Suède

En ce Dimanche 23 Septembre à 15h, le leader du championnat AIK recevra le deuxième Hammarby dans son antre de Solna la Friends Arena. La suprématie de la ville ainsi qu’un titre de champion de Suède sont en jeu. L’opposition aura aussi lieu en tribunes où des records d’affluence sont attendus.

L’enjeu sportif est énorme : AIK et Hammarby n’ont pas été champions respectivement depuis 2009 et 2001. Ce derby pour le titre est donc particulièrement attendu par les fans des deux clubs, considérés comme les plus nombreux et les plus chauds du pays. A l’heure actuelle plus de 48.000 tickets ont été vendus ce qui établira probablement un nouveau record d’affluence pour un club de Stockholm, le précédent datant de 1959.


Un derby décisif pour le titre

A neuf journées de la fin, AIK est toujours en tête de l'Allsvenskan (championnat suédois) avec quatre points d’avance sur Hammarby. Les Gnaget (surnom de l’équipe, de gnagare : rongeurs en suédois) longtemps invaincus, ont concédé leur première défaite de la saison le week end dernier à Norrköping. Malgré ce léger coup d'arrêt, ils font toujours figure de favoris pour remporter ce qui serait le douzième titre de champion de Suède de l’histoire du club. L'équipe coachée par Rikard Norling est un collectif bien huilé, qui base ses succès sur une grosse solidité défensive (seulement 13 buts encaissés en 21 matchs).
 

Pour Hammarby, longtemps leader après des débuts en fanfare, ce derby est la dernière opportunité pour revenir sur leurs rivaux. Tout autre résultat qu’une victoire dimanche serait une contre performance pour les Bajen (surnom de l’équipe d’Hammarby) qui voudront également laver l'affront du match aller où ils avaient été défaits 1-0 à domicile. Si AIK s’appuie sur une défense bien en place, les Bajen peuvent quant à eux compter sur une attaque de feu, emmenée par le virevoltant Jiloan Hamad (8 buts et 7 passes décisives cette saison). Avec 41 buts inscrits, leur attaque est la meilleure du championnat et sera leur atout numéro un dimanche.

L’équation est donc simple : AIK doit gagner pour consolider sa courte avance au classement tandis que Hammarby doit s’imposer pour revenir sur son rival et maintenir ses chances de titre.

 

Des supporters parmi les plus fervents du pays

Au delà de l’enjeu sportif, ce derby est aussi une confrontation entre le nord et le sud de la ville. Le club d’AIK, bien que fondé en centre ville en 1891, a ensuite déménagé en périphérie à Solna en 1937. Il est depuis associé aux banlieues nord de Stockholm. Le club d’Hammarby est quant à lui emblématique de l'île sud de la ville, Södermalm, où il a été fondé en 1897. Longtemps considéré comme ouvrier et populaire, Södermalm est aujourd’hui le quartier branché de la capitale. Contrairement à d’autres derbys européens, la rivalité n’est donc pas politique ou religieuse mais géographique.

Si les deux clubs ont des bases géographiques différentes, ils ont en commun d’avoir les supporters les plus nombreux et les plus bruyants du pays. Du côté d’AIK la ferveur de ses différents groupes de supporters n’est plus à prouver. A chaque match à domicile, ils manifestent leur soutien à leur club par des chants, des tifos ou des fumigènes.

 


Même constat pour les fans de Hammarby, qui sont aussi les plus nombreux du championnat à se rendre au stade cette saison, juste devant ceux d’AIK. Cette popularité est d’autant plus étonnante que les résultats sportifs sont loin d’être au rendez-vous. L’histoire des Bajen est en effet marquée par une succession d’espoirs gâchés : en 120 ans d’existence, le palmarès du club se limite à un tout petit titre de champion de Suède, glané en 2001. Malgré tout le club reste un des plus populaires, si ce n’est le plus populaire du pays. Même lorsque l’équipe évoluait en seconde division, le club pouvait compter sur le soutien de plus de 20.000 supporters en moyenne.


 

Hammarby supporters football
Supporters de Hammarby lors de la traditionnelle Supportersmarschen en 2013 - Photo : Arild Vågen

 

Comment expliquer un tel engouement des supporters pour ce championnat ?
 

 L’Allsvenskan, un championnat à contre courant
 

Suivre l’Allsvenskan c’est une expérience à part dans le football d’aujourd’hui. Si le championnat souffre d’un certain manque de compétitivité sportive, il en résulte un niveau bien plus homogène que dans la plupart des ligues européennes. Les fins de saison sont donc régulièrement palpitantes comme cette année par exemple. Pas de places hors de prix ni de mesures sécuritaires excessives non plus. Aller voir un match d’Allsvenskan c’est la possibilité d'assister à un spectacle sans se ruiner, en étant debout si on le souhaite et avec une bière à la main. Enfin l’argument souvent entendu des “millionnaires qui courent après un ballon”, ne tient pas non plus. S’ils courent bien après un ballon, les joueurs de l’Allsvenskan sont loin d'être millionnaires, le salaire moyen se situant à la 27e place des championnats européens, entre la 1ère division polonaise et algérienne.

Tout ceci fait que malgré un niveau footballistique moyen, l’Allsvenskan conserve un attrait indéniable. Le championnat suédois respire le foot à l’ancienne, celui qu’on aime pour sa simplicité et son côté rassembleur. Le derby de ce week end, où près de 50.000 personnes seront dans les tribunes pour encourager les deux équipes, en est la meilleure publicité.


 

Johann Tsati, 20 Septembre 2018

22835566_10155725773738116_1508645627_n (2)

Johann Tsati

Diplômé en science politique, les hasards de la vie m'ont conduit à Stockholm. J'ai depuis rejoint l'équipe du Petit Journal en août 2018. Je m'intéresse à tout mais surtout à l'Histoire, à la musique sous toutes ses formes et aux Girondins de Bordeaux
0 Commentaire (s) Réagir

Soutenez la rédaction Stockholm !

En contribuant, vous participez à garantir sa qualité et son indépendance.

Je soutiens !

Merci !

De la part de toutes les équipes de Lepetitjournal.com

À lire sur votre édition locale