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Sur les bancs de l’École du Bayon

Par Laetitia Person | Publié le 20/11/2018 à 14:30 | Mis à jour le 21/11/2018 à 03:09
Photo : @Ecole du Bayon
Ecole du Bayon, Cambodge, ONG, Angkor

Depuis 1997, l’école du Bayon, située dans l’enceinte des temples d’Angkor, est venue en aide à 400 enfants cambodgiens vivant dans l’extrême pauvreté. Scolarisés en primaire, ces enfants sont ensuite accompagnés dans leurs études secondaires et supérieures, jusqu’à l’obtention de leur premier job. Entretien avec Babeth Godard, ambassadrice de l’ONG à Singapour.

 

L’école du Bayon n’est pas la seule ONG à œuvrer au Cambodge en faveur des enfants défavorisés. Pourtant, l’élément marquant lorsqu’on rencontre Babeth Godard, c’est son ambition pour pérenniser la structure et la faire vivre grâce aux énergies locales. « L’assistanat a ses limites. L’idée est de constituer des équipes administratives et pédagogiques entièrement Khmers, capables de reprendre le projet et de le faire perdurer. Ce sont eux qui doivent être les acteurs du développement de leur pays. Nous sommes convaincus que c’est la clé pour que le Cambodge sorte de l’urgence humanitaire. Notre situation au cœur des temples d’Angkor en fait un lieu unique » explique-t-elle.

 

Aujourd’hui, grâce à l’association, 250 enfants bénéficient d’une éducation privilégiée. « Les petits volumes sont préférés à la masse. Mais le suivi personnalisé est très fort et présent de bout en bout » comme elle aime à le répéter. Justement… comment sont sélectionnés ces enfants ? Comment choisir ceux qui auront la chance de sortir de la misère, d’apprendre et de se construire un avenir ? « Le casting est une phase terrible » soupire-t-elle encore. « Un responsable social fait le tour des familles. Il essaie de comprendre comment elles vivent afin de s’assurer que, si on ponctionne un ou deux enfants, on ne va pas les mettre en péril. Il ne faut pas oublier qu’au Cambodge, l’enfant a une valeur ajoutée au sein de la famille, pour faire du revenu, pour aider dans les champs, pour vendre des canettes ramassées… Si on bout de six mois, un enfant décroche, c’est que la sélection a été mal faite ! ». Les enfants retenus restent dans leur famille et reçoivent un vélo ainsi qu’un uniforme. Chaque matin, un petit déjeuner équilibré leur est distribué car l’équipe pédagogique s’est rapidement aperçue que beaucoup avaient le ventre vide en arrivant. Ils sont également sensibilisés à des règles d’hygiène de base, comme le lavage des mains et des dents.

 

Une vision globale

 

Grâce au dynamisme des équipes sur place, l’école du Bayon a progressivement élargi son champ d’action. Elle a ainsi ouvert, en 2014, une école de pâtisserie réservée aux femmes. « Nous accueillons chaque année une vingtaine de jeunes filles avec un passé dramatique. Elles sont hébergées, formées aux métiers de la pâtisserie et accompagnées pendant leur recherche d’emploi. Des bénévoles veillent à ce qu’elles ne se fassent pas exploiter en signant leur contrat de travail et à ce qu’elles perçoivent leur salaire. L’école a même ouvert un coffee shop à Siem Reap, où les pâtisseries sont vendues. La 4e promotion vient de faire sa rentrée, c’est une réussite incroyable. La qualité de la formation est reconnue et commence à bénéficier d’une solide réputation dans la région. Les élèves trouvent facilement du travail à leur sortie ».

 

Par ailleurs, conscientes qu’un décalage se creusait entre les familles et leurs enfants, désormais scolarisés, les équipes ont décidé d’impliquer davantage les parents dans la vie de l’école. Elle a ainsi mis à leur disposition des potagers dont l’objectif premier est d’apporter un revenu aux familles les plus pauvres. Ils deviennent autonomes et l’école leur achète leur production qui sert à la cantine et offre ainsi des légumes bios aux élèves. L’association a également formé les mères à la couture. Elles réalisent aujourd’hui des sacs qu’elles remplissent de grains de poivre, qui sont ensuite vendus au profit de l’école. Un projet de bibliothèque est également à l’étude.

 

Et le financement dans tout ça ?

 

Un élève de primaire coûte 300 euros par an, une élève pâtissière 2 500 euros. Pour financer les élèves et les frais de fonctionnement de l’école, lever des fonds est nécessaire. Différentes actions ont été mises en place, fondées tant sur l’énergie des équipes locales que sur la générosité des sponsors ou des parrains. Babeth Godard ne ménage pas ses efforts et frappe à toutes les portes. Une de ses amies, Rochelle, est ainsi venue passer quelques jours au sein de l’école pour former les élèves pâtissières à la fabrication de la confiture. Au cours d’un dîner, elle fait la rencontre d’un jeune exploitant de poivre qui vient de lancer sa production. Elle lui raconte l’histoire de l’ONG et le vécu de ces enfants. C’est décidé, il lui donnera ses premiers grains de poivre. Poivre qui est aujourd’hui conditionné dans les sacs cousus par les mères des enfants et vendu dans le coffee shop – comme la confiture. La boucle est bouclée !

 

Plus d'information sur l’école du Bayon ? ecoledubayon.org

 

Laetitia Person

Laetitia Person

Diplômée en droit, Laetitia conçoit des stratégies éditoriales et contribue à la production de contenus en free lance depuis 2011. Elle se passionne pour la course à pied.
1 Commentaire (s)Réagir
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Norbert Binot ven 30/11/2018 - 03:59

Bravo le Bayon, bravo a tous les volontaires, bravo aux enfants! Les petits pains sont juste TROP bons! Et les petits gateaux aux poires, mon Dieu!! Et bravo LPJ of course!

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