Robert Casteels – Un Chef d’orchestre aux multiples casquettes

Par Sabrina Zuber | Publié le 30/05/2021 à 18:30 | Mis à jour le 30/05/2021 à 18:30
Robert Casteels

Robert Casteels a quitté l’Europe en 1994. Chef d’orchestre, compositeur, conférencier, chercheur, leveur de fonds, pédagogue, pianiste : Pour Robert, ces activités s’enrichissent l’une l’autre pour former un kaléidoscope artistique interconnecté.

 

Robert, quel est votre parcours ? Qu'est-ce qui vous a amené à Singapour ?

A Bruxelles je travaillais comme Chef d’orchestre au Conservatoire et à l’opéra La Monnaie, ainsi que comme Chef invité en Europe de l’Ouest. L’irlandais Jo McNally, Président fondateur du LASALLE-SIA College of the Arts (à droite sur la photo) m’a invité à Singapour. Je ne connaissais rien de Singapour, que je pensais être située au large de la Chine près de Hong Kong ! A l’époque, LASALLE était une colonie d’artistes actifs qui enseignaient également, en totale contradiction de l’adage idiot qui dit « those who can’t do, teach ». Il fallait prêcher par l’exemple. Le compositeur australien John Howard (au centre de la photo) était le deuxième Président. J’étais encore filiforme, mais supportais mal la chaleur humide. J’avais décidé de rester 3 mois. Mais tous les trois ans, je traversais une crise existentielle: « stay?, dont stay? » Et 27 ans plus tard, je suis toujours à Singapour.

 

Robert Casteels

 

Quels souvenirs gardez-vous de Singapour lors de votre arrivée ?

J’ai découvert et étudié les musiques non européennes, particulièrement le gamelan indonésien, ce qui m’a amené à un doctorat en techniques contemporaines du gamelan. La photo suivante montre un concert de gamelan en Nouvelle-Zélande avec des musiciens et danseurs de LASALLE. Remarquez le passage vestimentaire au batik...

 

Robert Casteels

 

Je voyageais dans toute la région pour étudier les musiques autochtones, comme dans les montagnes entre la Birmanie, Thaïlande et la Chine.

 

Robert Casteels

 

Je faisais de la recherche comme le montre ce pauvre piano dont je torturais les cordes pour en étudier les transformations de timbre. Remarquez les matériaux hétéroclites insérés entre les cordes.

 

Robert Casteels

 

Je suis devenu alphabétisé en informatique musicale et me suis lancé dans l’électro-acoustique. La photo suivante montre un concert ludique créé la semaine même quand les iPads firent leur apparition. Quand le musicien entendait sa carte de visite musicale, il devait déposer son instrument, s’avancer et jouer avec les iPads disposés à l’avant de la scène. Les jeunes musiciens s’amusaient, les moins jeunes étaient terrorisés. Le public a bien ri...

 

Robert Casteels

 

La solution aux nœuds conceptuels que je rencontre dans mon processus créatif se trouve dans l’interdisciplinarité, pourvu que l’on arrive à passer outre au jargon professionnel propre à chaque discipline. Je me suis follement amusé à travailler avec des astrophysiciens, comme lors du Transit de Venus en 2012 lorsque j’ai créé ma 5me symphonie pour 186 cuivres qui « dialoguaient » avec des ondes magnétiques captées en temps réel de corps célestes, pourvu que ceux-ci possèdent un champ magnétique. On a crié au fou. N’empêche que la rigueur scientifique et l’admiration pour l’univers étaient au rendez-vous.

 

Robert Casteels

 

Quels ont été les challenges professionnels et personnels auxquels vous avez dû faire face?

Je dirigeais ici et là, de l’opéra, ici Carmen en français (!) à Kuala Lumpur.

 

Robert Casteels

 

J’étais Directeur musical de l’Orchestre des Jeunes de Singapour. Nous étions prêts lorsque la crise du coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère ou SARS-CoV-1 avait en 2004 provoqué la fermeture de toutes les salles de concert. « Sounds familiar, isn’t it ? ». Lors de la réouverture des salles, nous avons bondi sur l’occasion et l’orchestre des Jeunes a donné le premier concert public au Victoria Concert Hall, Esplanade n’existant pas encore.

 

Robert Casteels

 

Sans n’avoir jamais poussé personne vers la carrière artistique, 3 de mes élèves sont devenus Chefs d’orchestre, deux compositrices et deux solistes. Mon challenge était d’ordre humain. J’ai dû apprendre à décrypter l’âme asiatique. J’ai dû réajuster les rapports humains entre chef d’orchestre et musiciens, entre professeur et étudiants.

 

Quel a été l'appui que les différentes institutions françaises/francophones vous ont apporté ?

Les Ambassadeurs et Directeurs de l’Alliance française de Singapour se succèdent. Avec certains d’entre eux, j’ai pu beaucoup collaborer, d’autres moins. C’est normal. La force motrice d’une institution ou d’une compagnie réside encore dans les femmes et les hommes qui y travaillent. La photo suivante montre un récital de chant donné dans la Résidence de l’Ambassadeur de Belgique à Singapour.

 

Robert Casteels

 

Je crois en la responsabilité sociale de l’artiste qui va bien au-delà du simple fournisseur d’entertainment. A une certaine époque, le concept à la mode était l’edu-tainment. De toutes mes créations, je suis particulièrement fier de cette installation destinée aux enfants autistes. L’enfant crée des sons en touchant les parties noires de l’écran. Il peut ainsi créer sa propre histoire. L’idée est simple. La technologie sous-jacente est complexe.

 

Robert Casteels

 

Nous les musiciens nous ne pouvons plus considérer qu’une exécution, aussi parfaite soit-elle, constitue le produit fini. Outre les concerts dans les hôpitaux et prisons, j’ai donné d’innombrables talk publics, avant, pendant ou après le concert.

 

Robert Casteels

 

Je donne cours au Lycée Français. Certains adolescents se construisent par opposition et par outrance. Par définition, la jeunesse est synonyme de la vie, du futur. Travailler avec eux est vivifiant.

 

Comment voyez-vous la situation actuelle à Singapour dans le contexte de la pandémie ?

Je devrais être déprimé. Les suppressions et reports de concerts et de projets s’accumulent. Les artistes free-lance souffrent. Certains élèves souffrent. Donner cours par visio-médiation est un pauvre remède par rapport à la réalité du présentiel. Si je ne peux pas voyager, je préfère encore être confiné à Singapour. Je n’ai pas le temps de sombrer dans la dépression. Je travaille beaucoup, inexplicablement plus encore qu’avant le Covid-19. Je suis reconnaissant d’être en bonne santé, so far. Parfois je phantasme de vivre dans une cabane au fond des bois au sommet d’une montagne, sans ordinateur et sans téléphone, tout en sachant que je serais incapable d’y survivre J.


Comment envisagez-vous votre avenir ? A Singapour ? Ailleurs ?

C’est ma grande équation à multiples inconnues. La seule certitude est la mort qui nous attend. Je pense souvent à la mort, ce qui est un processus mental positif et vivifiant. Je n’ai jamais eu de plan de carrière. En 1994, je ne devais rester que trois mois. Quand je compare avec mes ex-collègues européens restés en Europe, ma vie en Asie a été plus mouvementée, plus diversifiée et plus riche en rencontre et en réalisation. Je nourris la conviction épiphanique qu’un jour l’évidence me sautera aux yeux. Je déciderai et travaillerai à réussir mon dernier chapitre de vie. Merci et restez en bonne santé ! 

 

20 ans lepetitjournal.com

Dans le cadre de l’anniversaire des 20 ans de lepetitjournal.com, l’édition de Singapour a souhaité donner la parole et mettre en lumière des Français et francophones résidant à Singapour depuis une vingtaine d’années.

 

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Sabrina Zuber

Sabrina Zuber

Sabrina est musicienne-comédienne. Elle dirige la compagnie Bellepoque, qui crèe et produit des spectacles de musique et de théâtre, le programme Resonates with à la National Gallery, et la boutique-école de danse Danza Attitude.
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