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Ouverture aux non-francophones au LFS avec French Passerelle

Par Cécile Brosolo | Publié le 02/07/2017 à 13:08 | Mis à jour le 03/07/2017 à 09:38
LFS french passerelle

Le Lycée Français de Singapour (LFS) met en place à la rentrée 2017/2018 un nouveau dispositif pour l'accueil des enfants non francophones à l'entrée au collège, French Passerelle. Une volonté d'ouverture vers d'autres communautés, pour leur intégration dans le système éducatif français. Explications avec Mme Nadine VIAL-PRADEL, proviseur adjointe du LFS et Guillaume Sachet, membre du Conseil Exécutif du LFS.

 

Le Lycée Français de Singapour accueille déjà de nombreux élèves non francophones. En effet, 61 nationalités y sont représentées et les élèves issus de familles qui n'utilisent pas le français (couples mixtes, familles multilingues, ...) représentent aujourd'hui un quart des effectifs globaux du LFS. L'accueil de ces familles se fait majoritairement en maternelle et en élémentaire (respectivement 38% et 22% d'enfants non francophones) où le LFS a déjà mis en place depuis plusieurs années un dispositif Français Langue Etrangère (FLE) qui permet d'accueillir les élèves et de les intégrer directement les classes. Avec French Passerelle, le lycée souhaite mettre en place un dispositif dédié à l'accueil d'élèves du secondaire, lors de leur entrée en 6ème/5ème.

Entretien avec Mme Nadine Vial-Pradel, proviseur adjointe du Lycée Français de Singapour (LFS), et Guillaume Sachet, membre du Conseil exécutif du LFS, qui a porté le projet French Passerelle au côté de la direction pédagogique.

www.lepetitjournal.com/singapour - Pourquoi ce programme French Passerelle ?

Nadine Vial-Pradel ? Nous avons souhaité mettre en place un dispositif spécifique pour accueillir des enfants non francophones au secondaire, dans la continuité de ce que nous faisons en maternelle et en élémentaire. Nous avons actuellement environ 17% d'élèves non francophones au secondaire, mais ils ont en général (à quelques exceptions près) intégré le système français avant le collège. Plus jeunes, les élèves sont intégrés dans les classes et apprennent naturellement le français avec le maître ou la maîtresse ainsi qu'avec leurs camarades de classe, et à l'aide de cours spécifiques de Français Langue Etrangère (FLE). Mais apprendre une nouvelle langue vers 10/11 ans et en même temps suivre un cycle d'apprentissage du secondaire et assimiler des notions complexes expliquées en français, cela devient plus difficile. French Passerelle va permettre à ces enfants d'avoir un temps d'adaptation en classe dédiée pour apprendre le français avant d'intégrer les classes ordinaires.

Guillaume Sachet - La réflexion est née il y a environ deux ans, au moment de l'agrandissement du campus du lycée qui nous permet de recevoir plus d'élèves. Aussi, lorsque nous avions par le passé des listes d'attente pour les inscriptions au LFS, nous donnions la priorité aux enfants français et francophones. Aujourd'hui, nous disons clairement que nous pouvons accueillir des enfants non francophones et que nous mettons en place un dispositif pour faciliter leur accès et leur intégration.

Il s'agit donc d'une ouverture vers les communautés internationales, mais pas une internationalisation du LFS ?

Nadine Vial-Pradel - En effet, nous revendiquons pleinement le système éducatif français, qui est l'âme, la marque de fabrique du LFS et également sa différenciation par rapport aux autres écoles à Singapour. Nous ne voulons pas changer notre offre de formation, qui est tout à fait pertinente, mais nous souhaitons plus d'ouverture vers les autres communautés.

Aujourd'hui, environ 60% de nos élèves poursuivent leur études supérieures dans des Universités ou des écoles hors France, notamment au Canada, en Angleterre ou aux Etats-Unis. Ils ont d'excellentes compétences en anglais et sont très à l'aise à l'international. De fait, l'éducation au LFS est bilingue, voire trilingue puisque tous les élèves apprennent deux langues étrangères. Le baccalauréat français est très reconnu et permet de poursuivre à l'international.

A quels élèves ce dispositif s'adresse-t-il, et quels sont les critères de recrutement ?

Nadine Vial-Pradel - Ce dispositif s'adresse à des enfants qui ont de solides dispositions dans leur langue maternelle. Ils doivent avoir validé le cycle 3 dans leur propre langue et avoir acquis les compétences transversales telles que la lecture, la compréhension de texte, ou les mathématiques, quelle que soit la langue. Les enfants qui entrent dans ce dispositif ne doivent pas avoir de difficultés dans leur propre langue, sinon nous risquons de les déstabiliser, voire de les mettre en situation d'échec, et ce n'est pas du tout ce que nous souhaitons !

Nous utilisons pour le recrutement les tests qui existent en France pour l'accueil des enfants non francophones, ainsi que le réseau AEFE qui nous permet de corriger les examens dans toutes les langues.

Nous avons au LFS des élèves qui sont parfaitement bilingues qui obtiennent des « A+ » aux examens britanniques tels que IGCSE en étant dans un système français dans lequel ils excellent également ; c'est vraiment ce profil que nous développons.

LFS
Lycée Français de Singapour 

Quelle est l'organisation mise en place pour la rentrée 2017/2018 ?

Nadine Vial-Pradel - Nous ouvrons à la rentrée de septembre une classe mixte 6ème/5ème pour accueillir les enfants à leur entrée au collège, dans le cycle 4. Le principe est de donner aux élèves un temps d'adaptation pour apprendre le français dans une classe spécifique, et en même temps de les intégrer progressivement dans une classe ordinaire. Ils sont donc inscrits dès la rentrée dans une classe de leur niveau, et dans le dispositif French Passerelle.

La classe French Passerelle a pour vocation l'apprentissage et la maîtrise du français ainsi que l'ancrage de l'élève dans son nouvel environnement. L'aspect cocon est important pour que l'enfant se sente sécurisé et qu'il puisse se projeter dans cette nouvelle langue. Il s'agit donc d'une classe à faible effectif, de 6 à 10 élèves maximum, dans une salle dédiée, avec un coin bibliothèque et des équipements chaleureux pour que les collégiens s'y sentent bien, et avec une enseignante référent spécialisée en FLE, et bienveillante.

Mais l'intégration au sein du LFS et avec les autres élèves est tout aussi importante. Nous avons donc mis en place un système de parrainage par binôme avec un élève francophone. De plus, ils suivront dès la rentrée certains cours avec leur classe francophone, comme par exemple l'éducation physique et les travaux pratiques de science, au sont des cours où l'on peut comprendre et qu'il se passe et ce qu'on doit faire même si l'on ne maîtrise pas encore totalement la langue.

Guillaume Sachet - Notre objectif est qu'au plus tard au dernier trimestre tous les élèves aient intégré leur classe ordinaire. Mais en principe, d'après notre expérience, cette transition devrait se faire bien avant, entre décembre et janvier, et elle se fera de manière très flexible et individualisée, selon le rythme de chaque enfant et suivant l'évaluation de l'enseignante référente. Après leur intégration complète dans le système français, la classe French Passerelle permettra de consolider la maîtrise du français, en particulier à l'écrit et la compréhension de texte.

Combien d'enfants sont-ils inscrits ? Quelles sont les motivations des familles pour intégrer le système éducatif français ?

Nadine Vial-Pradel - Nous avons à ce jour deux enfants inscrits, et le processus est en cours avec d'autres familles.

Leurs motivations sont diverses, mais les familles sont séduites par le système éducatif français, sa réputation d'exigence et de développement de l'esprit critique chez les enfants. Il s'agit généralement d'un choix d'éducation sur le long terme, une adhésion non seulement à des compétences académiques mais également interculturelles et à des valeurs.

Le réseau AEFE est également important dans le choix des familles qui sont amenées à voyager dans différents pays. La continuité de l'enseignement qu'offre notre réseau, de la maternelle jusqu'au baccalauréat, avec non seulement la même langue mais un programme identique dans tous les pays, et des écoles conventionnées avec le Ministère de l'Education Nationale est assez unique et est très apprécié. 

PORTRAIT - Clélie Kempf, enseignante French Passerelle


Clélie Kempf

Clélie Kempf vit depuis une dizaine d'années à Singapour, elle est enseignante spécialisée en Français Langue Etrangère (FLE) et Français Langue de Scolarisation (FLSco). Elle a auparavant vécu et enseigné en Chine et aux Etats-Unis. Elle est Managing Director de French@work depuis 2009, entreprise qui donne des cours de Français (FLE), anglais et mandarin en entreprise, et sera l'enseignante référente de French passerelle à partir de la rentrée 2017/2018.
 

Qu'est-ce qui vous a séduit dans ce projet French Passerelle ?

- La volonté d'ouverture interculturelle du LFS et d'avoir un plurilinguisme français, anglais et mandarin me plait énormément. Aussi, le projet French Passerelle fait écho à l'expérience d'enseignement que j'ai eu par le passé en classes multilingues en Chine, ou d'immersion totale en français, en anglais ou en chinois aux Etats-Unis.

Ce qui plait particulièrement dans ce dispositif, c'est que l'enfant est placé au centre. Tout est fait pour qu'il se sente bien et qu'il réussisse dans son parcours. Il y a un aspect relationnel très fort ; un lien de confiance doit s'installer entre l'élève et moi, c'est très intéressant d'un point de vue humain et pédagogique.

Enfin, ce projet arrive à un moment opportun pour moi, où j'avais une envie de nouveaux projets après 9 années au sein de French@work. Cette expérience m'a beaucoup apporté, mais je suis heureuse de cette nouvelle étape qui s'annonce. Faire une différence dans la vie de ces enfants me motive particulièrement.
 

Quelle sera votre approche pédagogique ?

- Avec moi, les élèves vont apprendre par le français, comme objet d'apprentissage et vecteur d'intégration. Nous allons développer tout de suite leurs compétences linguistiques, le vocabulaire et la compréhension des consignes, pour leur permettre d'intégrer très vite des cours en classe ordinaire.

Il s'agit de comprendre comment l'élève apprend, quelles sont ses forces et ses faiblesses et de le faire avancer en utilisant ses forces pour le mettre en confiance. Par exemple, si les élèves sont particulièrement forts en mathématiques, ils intègreront d'abord des cours mathématiques en français, puis les autres matières au fur et à mesure de leurs progrès, jusqu'à transition finale.

Nous ferons beaucoup d'apprentissage par le jeu. L'aspect ludique permet d'apprendre de manière plus spontanée sans avoir peur de faire des fautes, et de s'exprimer. Il faut globalement utiliser beaucoup d'approches différentes pour garder l'attention. C'est un beau défit, que je suis heureuse de relever !
 

 

 

Cecile Brosolo

Cécile Brosolo

Ingénieur de formation et passionnée par la photo, Cécile s'intéresse en particulier à la science et à la technique, à la photographie et à l'environnement.
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